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Le futur avion de chasse de la France fait voler deux IA 100 % françaises

Deux algorithmes tricolores viennent de prendre l’air à bord d’un avion de chasse. Leur rôle exact ? Motus. Depuis l’abandon du chasseur européen, chaque avionneur français trace sa propre route vers l’IA de combat.

Head Music Rafale

Le divorce a été acté le 8 juin : la France et l’Allemagne ont abandonné le chasseur commun du programme SCAF, laissant Dassault Aviation poursuivre seul le successeur du Rafale. Trois mois plus tard, l’avionneur annonce avoir testé en vol, sur Rafale, deux algorithmes d’intelligence artificielle « souverains ». Le premier a été développé en interne et le second avec cortAIx, le pôle IA de Thales.

Une IA « maîtrisée et supervisée », mais pour faire quoi ?

Les deux fonctions participent d’une démarche visant à installer dans le cockpit une IA « maîtrisée et supervisée au service de l’équipage humain », et leur maturité les rendrait « éligibles aux prochaines évolutions du Rafale ». Pour le reste (nature des algorithmes, missions visées, calendrier), l’avionneur ne lâche rien. Il énumère seulement les contraintes du métier : des données opérationnelles rares et sensibles, des expertises à faire travailler ensemble, et des calculateurs embarqués aux ressources comptées. On est à des années-lumière des fermes de serveurs qui font tourner ChatGPT. Le mot « souverain » pèse son poids : code, données et intégration restent entre des mains françaises.

Ce vol d’essai éclaire surtout un paysage industriel en pleine recomposition. Le 28 mai, Airbus signait avec Mistral AI un partenariat couvrant ses avions commerciaux, ses hélicoptères, sa défense et son activité spatiale. L’ambition affichée va de l’IA embarquée à bord jusqu’à la reconnaissance automatique d’objets pour la sécurité des vols. Dassault avait ouvert l’année autrement. En janvier, l’avionneur menait la levée de fonds de 200 millions de dollars d’Harmattan AI, une jeune pousse parisienne fondée en 2024, chargée d’amener l’autonomie contrôlée sur le Rafale F5 et les drones de combat.

Alors, pourquoi faire grand cas de systèmes d’IA souverains embarqués dans ce Rafale de nouvelle génération ? Un algorithme embarqué dans un avion de chasse manipule des données classifiées et assiste des décisions qui peuvent être létales, deux terrains où la dépendance à un fournisseur étranger (ou à ses serveurs) devient une vulnérabilité stratégique (le précédent Mythos a sûrement été une piqûre de rappel pour l’écosystème aéronautique français). Avec 7,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et quelque 15 000 salariés, Dassault a par ailleurs les moyens de financer cette autonomie, sans attendre un hypothétique programme européen de remplacement. Reste l’inconnue du calendrier : l’avionneur n’avance aucune date pour l’arrivée de ces fonctions en escadron.

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