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Krish Prabhu (Alcatel): ” D’ici à cinq ans, la téléphonie IP se substituera aux PABX “

En marge des négociations pour le rachat de Lucent, le numéro deux d’Alcatel éclaire le positionnent de l’équipementier français outre-atlantique. Plutôt confiant dans la perspective d’un rebondissement du marché américain, il souhaiterait se renforcer dans les composants optiques et les logiciels. Les technologies DSL sont toujours au coeur de sa stratégie mais l’avenir des mobiles est plus incertain.

01 Réseaux : Comment interprétez-vous la pression des marchés financiers sur les valeurs technologiques ?Krish Prabhu : Les marchés étant survalorisés depuis plusieurs mois, il y a un réajustement évident. Aux États-Unis, le ralentissement économique et les difficultés, voire la faillite, de nombreux opérateurs spécialisés, notamment des ISP, n’arrangent rien. En Europe, c’est surtout l’impact du coût des licences UMTS sur l’endettement des grands opérateurs qui est en cause.01 R. : Qu’est-ce qui pourrait permettre au secteur de rebondir ?K. P. : Dans un environnement ouvert comme les télécommunications, aucun opérateur n’est protégé. Chacun se voit donc obligé d’investir dans le développement de nouveaux services, ne serait-ce que pour se différencier de la concurrence. À partir de là, le marché va nécessairement repartir.01 R. : Quel est l’impact, sur votre activité DSL, des difficultés de certains opérateurs américains (NorthPoint ou Covad) spécialisés sur ce créneau ?K. P. : Il est assez limité dans la mesure où nous fournissons essentiellement des opérateurs établis de longue date. Dans les services fixes, les opérateurs ne pouvant plus augmenter leur chiffre d’affaires en acheminant de la voix, il leur faut trouver autre chose. Les services DSL permettant l’accès à Internet sur une infrastructure existante sont une aubaine pour eux puisque la demande est là (il y a plus de 30 millions d’utilisateurs d’Internet aux États-Unis) et que l’effet volume joue à plein. La situation est assez similaire en Europe.01 R. : Comment ont évolué vos activités américaines depuis vos diverses acquisitions aux États-Unis ?K. P. : Bien que les opérateurs et les entreprises soient devenus particulièrement vigilants quant à leur investissement en systèmes d’information, la part de nos activités américaines dans le chiffre d’affaires du groupe a quasi triplé en trois ans. Ce n’est pas seulement dû à nos acquisitions (DSC, Xylan et Newbridge), mais aussi à notre percée dans l’ADSL, où nous doublons notre base installée chaque année [de l’ordre de 3 millions de lignes fin 2000, NDLR]. L’intérêt de ces acquisitions est également une question de distribution. Les produits de ces sociétés sont désormais distribués par Alcatel dans le monde entier. Et, inversement, Alcatel bénéficie de leur réseau de distribution aux États-Unis.01 R. : Avez-vous, compte tenu de la chute des valeurs technologiques, des projets d’acquisitions ? Si oui, dans quels domaines ?K. P. : Le problème des sociétés dont la valeur a le plus diminué est qu’elles n’intéressent pas grand monde. Inversement, celles qui ont un fort potentiel ne sont pas à vendre, ne serait-ce que parce que leur cours de Bourse n’est pas suffisamment élevé aux yeux de leurs dirigeants. Pour le reste, nous cherchons à nous renforcer dans deux domaines : les composants optiques pour gros commutateurs ; et les logiciels, notamment dans le domaine des messageries intégrées.01 R. : L’UMTS est assez controversé. Comment voyez-vous son avenir compte tenu des performances actuelles des réseaux fixes ?K. P. : Les réseaux cellulaires de troisième génération transporteront également des données, mais il est difficile de prévoir dans quelle proportion. Il n’est pas évident non plus de prédire ce que le consommateur sera prêt à payer pour ces nouveaux services… Ensuite, tout sera une question de rapport prix-performances selon la manière dont les opérateurs déploieront leurs services. Ce sera d’autant plus intéressant à observer que la situation risque de varier d’un pays à l’autre. Avec l’UMTS, on se dirige vers une extension en situation de mobilité de certains services fixes, même si l’on ne sait pas très bien dans quelles proportions.01 R. : Les équipementiers ont tendance à se séparer de certaines de leurs activités par le biais de spin off. Quel est le bon degré d’intégration pour un constructeur télécoms ?K. P. : Difficile de répondre. Tout est une question de volume, de marketing et de coûts de production. Même dans des domaines où un constructeur n’excelle pas, il peut avoir intérêt à maintenir une activité avec un partenaire afin de partager les coûts de marketing et de production. On peut également avoir intérêt à garder une activité complémentaire afin de disposer d’une offre globale [comme dans le domaine des infrastructures cellulaires, NDLR]. Le dilemme est de savoir si le marché concerné va se développer rapidement.01 R. : Et qu’en est-il dans le cas précis des terminaux cellulaires ?K. P. : Tout dépend de la taille du marché, notamment dans la perspective de la troisième génération. S’il s’agit d’un marché de plusieurs milliards de dollars, cela peut valoir la peine de s’associer à un partenaire afin d’avoir une offre globale (infrastructures et terminaux) dès le départ.01 R. : Combien de temps la téléphonie sous IP va-t-elle mettre à remplacer les PABX traditionnels ?K. P. : De trois à cinq ans. C’est tout l’enjeu de l’environnement IP en entreprise. Nous disposons de ce point de vue d’une excellente plate-forme, baptisée Omni PCX 4400, intégrant voix et données. Sachant que les réseaux d’infrastructure tout IP se banalisent, la voix commutée va revenir de plus en plus cher aux entreprises. D’où l’intérêt de cette plate-forme unique, sur laquelle on peut greffer toute une palette de logiciels et de services (messagerie unifiée, Web call portal). À l’instar des services de type Centrex, on peut également envisager de collecter le trafic IP des entreprises de manière centralisée chez l’opérateur.

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Henri Bessières et Thierry Outrebon