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Décollage périlleux pour Galileo

Le système de navigation par satellites européen est désormais certain d’exister mais sa viabilité et son intérêt restent des inconnues.

Ça y est. Après des années de tergiversation, l’Europe s’est enfin
mise d’accord en mai sur
Galileo, son projet d’une constellation de trente satellites qui, dès 2008, devrait concurrencer le
GPS américain. Une célébration qui tient du v?”u pieu tant les acteurs du secteur, réunis à Genève à l’occasion du salon
NavSat, se montrent dubitatifs. Galileo a encore tout à prouver, de ses atouts technologiques à son équilibre financier.L’accord trouvé entre les pays européens concernés n’est en effet que partiel. Il porte sur le lancement d’un puis de quatre satellites qui permettront d’expérimenter cette technologie. Un accord essentiel
puisque, sans satellites dans l’espace en 2005, Galileo aurait perdu le droit d’utiliser les fréquences nécessaires à son bon fonctionnement.

Les financements restent à trouver

Pour aller plus loin, les financements restent à trouver. Un concessionnaire chargé du déploiement et de l’entretien du système sera bien désigné début 2004 mais les soutiens publics seront toujours nécessaires. Le coût de
Galileo est en effet estimé à plus de trois milliards d’euros, avec des frais de fonctionnement de 200 millions d’euros par an. Alors que les sources de revenu restent floues. Ainsi des royalties collectées sur les équipements Galileo.Autant le marché de la navigation semble promis à un avenir radieux, autant la capacité de Galileo à entamer la domination du GPS est à démontrer. Pour lui donner un coup de pouce, certains participants à NavSat préconisaient par
exemple que tous les avions atterrissant en Europe soient dotés d’un récepteur Galileo ou que ce système soit utilisé pour les projets d’harmonisation des systèmes de paiement des péages autoroutiers européens. De simples idées
actuellement.

Une avancée technologique à prouver

Mais difficile d’imaginer faire payer les utilisateurs. Comme l’accès au signal GPS est gratuit, celui au signal Galileo devrait l’être aussi. De plus, les progrès qu’il apportera (augmentation de la disponibilité du
signal dans les zones urbaines, amélioration de la précision de la navigation et certification de la position donnée) seront disponibles, au plus tôt, en 2008.D’ici là, le GPS aura eu le temps d’évoluer. Déjà, dès avril prochain, l’Europe aura son propre GPS amélioré : Egnos. ‘ Nous allons utiliser trois satellites géostationnaires déjà en orbite pour
garantir une meilleure précision et intégrité ‘
, explique Bruno Meuris, directeur d’ESSP, la société chargée de gérer ce système. Et derrière laquelle on retrouve six organismes nationaux, dont la Direction générale de
l’aviation civile française.

Un choix politique avant tout

Principal argument des partisans de Galileo : la nécessité de disposer d’une solution de repli en cas de problème du GPS. Pourtant, un tel réseau de secours existe déjà, à l’Est. Un temps laissé à l’abandon, le
système de navigation russe, Glonass, reprend du poil de la bête. ‘ Deux nouveaux satellites viennent dêtre mis en orbite ‘ raconte Ivo Berglas, responsable vente de Swissat, un opérateur suisse mixant
Glonass et GPS. ‘ En 2005, on devrait atteindre le chiffre de 15, pas loin des 16 satellites de la grande époque ‘.Difficile à financer, redondant technologiquement, Galileo est pourtant certain d’être lancé. Le choix de faire décoller ce système est fait, un choix purement politique. A l’instar de la Russie relançant Glonass,
l’Europe ressent le besoin de disposer de sa propre flotte de satellites pour ne pas reposer sur le GPS, un standard de facto. Mais placé sous l’égide du département de la défense américain.

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Ludovic Nachury