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Pharmacies en ligne : l'Ordre des pharmaciens émet des réserves

Dans une interview qu'il nous a accordée, le président du conseil régional d'Ile-de-France des pharmaciens soulève les points qui risquent de poser problème avec les pharmacies en ligne.

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Pour se conformer à une directive européenne, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a légalisé en décembre 2012 la vente en ligne des médicaments délivrés sans ordonnance à compter du 1er mars 2013.
Cette libéralisation a pour but de répondre à l’explosion des marchés parallèles et des contrefaçons. 50 % des médicaments vendus sur Internet seraient des faux, selon le syndicat des laboratoires pharmaceutiques (LEEM). Martial Fraysse, président du conseil régional d’Ile-de-France des pharmaciens, évoque avec nous les changements liés à ce nouveau mode de vente et d’achat des médicaments.
01net. : Alors que le gouvernement avait limité le nombre de médicaments pouvant être vendus en ligne à 455, le Conseil d’Etat a élargi cette liste à 3 500 produits. Pourquoi ?
Martial Fraysse : la requête a été déposée par Philippe Lallier, premier pharmacien à avoir ouvert une pharmacie en ligne. Le Conseil d’Etat lui a donné raison en rappelant que limiter le nombre des médicaments autorisés serait une atteinte à une directive européenne de 2011, qui exige une libéralisation plus importante du secteur. Le référé est suspensif. Nous attendons encore le jugement sur le fond.
Qui pourra vendre en ligne des médicaments ?
N'importe qui ne pourra pas s'improviser vendeur de médicaments. Pour ouvrir une pharmacie en ligne, il faudra être pharmacien et posséder une officine. Le nom de domaine du site devra également être clairement identifiable et le site devra être validé pour la présence de liens renvoyant au site du conseil de l’Ordre des pharmaciens ainsi qu’à celui de l’Agence régionale de santé (ARS) dont dépend la pharmacie. On devrait voir arriver les premières pharmacies en ligne durant l’été.
Comment s’effectuera la vente proprement dite ?
Le cahier des charges des futures pharmacies en ligne n’existe pas encore. Une fois qu’il sera défini, il faudra un certain délai aux ARS pour délivrer les autorisations d’ouverture. Pour le moment, on sait juste qu’un questionnaire sera obligatoire avant la délivrance d’un produit qui devra obligatoirement partir du stock de la pharmacie. Un pharmacien devra ainsi demander « en direct » à l’internaute quel type de traitement il suit, si il a ou non des allergies…
Avez-vous déjà identifié des problèmes techniques ?
Oui bien sûr. Le premier est que les serveurs, les opérateurs et les fournisseurs de comptes mails devront être agréés « données santé » pour que la confidentialité des échanges et des achats soit assurée. Pas question qu’un internaute qui achète des patchs à la nicotine reçoivent ensuite des publicités pour des cigarettes électroniques.
Quels sont les risques de ce type de vente selon vous ?
Pour commencer, le pharmacien n’aura aucun moyen de vérifier les dires de l’internaute. Il n’aura pas accès non plus à son dossier pharmaceutique pour lui éviter une interaction avec un médicament qu’il prendrait déjà. Nous n’aurons pas non plus de moyen de savoir si l’internaute est bien une personne majeure. Un gamin peut tout à fait cliquer sur une mention « j’ai plus de 18 ans » et faire un achat avec la carte bancaire de ses parents.
Craignez-vous les achats abusifs ?
Oui tout à fait. Ils peuvent déjà avoir lieu dans une officine, alors ils seront encore plus faciles à réaliser sur Internet. Et c’est extrêmement dangereux : ils peuvent engendrer des accidents voire du trafic. Certains sirops pour la toux sont utilisés pour se droguer, des médicaments en vente libre, en quantités excessives, peuvent servir à un suicide. Il faudra être encore plus vigilant qu’en ville.
Et l’internaute, comment pourra-t-il être sûr de ce qu’il achète ?
Pour être sûr de ne pas acheter des médicaments contrefaits, il faudra se rendre sur le site de l'ordre des pharmaciens où il trouvera la liste des sites autorisés. En espérant que le vrai site d’une pharmacie ne soit pas hacké ! A Bordeaux, le site vitrine d’une pharmacie a été piraté et des escrocs en ont fait un site de vente où l’on pouvait acheter en toute bonne foi des pilules de faux Viagra en quantités astronomiques.
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