Trois mois après son entrée en vigueur, la taxe de deux euros sur les petits colis importés hors Union européenne ne rapporte que 2,3 millions d’euros par mois à l’État. La loi de finances pour 2026 prévoyait 400 millions d’euros sur l’année, soit plus de trente fois plus. Le journal Le Figaro a publié ce chiffre le 13 mai, le jour même où les douanes le confirmaient devant les députés.
90 % de déclarations douanières en moins
Florian Colas, directeur général des douanes, était auditionné ce 13 mai par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Son constat est brutal : les déclarations douanières e-commerce sont tombées de 500 000 à 50 000 par jour. Shein, Temu et AliExpress ont redirigé leurs avions vers la Belgique et les Pays-Bas, d’où les colis rejoignent la France par camion, libres de toute taxe grâce à la libre circulation au sein de l’UE. Le surcoût logistique de ce détournement est estimé à moins de dix centimes par paquet.
Comme nous l’avions détaillé dès mars, la parade logistique des géants asiatiques n’a eu aucun effet sur les volumes consommés en France. Les marchandises arrivent simplement par une autre porte, et le groupe La Poste confirme que les volumes distribués restent comparables à ceux du début d’année.
Les petites enseignes paient à la place des géants
L’échec de la taxe ne se résume pas à un manque à gagner budgétaire. Elle produit un effet exactement inverse à celui recherché : les grandes plateformes chinoises, dotées d’une infrastructure logistique suffisamment agile pour pivoter en quelques jours, l’évitent quasi intégralement. Ce sont les petits vendeurs indépendants, les particuliers qui importent depuis les États-Unis ou le Royaume-Uni, et les petites enseignes sans entrepôt européen qui l’absorbent réellement. Ceux que la taxe ne visait pas.
Bercy maintient le cap malgré les dégâts
Sur le terrain, les conséquences sont lourdes pour le fret national. Un député a officiellement alerté le gouvernement sur la situation des aéroports français, où près de mille emplois directs seraient menacés sur la seule zone de Roissy. L’aéroport de Vatry, dans la Marne, qui réalise habituellement les deux tiers de son chiffre d’affaires grâce au fret asiatique, a vu ses volumes chuter de moitié dès les premières semaines.
Malgré ces signaux alarmants, Bercy refuse de suspendre le dispositif et joue la montre en direction de Bruxelles. L’Union européenne doit instaurer à partir de juillet un droit de douane de trois euros par type d’article sur l’ensemble du territoire, suivi de frais de traitement supplémentaires prévus au plus tard en novembre. Une harmonisation continentale qui devrait mécaniquement fermer la faille du contournement via le Benelux, à condition que Shein et consorts n’aient pas d’ici là finalisé leurs entrepôts européens, dont un mastodonte de 740 000 m² déjà inauguré en Pologne.
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