Une entreprise condamnée pour violation de licence libre
La société Edu4 avait fourni en 2001 à l'Afpa un logiciel de formation sous GNU GPL, mais avait camouflé cette caractéristique.
Des licences libres au cœur d'un procès pour violation de droit d'auteur, ce n'est pas si courant. La cour d'appel de Paris a pourtant eu à traiter un dossier de ce genre et a condamné le 16 septembre 2009 une société spécialisée dans les outils multimédias pour la formation. Celle-ci n'avait pas respecté les termes de la licence GNU GPL.
L'histoire remonte à 2001, quand la société Edu4 installe pour le compte de l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) des espaces de formation basés sur des outils multimédias. Le prestataire doit équiper 27 sites avec son logiciel Référence. Un gros contrat dépassant les dix millions de francs (à l'époque).
Mais lors de l'installation, un technicien a soudain un doute et alerte la direction de l'Afpa : le programme fourni par Edu4 – et soi-disant conçu par elle – est en fait VNC, un logiciel libre permettant à un tuteur de se connecter à un ordinateur distant et d'avoir accès aux clics et aux frappes de clavier de l'utilisateur.
A partir de là, l'Afpa réclame les droits qu'elle est censée avoir sur le logiciel ainsi que les codes sources. Devant le refus de son prestataire, l'Afpa veut rompre le contrat à l'amiable. Elle s'estime en effet « trompée par les tentatives d'appropriation par la société Edu4 du logiciel Référence », selon les termes du jugement en appel que 01net. s'est procuré.
En juin 2002, Edu4 porte l'affaire devant le tribunal de commerce de Bobigny et demande des dommages et intérêts pour rupture abusive de marché. En septembre 2004, la justice lui donne raison et l'Afpa fait appel. Cette dernière obtient gain de cause ce mois de septembre. Edu4 perd le contrat et doit payer 8 000 euros de frais de procédure civile.
Valeur juridique
« Edu4 a fait trois erreurs, détaille Loïc Dachary, porte-parole français de la Free Software Foundation, consultée lors du procès en tant que partie sachante. Ils n'ont pas fourni les codes sources modifiés comme le demande la licence GNU/GPL. Ils ont retiré le texte qui normalement informe des droits sur la licence. Enfin, ils ont prétendu que c'étaient eux qui avaient conçu le logiciel. »
Il ne s'agit cependant pas d'un procès pour contrefaçon, les auteurs de VNC ne s'étant pas manifesté. Cette affaire est un pur litige commercial, qui prend appui sur un problème de contrefaçon : un client (l'Afpa) n'est pas informé de tous ses droits sur un produit acheté (VNC) et s'avère trompé par son vendeur (Edu4). Mais, et c'est là toute la valeur de ce jugement, c'est la première fois que la licence GNU/GPL se voit reconnaître par la justice une valeur juridique.
Bien Fait
de
olamy
, posté le 23 septembre 2009 à 16h46
Quand on utilise de l'open source (en plus pour faire de l'argent), il faut respecter les règles !!
Tout à fait d'accord...
de
Alex N.
, posté le 24 septembre 2009 à 09h04
Il est honteux de se prévaloir ainsi de la propriété d'un logiciel libre! Espérons que cette décision ouvrira le chemin à d'autres, car nombreuses sont les sociétés commerciales à abuser régulièrement des termes de la licence. Pourtant, vendre de la prestation de service via des logiciels Open-Source n'a rien de honteux, bien au contraire...
Très intéressant
de
isis99
, posté le 23 septembre 2009 à 17h36
Cet article est bien fait et très intéressant : je trouve que dans de nombreux domaines, dont les nouvelles technologies, le public et ceux qui l'informent négligent trop les mécanismes juridiques nécessaires à comprendre notre monde.. (à quand une explication claire sur la différence entre 'brevet' et 'droit d'auteur' et ses conséquences sur la colonisation économique du monde par les USA ?)
S. CHAMPLOIX avocat tic
de
S. CHAMPLOIX avocat
, posté le 10 novembre 2009 à 23h13
Jurisprudence nécessaire. Mais jurisprudence rendue, non dans un conflit ordinaire de droit d'auteur (contrefaçon, conflit entre auteurs...), mais dans un contentieux purement contractuel dans lequel le non respect de la licence GNU GPL n'a servi qu'à caractériser l'inexécution contractuelle justifiant la résolution du contrat aux torts du prestataire. Pour prolonger le débat : http://maitrechamploix.over-blog.com
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