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Repousser les limites de la miniaturisation

Miniaturiser les composants électroniques a permis aux constructeurs de fabriquer des puces toujours plus puissantes. Mais cette course à l'infiniment petit atteint ses limites. Des chercheurs tentent de les dépasser.

Pentium D. C'est ainsi qu'Intel a baptisé son premier processeur grand public double c?"ur, prévu pour la rentrée. Cette puce embarquera pas moins de 230 millions de transistors sur 206 mm2. Un record dans la mesure où un Pentium 4 Extreme Edition à 3,4 GHz n'en compte que 167 millions sur la même surface... Et une avancée considérable si l'on songe que la puissance de calcul d'un processeur dépend très largement de son nombre de transistors ! Les transistors constituent les composants de base des circuits intégrés (les puces). Commutateurs microscopiques à base de silicium, ils font office d'interrupteurs en laissant passer ou en bloquant le courant électrique, une double position marche/ arrêt qui correspond aux 1 et aux 0 du langage binaire de l'ordinateur. De fait, plus une puce contient de transistors, plus elle peut contenir d'éléments logiques (unités de base permettant d'effectuer des opérations élémentaires), et plus sa puissance de calcul augmente. C'est pourquoi, depuis 1971, date de la mise au point du premier prototype de microprocesseur par Intel ­ seulement 2 250 transistors ! ­, les chercheurs tentent par tous les moyens de placer plus de transistors sur leurs puces. Et si on ne veut pas augmenter la taille des puces, ou leur nombre, il n'y a qu'une seule solution : réduire la taille des transistors.

Les obstacles technologiques de la course au nanomètre

Toutes les puces sont construites à partir d'un procédé lithographique grâce auquel on dessine les circuits sur des tranches de silicium : plus le tracé de ces circuits est fin, plus on peut mettre d'éléments, donc de transistors par mm2. Aujourd'hui, les fabricants de processeurs sont capables de graver ces circuits élémentaires avec une largeur de tracé de 90 nanomètres (nm) ; AMD comme Intel devraient passer dès cette année aux 65 nm pour leurs processeurs double c?"ur. Toutefois, cette miniaturisation pose des problèmes de plus en plus difficilement surmontables. Lorsqu'un transistor devient très petit, il s'apparente plus à un variateur d'intensité qu'à un interrupteur. En position marche, pas de souci : le courant circule normalement. Mais en position arrêt, du courant arrive encore à passer, en légère quantité. On dit que le transistor présente des fuites d'énergie (leakage, en anglais). Conséquence : plus une puce contient de transistors, plus elle perd d'énergie. Elle consomme plus, et dégage donc plus de chaleur. Partant de ce constat, Intel va jusqu'à prédire la fin d'un âge d'or. A l'heure actuelle, on multiplie les performances des puces par quatre tous les trois ans. Or, selon le fondeur, si on continue à utiliser les mêmes technologies pour produire les puces, ces dernières deviendront trop chaudes, et cela dès 2015.
Pour atteindre une finesse de gravure inférieure à 10 nm (les premiers échantillons de laboratoire sont prévus pour 2011), il faudra sans doute développer des procédés de fabrication différents mais aussi utiliser de nouveaux matériaux. Aujourd'hui, tous les circuits intégrés sont faits à partir de silicium, un matériau dit semi-conducteur qui, une fois purifié, est produit sous forme de lingots que l'on débite en tranches très fines, les wafers (gaufrettes, en français), sur lesquelles on grave des milliards de transistors. Ces wafers sont ensuite découpés pour obtenir des puces. Comme ce matériau possède des limites intrinsèques, les chercheurs essaient de lui trouver un successeur.
Mais cela ne suffira certainement pas. Lorsque les transistors atteindront l'échelle atomique ­ c'est-à-dire lorsqu'ils ne seront pas plus grands que quelques atomes ­, ils seront soumis à des phénomènes dits quantiques, que personne ne maîtrise encore. De plus, réduire la taille des composants est une opération qui coûte cher. C'est pourquoi les scientifiques imaginent aussi de nouvelles architectures pour les processeurs de demain. Pour Intel ou AMD, c'est un moyen à privilégier pour continuer à produire des puces toujours plus puissantes... et à moindre coût !

En remplaçant le silicium

Les jours du silicium sont-ils comptés ? On estime qu'avec ce semi-conducteur, on ne pourra pas dessiner des transistors avec une précision inférieure à 10 nm. Il faut donc l'améliorer, ou lui trouver un remplaçant. Ainsi, Soitec ­ une société française ­ a déjà mis au point une technique d'amélioration baptisée SOI (Silicon On Insulator ; en français, silicium sur isolant) qui consiste à placer les tranches de silicium sur un isolant de façon à réduire les pertes dues aux fuites de courant des transistors. A la clé, un gain de performances de 30 % sur les puces. Une technique qu'AMD a adoptée pour ses futurs processeurs... Toujours pour réduire les fuites électriques, Intel explore une autre voie : le High-K. Ce nouveau matériau doit permettre d'intégrer un milliard de transistors gravés en 45 nm sur une seule puce. Les premiers processeurs à base de High-K ne sont pourtant pas prévus avant 2007. A plus long terme, les scientifiques cherchent un remplaçant au silicium. L'antimoniure d'indium est de ceux-là. En partenariat avec le britannique QinetiQ, Intel a inventé, en février, le Quantum Well (puits quantique), le premier transistor à base d'antimoniure d'indium. Selon la société, les Quantum Wells consomment, à performances égales, dix fois moins d'énergie que les transistors actuels. Et, inversement, à consommation égale, ils sont trois fois plus rapides. Sortie prévue dans dix ans. Les scientifiques fondent aussi de grands espoirs sur les nanotubes de carbone, ce composant découvert en 1991 par Sujio Ijima, chercheur chez Nec. Très fins, ces fils formés d'atomes de carbone peuvent supporter des températures extrêmes et sont d'excellents conducteurs électriques. Mais leur utilisation dans les puces pose encore problème. L'année dernière, pourtant, Infineon a fait la démonstration d'un transistor composé de 300 nanotubes de carbone. Et Intel a réussi à mettre au point un système expérimental permettant de créer des nanotubes directement sur un wafer. Mais il faudra encore attendre une dizaine d'années avant de savoir si cette technique pourra, finalement, être maîtrisée.

En imaginant un autre genre de transistors

Quatre ans : c'est le temps que s'est donné Intel pour intégrer dans ses puces des transistors à trois portes (ou trigate). Ces transistors utiliseront une architecture en trois dimensions (contre deux actuellement), ce qui accroîtra la surface d'échange électrique. Intel, qui travaille sur ce projet depuis plusieurs années, espère ainsi diminuer les déperditions d'énergie. Mais la société explore aussi, parallèlement, d'autres voies que l'électronique... bien plus ambitieuses. Par exemple, la photonique sur silicium (silicon photonics). Il s'agit de remplacer le courant électrique qui circule dans les puces par... des rayons lumineux ! Une piste que de nombreux chercheurs avaient abandonnée, jusqu'à ce qu'Intel fasse la démonstration, en mars, du premier émetteur de lumière aussi petit qu'un transistor, capable de convertir les données en rayon lumineux. Lorsqu'il émet de la lumière, c'est un 1, lorsqu'il est éteint, c'est un 0... Et il est capable de le faire plusieurs milliards de fois par seconde, sans perte d'énergie ! Une révolution qui mettra des années avant d'arriver au c?"ur des processeurs grand public...

En gravant plus finement

La photolithographie est la technique utilisée aujourd'hui pour dessiner, par photographie, les transistors sur le wafer. Les fabricants utilisent pour cela un masque, une sorte de pochoir qui, en laissant passer la lumière à certains endroits, permet d'imprimer les circuits sur la surface photosensible de la galette. Il est cependant impossible, avec cette méthode, de passer en dessous des 65 nm. La solution ? Pour de nombreux chercheurs ­ dont ceux d'Intel et AMD ­, elle se nomme lithographie par ultraviolets extrêmes ou EUV (Extreme Ultraviolet Lithography). Au lieu d'utiliser les rayons ultraviolets classiques, on emploie ceux qui sont situés à l'extrémité du spectre lumineux. Comme ces rayons ont des longueurs d'ondes plus courtes, ils sont plus précis. Les chercheurs estiment qu'ils pourront ainsi approcher une finesse de l'ordre de 10 nm. Certains, comme STMicroelectronics, pensent qu'il faudra alors, en complément, passer à une technique de lithographie sans masque (ML2). Comme son nom l'indique, ce procédé consiste à graver directement sur le wafer, à l'aide d'un faisceau d'électrons, sans aucun pochoir. Une telle technologie présenterait également l'intérêt d'être plus économique, le coût des masques augmentant sensiblement avec la finesse de la gravure.

L'autre voie possible... : Augmenter la puissance sans miniaturisation

Faut-il vraiment continuer à miniaturiser les composants et à courir après les gigahertz ? AMD pense que non. La société prône depuis quelques années une meilleure répartition et utilisation des circuits qui composent les puces. Une méthode a aujourd'hui le vent en poupe : elle consiste à multiplier les processeurs au sein de la machine. Que cette opération soit effectuée de manière logique, comme dans le cas de l'Hyper-Threading d'Intel, ou physique, comme avec les puces double c?"ur, le principe est le même : faire travailler les processeurs en parallèle. L'avantage pour le grand public n'est pas franchement évident : AMD affirme, par exemple, que pendant qu'un c?"ur s'occupera du pare-feu ou de l'antivirus, l'autre pourra se consacrer entièrement à une autre tâche, comme un logiciel de traitement d'images. Mais il faudra probablement attendre les processeurs à 4 ou 8 c?"urs pour vraiment apprécier les bénéfices de cette technologie. Ce sera le cas dès l'année prochaine, avec le Cell, ce processeur conçu par IBM, Sony et Toshiba, qui équipera vraisemblablement la future console de Sony, la PlayStation 3. Chaque Cell contient un c?"ur principal 64 bits et huit c?"urs secondaires. On nous promet des performances dix fois supérieures aux meilleurs processeurs actuels...

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