Les jours du silicium sont-ils comptés ? On estime qu'avec ce semi-conducteur, on ne pourra pas dessiner des transistors avec une précision inférieure à 10 nm. Il faut donc l'améliorer, ou lui trouver un remplaçant. Ainsi, Soitec une société française a déjà mis au point une technique d'amélioration baptisée SOI (Silicon On Insulator ; en français, silicium sur isolant) qui consiste à placer les tranches de silicium sur un isolant de façon à réduire les pertes dues aux fuites de courant des transistors. A la clé, un gain de performances de 30 % sur les puces. Une technique qu'AMD a adoptée pour ses futurs processeurs... Toujours pour réduire les fuites électriques, Intel explore une autre voie : le High-K. Ce nouveau matériau doit permettre d'intégrer un milliard de transistors gravés en 45 nm sur une seule puce. Les premiers processeurs à base de High-K ne sont pourtant pas prévus avant 2007. A plus long terme, les scientifiques cherchent un remplaçant au silicium. L'antimoniure d'indium est de ceux-là. En partenariat avec le britannique QinetiQ, Intel a inventé, en février, le Quantum Well (puits quantique), le premier transistor à base d'antimoniure d'indium. Selon la société, les Quantum Wells consomment, à performances égales, dix fois moins d'énergie que les transistors actuels. Et, inversement, à consommation égale, ils sont trois fois plus rapides. Sortie prévue dans dix ans. Les scientifiques fondent aussi de grands espoirs sur les nanotubes de carbone, ce composant découvert en 1991 par Sujio Ijima, chercheur chez Nec. Très fins, ces fils formés d'atomes de carbone peuvent supporter des températures extrêmes et sont d'excellents conducteurs électriques. Mais leur utilisation dans les puces pose encore problème. L'année dernière, pourtant, Infineon a fait la démonstration d'un transistor composé de 300 nanotubes de carbone. Et Intel a réussi à mettre au point un système expérimental permettant de créer des nanotubes directement sur un wafer. Mais il faudra encore attendre une dizaine d'années avant de savoir si cette technique pourra, finalement, être maîtrisée.
Quatre ans : c'est le temps que s'est donné Intel pour intégrer dans ses puces des transistors à trois portes (ou trigate). Ces transistors utiliseront une architecture en trois dimensions (contre deux actuellement), ce qui accroîtra la surface d'échange électrique. Intel, qui travaille sur ce projet depuis plusieurs années, espère ainsi diminuer les déperditions d'énergie. Mais la société explore aussi, parallèlement, d'autres voies que l'électronique... bien plus ambitieuses. Par exemple, la photonique sur silicium (silicon photonics). Il s'agit de remplacer le courant électrique qui circule dans les puces par... des rayons lumineux ! Une piste que de nombreux chercheurs avaient abandonnée, jusqu'à ce qu'Intel fasse la démonstration, en mars, du premier émetteur de lumière aussi petit qu'un transistor, capable de convertir les données en rayon lumineux. Lorsqu'il émet de la lumière, c'est un 1, lorsqu'il est éteint, c'est un 0... Et il est capable de le faire plusieurs milliards de fois par seconde, sans perte d'énergie ! Une révolution qui mettra des années avant d'arriver au c?"ur des processeurs grand public...
La photolithographie est la technique utilisée aujourd'hui pour dessiner, par photographie, les transistors sur le wafer. Les fabricants utilisent pour cela un masque, une sorte de pochoir qui, en laissant passer la lumière à certains endroits, permet d'imprimer les circuits sur la surface photosensible de la galette. Il est cependant impossible, avec cette méthode, de passer en dessous des 65 nm. La solution ? Pour de nombreux chercheurs dont ceux d'Intel et AMD , elle se nomme lithographie par ultraviolets extrêmes ou EUV (Extreme Ultraviolet Lithography). Au lieu d'utiliser les rayons ultraviolets classiques, on emploie ceux qui sont situés à l'extrémité du spectre lumineux. Comme ces rayons ont des longueurs d'ondes plus courtes, ils sont plus précis. Les chercheurs estiment qu'ils pourront ainsi approcher une finesse de l'ordre de 10 nm. Certains, comme STMicroelectronics, pensent qu'il faudra alors, en complément, passer à une technique de lithographie sans masque (ML2). Comme son nom l'indique, ce procédé consiste à graver directement sur le wafer, à l'aide d'un faisceau d'électrons, sans aucun pochoir. Une telle technologie présenterait également l'intérêt d'être plus économique, le coût des masques augmentant sensiblement avec la finesse de la gravure.
Faut-il vraiment continuer à miniaturiser les composants et à courir après les gigahertz ? AMD pense que non. La société prône depuis quelques années une meilleure répartition et utilisation des circuits qui composent les puces. Une méthode a aujourd'hui le vent en poupe : elle consiste à multiplier les processeurs au sein de la machine. Que cette opération soit effectuée de manière logique, comme dans le cas de l'Hyper-Threading d'Intel, ou physique, comme avec les puces double c?"ur, le principe est le même : faire travailler les processeurs en parallèle. L'avantage pour le grand public n'est pas franchement évident : AMD affirme, par exemple, que pendant qu'un c?"ur s'occupera du pare-feu ou de l'antivirus, l'autre pourra se consacrer entièrement à une autre tâche, comme un logiciel de traitement d'images. Mais il faudra probablement attendre les processeurs à 4 ou 8 c?"urs pour vraiment apprécier les bénéfices de cette technologie. Ce sera le cas dès l'année prochaine, avec le Cell, ce processeur conçu par IBM, Sony et Toshiba, qui équipera vraisemblablement la future console de Sony, la PlayStation 3. Chaque Cell contient un c?"ur principal 64 bits et huit c?"urs secondaires. On nous promet des performances dix fois supérieures aux meilleurs processeurs actuels...

