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Essai Jaecoo 5 : le SUV chinois qui pourrait faire trembler le Dacia Duster

Avec son premier SUV compact hybride destiné au marché européen, la jeune marque chinoise Jaecoo affiche de solides ambitions. Sans révolutionner le segment, le 5 SHS-S combine une motorisation convaincante, un équipement très généreux et des tarifs agressifs qui en font un concurrent sérieux des Renault Captur, Peugeot 2008 ou, surtout, du Dacia Duster.

Le marché européen des SUV compacts est devenu l’un des plus disputés au monde. Renault Captur, Peugeot 2008, Toyota Yaris Cross, Volkswagen T-Roc, Dacia Duster ou encore MG ZS se livrent une bataille acharnée. Chaque détail compte : avec l’inflation des prix des voitures neuves, consommation, technologies embarquées, qualité perçue, prix ou encore équipement sont scrutés par les acheteurs.

Dans ce contexte, le groupe chinois Chery entend bien accélérer son implantation européenne grâce à deux nouvelles marques : Omoda et Jaecoo. Déjà solidement implanté sur plusieurs marchés internationaux, le constructeur ne débarque pas en Europe sans préparation. Son réseau de distribution se développe rapidement et sa stratégie paraît simple : proposer des véhicules richement équipés, bénéficiant d’une garantie longue durée, tout en maintenant des prix particulièrement compétitifs.

Le Jaecoo 5 constitue la pierre angulaire de son offensive sur le segment des SUV compacts. Long de 4,38 mètres, il se situe dans la partie haute de la catégorie, à mi-chemin entre un Captur et un SUV du segment supérieur. Sous le capot de ce modèle, une chaîne hybride non rechargeable de 224 ch combinés, baptisée SHS-S.

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@ Le Jaecoo 5 en Corse

Si sur le papier, la recette paraît solide, il nous restait à vérifier si le SUV chinois pouvait convaincre au-delà de sa fiche technique. C’est ce que nous avons fait sur le terrain particulièrement exigeant des routes du nord de la Corse.

Un style statutaire, mais sans excès

Le Jaecoo 5 ne cherche aucunement à masquer ses inspirations. Sa silhouette évoque immédiatement celle d’un Range-Rover, avec une face avant très verticale dominée par une imposante calandre à grille verticale, des projecteurs fins et un capot haut perché.

Les proportions participent largement à cette impression de véhicule plus imposant qu’il ne l’est réellement. Les surfaces vitrées relativement réduites, les épaules marquées et le pavillon presque horizontal lui donnent une posture robuste, tandis que les passages de roues généreux renforcent son aspect baroudeur pour faire oublier qu’il est d’abord un simple crossover urbain.

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© L’inspiration Range Rover est pleinement assumée

On pourra débattre de son manque d’identité stylistique propre, mais le petit Jaecoo affirme tout de même une présence certaine. Dans la circulation, il paraît plus valorisant que ne le laisserait supposer son positionnement tarifaire.

Cette impression se confirme une fois installé à bord. L’habitacle adopte une présentation certes contemporaine mais, à vrai dire, qui ne surprend plus tant il pourrait avoir été copié-collé de n’importe quel autre SUV chinois. Une planche de bord qui privilégie les lignes horizontales et fait la part belle au numérique avec une instrumentation compacte derrière le volant et un large écran tactile vertical au centre de la console :  c’est maintes fois déjà vu. Pour autant, ça fonctionne.

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© Il y a de la place à bord du Jaecoo 5

L’ambiance reste sobre, sans multiplication d’effets décoratifs. Les matériaux employés ne rivalisent pas avec ceux des meilleures productions européennes, mais plusieurs plastiques moussés et revêtements texturés contribuent à donner une impression de qualité tout à fait honorable. Les ajustements apparaissent sérieux et rien ne laisse présager une fabrication au rabais. Le résultat est globalement plus élégant que spectaculaire.

Vie à bord : pensé pour les familles

Bien que compact, le Jaecoo 5 offre une habitabilité très convaincante. À l’avant, les sièges assurent un bon maintien et les nombreuses possibilités de réglage permettent de trouver rapidement une position de conduite confortable. Sur notre version, ces fonctions de réglage sont électriques et les sièges avant sont même chauffants et ventilés, un niveau de prestation rarement rencontré à ce niveau de prix.

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© L’habitacle du Jaecoo 5

À l’arrière, les passagers disposent d’un espace aux jambes très correct. La garde au toit se montre elle aussi généreuse et le grand toit panoramique qui équipe cette finition Exclusive fait son petit effet. Le coffre de 410 litres répond de son côté aux besoins d’une famille sans battre des records. Le plancher modulable et les espaces de rangement aménagés sous celui-ci permettent néanmoins d’optimiser le chargement pour les départs en vacances.

L’équipement constitue probablement l’argument le plus impressionnant du Jaecoo 5.

Dès l’entrée de gamme, la climatisation automatique bi-zone, les sièges chauffants, le volant chauffant, Apple CarPlay et Android Auto sans fil, la caméra de recul ou encore le système audio Sony sont livrés de série. La finition supérieure ajoute notamment un immense toit panoramique, un hayon électrique, une caméra périphérique, des sièges ventilés, un chargeur à induction puissant et un système audio enrichi. Peu de concurrents peuvent rivaliser à équipement équivalent.

En revanche, l’ergonomie apparaît nettement moins convaincante. Comme beaucoup de constructeurs chinois, Jaecoo a presque entièrement supprimé les commandes physiques pour faire passer la quasi-totalité des fonctions par l’écran central. Si celui-ci se montre fluide et réactif, certaines commandes essentielles nécessitent plusieurs manipulations, notamment pour les réglages de climatisation ou certaines fonctions de confort.

Cette épuration des commandes physiques finit toujours par nuire à l’utilisation quotidienne ; quelques boutons supplémentaires auraient permis de limiter les manipulations en roulant.

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© Les optiques arrière du Jaecoo 5

Autre particularité : le système de démarrage automatique. Ici, aucun bouton Start. La voiture s’active dès que la clé est détectée et refuse même d’avancer tant que le conducteur n’a pas attaché sa ceinture. Une logique sécuritaire, certes, mais qui demande un petit temps d’adaptation et qui interdit les petites manœuvres rapides d’ajustement qu’on pourrait avoir besoin de faire sur un terrain privé.

Plus orientée confort que sport

Sous le capot, Jaecoo adopte une architecture hybride relativement originale.

Le moteur essence quatre cylindres 1.5 turbo qui équipe l’auto développe 143 ch tandis que le moteur électrique affiche, à lui seul, 204 ch. La puissance cumulée annoncée atteint 224 ch, même si cette valeur ne correspond pas à une disponibilité simultanée de toute cette puissance. Un peu comme le système e-Power chez Nissan ou le e-HEV de Honda, dans la pratique le fonctionnement rappelle davantage celui d’une voiture électrique que celui d’une hybride classique.

La majeure partie du temps, c’est le bloc électrique qui assure la traction, tandis que le moteur thermique intervient principalement comme générateur afin d’alimenter la batterie de 1,83 kWh avant de pouvoir, dans certaines conditions stabilisées, participer directement à la propulsion. Cette architecture a le mérite de procurer un réel agrément dans la plupart des situations. Les démarrages s’effectuent dans un silence quasi complet, les accélérations sont progressives et la transmission mono-rapport évite les à-coups parfois ressentis sur certaines hybrides.

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© Baroudeur ? Pas vraiment

Les performances sont largement suffisantes pour un usage familial, avec des reprises franches. Les dépassements ne posent aucune difficulté particulière.

Lorsque le moteur thermique est plus sollicité, notamment en forte accélération ou sur des routes montagneuses, il sait se faire entendre, mais sans les emballements parfois caractéristiques de certaines transmissions à variation continue.

Le comportement routier inspire lui aussi confiance. Le châssis privilégie clairement la stabilité. Le train avant se montre précis, la caisse prend relativement peu de roulis et les réactions demeurent progressives, même sur chaussée sinueuse. La direction manque toutefois de consistance. Très légère, elle facilite les manœuvres urbaines mais renseigne peu sur l’adhérence disponible lorsque le rythme augmente.

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© Plus confortable que sportif ce Jaecoo 5

De son côté, le confort constitue probablement le principal axe de progression. À basse vitesse, les suspensions apparaissent un peu sèches sur les raccords et les ralentisseurs et les irrégularités sont davantage ressenties qu’à bord des références européennes. Une fois la vitesse stabilisée, l’amortissement devient plus homogène et les longs trajets restent parfaitement envisageables, même si l’insonorisation pourrait encore progresser sur voie rapide.

Une hybridation efficace au quotidien

La petite batterie du Jaecoo 5 se recharge uniquement en roulant, en récupérant l’énergie lors des décélérations et du fonctionnement du moteur thermique. Cette simplicité aujourd’hui plébiscitée par le marché séduit les automobilistes qui souhaitent bénéficier d’une électrification sans pour autant modifier leurs habitudes.

Même si la Corse n’est pas le terrain parfait pour établir des références de consommation, lors de notre essai le Jaecoo 5 nous a demandé de 4 à 6 l/100 km selon le profil des routes et le rythme adopté. Une valeur cohérente pour un SUV de ce gabarit développant un tel niveau de puissance. La consommation homologuée s’établit à 5,3 l/100 km selon le cycle WLTP. Avec son réservoir de 51 litres, l’autonomie peut ainsi tutoyer — voire dépasser — les 900 kilomètres dans des conditions favorables. En tout état de cause, les performances de ce système ont convaincu la presse française puisque le Jaecoo 5 a été auréolé du eTrophée remis par l’Association des médias auto et moto pour récompenser la meilleure transmission hybride du marché en 2026, rien de moins.

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© Plus de 900 km d’autonomie, c’est réussi

Tarifs : un prix plancher qui peut inquiéter les références établies

Le Jaecoo 5 hybride est proposé en deux versions, Select et Exclusive. Pour 26 990 euros, la première propose un équipement déjà pléthorique, avec notamment des jantes alliage 18 pouces, une connectivité Apple CarPlay et Android Auto sans fil, des feux full-LED, une climatisation auto bi-zone, des sièges avant et le volant chauffants, un vitrage acoustique avant latéral ou encore un système audio 6 HP. Une vingtaine d’aides à la conduite sont également de la partie.

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© Moins de 27 000 euros. La trif est très attractif !

Pour 2 000 euros supplémentaires, la version Exclusive enrichit la dotation, avec entre autres des rails de toit, un système audio Sony à huit haut-parleurs, un chargeur à induction ventilé 50 watts, des caméras 540° avec une fonction transparence, des sièges avant ventilés et électriques, un toit panoramique et un hayon électrique.

Bilan : un premier essai très convaincant

Le Jaecoo 5 n’est certainement pas exempt de défauts. Son ergonomie entièrement tactile mériterait d’être simplifiée, la suspension gagnerait à filtrer davantage les imperfections urbaines et sa direction pourrait offrir un meilleur ressenti.

Ces réserves étant posées, son habitabilité, sa présentation soignée, sa motorisation hybride particulièrement agréable et, surtout, son rapport prix/équipement très compétitif en font une proposition difficile à ignorer.

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© Une entrée remarquée pour Jaecoo sur le marché français

Alors certes, face aux références établies, le SUV chinois n’a aucune image de marque et encore moins d’histoire à opposer. En revanche, il offre davantage d’équipements pour plusieurs milliers d’euros de moins et sans réel sacrifice sur les prestations essentielles.

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Alexandre Lenoir