Passer au contenu

SAN : des réalisations encore rares mais plutôt convaincantes

Les réseaux de stockage dédiés, Storage Area Network ou SAN, commencent à apparaître sur le marché. Les utilisateurs sont peu nombreux, mais largement satisfaits.

Les constructeurs multiplient les annonces concernant le SAN (Storage Area Network). Mais chacun semble avoir sa propre définition de cette technologie, et l’on vend vite, pour du SAN, un seul serveur relié à une baie de stockage par des liens Fibre Channel. Aujourd’hui, les réalisations de véritables SAN sont peu nombreuses, pour ne pas dire exceptionnelles. Mais ceux qui s’y sont risqués semblent plus que satisfaits : “Par rapport à un serveur autonome, à configuration identique, nous obtenons un gain de performances de 100 % “, déclare Pascal Chrétien, chef de service du système réseau de Bouygues Immobilier. La solution mise en place par cette entreprise est un exemple typique de la topologie SAN. Quatre serveurs Dell sous Windows NT sont reliés en Fibre Channel à une baie Dell de 90 Go. Deux commutateurs FC Dell Powervault 50F viennent compléter ce dispositif.
Autre configuration de réseau de stockage SAN : celle de la division pharmaceutique d’Aventis. On y trouve aussi des liens Fibre Channel et quatre serveurs connectés. Mais la baie StorageWorks ESA 12 000 est signée Compaq et les serveurs fonctionnent avec des systèmes d’exploitation différents : un Compaq ProLiant et un Alpha Server avec NT, un second Alpha Server avec Tru64 (l’Unix de Compaq) et enfin un Sun Solaris.
L’agence photographique Gamma présente une topologie différente. Deux stations de travail Macintosh et un serveur HP sous NT se partagent l’espace de la baie Digital Storage. Les connexions se font, cette fois, sur des liens SCSI. “Certes, la connectique Fibre Channel est plus simple et le gain en performances réel. Mais nous avions les compétences et l’habitude du SCSI grâce à notre matériel Macintosh. Nous n’avons pas voulu multiplier les nouveautés “, explique Michel Cabellic, directeur général adjoint de Gamma.

Mutualisation, sécurité et redondance du stockage

“Il y a trois ans, lorsque nous avons refondu notre système informatique pour passer de SNA [Systems Network Architecture, Ndlr] à une structure client-serveur sous Windows NT, nous avions déjà envie de mutualiser notre stockage. Mais, à l’époque, les coûts étaient dissuasifs “, déclare Alain Dulau, directeur informatique de Bouygues Immobilier. À présent, de plus en plus de constructeurs proposent des équipements – baie, commutateurs, contrôleurs – mais l’offre reste hétérogène et l’interopérabilité n’est pas encore de mise. “Nous n’avons eu aucun souci avec le Fibre Channel, qui répond à des normes. Nous avons acheté les contrôleurs, concentrateurs et les commutateurs chez le même constructeur, et nous n’avons pas rencontré de problèmes. Un choix d’éléments hétérogènes aurait peut-être donné un résultat différent “, confirme Gérald Crespy, architecte système de la division pharmaceutique d’Aventis.
Chez Gamma et Bouygues Immobilier, aucun problème majeur n’est survenu lors de l’installation : “Nous avons seulement rencontré une difficulté due au système d’exploitation de nos serveurs. Windows NT provoquait des conflits : un autre serveur ne pouvait voir son espace de stockage “, raconte Alain Dulau de Bouygues Immobilier. “La technologie est tout de même récente. Et, lorsque l’on sort des sentiers battus, il y a parfois un manque de compétences chez les prestataires. Une simple évolution peut même se transformer en un véritable casse-tête. Il est peut-être encore un peu tôt pour avoir des solutions réellement évolutives “, remarque l’un de nos témoins.
Quoi qu’il en soit, les gains sont indéniables. Outre les performances, la sécurité et la fiabilité liées à la redondance du système, ainsi que le désengorgement du réseau local, sont plébiscités par les utilisateurs. Chez Gamma, c’est justement cette volonté d’alléger les flux de données sur le LAN qui a orienté le choix de cette architecture. Désormais, les postes de numérisation sont directement connectés à la baie “Nous ne voulions plus encombrer le réseau avec les échanges de la production. Toutes les images en cours de traitement sont désormais stockées sur la baie de Digital Storage “, confirme Michel Cabellic, le directeur général adjoint de cette société. “Auparavant, nous avions du mal à effectuer l’ensemble des sauvegardes en une nuit, se souvient-on chez Aventis, alors qu’à présent, l’ensemble des données stockées transite dans l’espace dédié.”Les premières applications transposées en environnement SAN par Bouygues concernent toutes les données actives : messagerie, intranet et base de données. Ce sont d’ailleurs les applications nécessitant un important volume de stockage et une disponibilité supérieure à la normale, qui sont les plus concernées par le SAN. “Les applications métier imposent le dimensionnement des volumes de stockage et tel ou tel système d’exploitation. Il faut donc faire attention à la matrice de compatibilité OS et baie. Le choix s’étoffe peu à peu, mais varie selon le constructeur “, précise Gérald Crespy d’Aventis. La flexibilité du système est aussi un des atouts du SAN. Pour ajouter ou réduire l’espace de stockage alloué à l’un des serveurs ou des stations de travail, il suffit de réorganiser les volumes logiques. Une modification possible à chaud, en fonction des baies.

Un investissement raisonnable

L’investissement, rapporté à la flexibilité, aux performances et à la sécurité d’un SAN, semble raisonnable : de 600 000 F ht à 700 000 F ht (de 91 470 à 106 715 ?) pour Aven- tis et Bouygues Immobilier, et 300 000 F ht (45 735 ?) pour Gamma. Sans compter que la mutualisation du stockage réduit les coûts et les délais d’installation. Les utilisateurs sont donc conquis. Il faut à présent que les constructeurs étendent leur offre et travaillent sur l’interopérabilité.

🔴 Pour ne manquer aucune actualité de 01net, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.


STÉPHANIE RENAULT