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L’IA à Hollywood : les Oscars édictent de nouvelles règles sur les contenus générés par l’intelligence artificielle

Hollywood a fait les gros titres avec son supposé « ban de l’IA ». La réalité est nettement plus nuancée, et l’Europe s’apprête à aller beaucoup plus loin.

Depuis le 1ᵉʳ mai, les réseaux sociaux s’enflamment : l’Académie des Oscars aurait interdit l’intelligence artificielle au cinéma. En réalité, les nouvelles règles adoptées pour la 99e cérémonie (mars 2027) ne concernent que deux catégories précises. Les performances générées par IA ne peuvent pas concourir dans les catégories d’interprétation, et les scénarios produits par une machine sont inéligibles aux prix d’écriture. Pour toutes les autres catégories (effets visuels, son, montage, musique), l’IA reste autorisée. L’Académie demande simplement aux producteurs de déclarer leur utilisation et réserve le droit de demander des précisions sur la part d’intervention humaine.

La présidente Lynette Howell Taylor a résumé la position en une phrase : les humains doivent rester au centre du processus créatif. Un principe qui laisse une marge d’interprétation considérable.

Val Kilmer, Tilly Norwood : les deux cas qui ont forcé la main

Deux affaires ont accéléré la rédaction de ces règles. Il y a quelques semaines, le film As Deep as the Grave a été présenté au CinemaCon. Val Kilmer y apparaît pendant 1h17, ressuscité numériquement avec le consentement de sa famille à partir d’archives vocales et de capture faciale. La question était inédite : un acteur décédé peut-il être nominé aux Oscars pour une performance reconstituée par IA ?

Quelques mois plus tôt, en septembre 2025, une entité nommée Tilly Norwood avait fait irruption au festival de Zurich. Présentée comme une actrice, elle était en réalité une création entièrement numérique de la société Xicoia. Le syndicat SAG-AFTRA n’avait pas mâché ses mots, la qualifiant de « personnage généré par ordinateur ». Entraînée sur le travail de professionnels sans leur permission ni leur rémunération, selon le syndicat. Une actrice écossaise, Briony Monroe, avait même affirmé reconnaître sa propre apparence dans le personnage.

Face à ces deux précédents, l’Académie a choisi de tracer une ligne. Pas d’interdiction générale, mais une condition claire : seules les performances jouées par des humains avec leur consentement pourront prétendre à une statuette.

L’Europe prépare un cadre autrement plus contraignant

Là où l’Académie se contente de règles d’éligibilité pour une cérémonie, l’Union européenne s’apprête à légiférer. L’AI Act entre en application générale le 2 août 2026. Son article 50 impose aux fournisseurs d’IA générative de marquer leurs productions (audio, image, vidéo, texte) dans un format lisible par machine. Les utilisateurs de deepfakes devront déclarer leur caractère artificiel, ceux à caractère sexuels seraient tout simplement interdits. Le texte prévoit une exemption pour les œuvres « manifestement artistiques ou fictionnelles », mais la frontière reste floue. La Commission européenne a publié en mars un deuxième projet de code de bonnes pratiques sur le marquage des contenus générés. La version finale est attendue en juin.

Côté festivals, Cannes a pris les devants en avril 2026. Thierry Frémaux et Iris Knobloch ont exclu de la Palme d’Or les films dont l’IA génère le scénario, les visuels ou les performances principales. Les outils techniques (restauration sonore, nettoyage d’image, VFX standards) restent admis avec déclaration. Le BAFTA a interdit les avatars IA dans ses catégories d’interprétation dès février 2026. Les César, eux, n’ont adopté aucune règle formelle. Le doubleur Emmanuel Curtil (voix française de Jim Carrey) avait pourtant profité de la cérémonie de février pour réclamer une législation protégeant les voix humaines.

En France, la SACD a lancé une offensive juridique. Une tribune cosignée avec la SCAM, la SACEM et le SNE a recueilli plus de 21 000 signatures fin avril. L’objectif : pousser l’Assemblée nationale à reprendre la proposition de loi sur la présomption d’utilisation des œuvres par les IA. Le Sénat l’a déjà votée le 8 avril. Le CNC a organisé en octobre 2025 une journée dédiée à l’IA responsable dans l’image animée, avec Jean-Michel Jarre et des représentants de Mistral AI. Depuis 2024, tout film aidé par le CNC doit intégrer un bilan carbone incluant la traçabilité de l’usage d’IA.

L’Académie ajuste ses règles au cas par cas. Les festivals européens posent des interdits sectoriels. Et un règlement continental arrive avec des amendes pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial. Pour les créateurs français, le flou actuel des César ressemble de moins en moins à une position tenable.

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Source : France 24


Naïm Bada