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Licenciements et doutes : Google en panne d’idées et mis au pied du mur par ChatGPT

Alors que l’entreprise avait massivement embauché en 2020 et surtout 2021, Alphabet/Google se retrouve avec des baisses de revenus inquiétants. Autant que la prise de conscience de son retard dans le domaine stratégique de l’IA. Qui pousse les dirigeants à licencier 12.000 personnes et tenter de motiver leurs troupes dans un contexte où Google est, pour la première fois, en retard.

Douze mille personnes remerciées, des têtes qui tombent sans préavis et un doute perceptible dans le pilotage de l’entreprise : l’année 2023 sonne comme un petit coup de massue dans la tête du géant Alphabet, maison mère de Google, YouTube, Android et autres Nest. En se séparant de 6% de ses employés de par le monde, Alphabet/Google déclenche un petit séisme puisqu’il s’agit de la plus grande vague de licenciements dans les 25 ans d’histoire de l’entreprise. Une coupe franche, mais qui ne le serait même pas encore assez pour les investisseurs qui réclament encore plus de têtes ! Dans une allocution où il présentait son plan et répondait aux questions, le PDG d’Alphabet, Sundar Pichai, a expliqué et justifié le plan aux quelque 186 779 employés (chiffres sept. 2022), sonnés par la lettre d’annonce du 20 janvier dernier. Un plan qui interroge forcément quand une entreprise affiche 13,91 milliards de dollars de bénéfices nets rien qu’au troisième trimestre 2022 !

Une tendance baissière forte

L'excellent grpah de AppEconomyInsights permet de voir les différentes sources de revenus d'Alphabet/Google. Et si le bénéfice net est très élevé en valeur absolue sur ce troisième trimestre 2022, il est en très nette baisse par rapport à celui de 2021. Source : https://www.appeconomyinsights.com/p/google-ai-is-the-new-mobile
L’excellent graphe de AppEconomyInsights permet de voir les différentes sources de revenus d’Alphabet/Google. Et si le bénéfice net est très élevé en valeur absolue sur ce troisième trimestre 2022, il est en très nette baisse par rapport à celui de 2021. © AppEconomyInsights

Si la somme de 13,91 milliards à de quoi faire saliver n’importe quelle autre entreprise, dans la tête des dirigeants d’Alphabet, elle est un échec et un désaveu de leur stratégie depuis un an. Car aussi important soit le chiffre, il est en chute libre par rapport à l’année passée où il s’élevait à 18,94 milliards. Une baisse de 26,54% par rapport au 3e trimestre 2021 qui intervient alors même que Google a recruté à tour de bras cette année-là au sein de ses très nombreuses filiales. Or, plusieurs de ces unités n’ont pas progressé comme prévu, comme YouTube, dont les revenus publicitaires auraient dû augmenter de 3% par rapport à l’année précédente… pour finir par baisser de 2%. Et les cadres d’Alphabet ont eu du mal à comprendre l’ampleur de la baisse, puisque Sundar Pichai confiait d’un appel à ses investisseurs : « Nous allons ralentir les embauches en 2023 [mais] les talents sont la plus précieuse ressource ». Point de ralentissement au final, mais plutôt une coupe nette et franche.

A lire aussi : Licenciements : les 10 plans massifs qui illustrent l’hécatombe dans la tech (janvier 2023)

Une coupe dont Sundar Pichai a tenté de justifier le caractère brutal – de nombreuses personnes, surtout aux Etats-Unis et dans les filiales anglo-saxonnes, ont été coupées de tous leurs accès du jour au lendemain. Arguant que « Google a plus de 30 000 managers » et que la longueur d’un processus de consultation aurait pu « faire courir un risque, même faible » sur des outils « dont la vie de gens dépend », les licenciements ont été décidés dans le secret de quelques top managers. Et la coupure « nette » est justifiée par Royal Hansen, vice-président de la sécurité de Google comme « un ensemble inhabituel de risques que, franchement, nous ne sommes pas très habitués à gérer. » Cette mise à exécution a ainsi permis à l’entreprise d’éviter le coup de l’employé revanchard qui torpille un projet sous le coup de la colère.

Trop de nouveaux postes, les vétérans pas à l’abri

En cinq ans, le nombre d'employés de Google a plus que doublé. © globaldata.com
En cinq ans, le nombre d’employés de Google a plus que doublé. © globaldata.com

On peut critiquer la brutalité de la façon dot tombe le couperet des licenciements dans les pays anglo-saxons. On peut aussi, et surtout, critiquer le manque de vision des cadres de Google qui ont recruté de manière exagérée ces deux dernières années. Alors que l’entreprise comptait 135 000 employés en 2020, elle en affichait plus de 156 000 en 2021 et 186 000 en ce début d’année 2023. En doublant de taille entre 2017/2018 et aujourd’hui, Alphabet/Google a vu ses coûts structurels exploser. Le géant devient un paquebot bien plus dur à piloter. Apple mis à part, qui a pour force d’être aussi un (vrai et sérieux) constructeur de hardware qui la rend plus précautionneuse, tous les géants de la tech se sont faits « piéger » par la course aux talents numériques post pandémie.

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Des géants, comme Alphabet/Google, qui vont aussi en profiter pour faire un ménage plus profond. Plusieurs témoignages commencent à faire surface sur le Net comme celui de ce vétéran remercié dans la nuit après 20 ans de bons et loyaux services. Outre la sévérité de la coupure nette et sans prévenir, ces licenciements d’anciens employés sont justifiés par le fait que « personne n’est à l’abri d’un changement dans nos carrières », selon Brian Glaser, l’un des plus hauts responsables RH de l’entreprise. Pourquoi cibler non seulement les derniers arrivés, mais aussi les vétérans ? Parce que, outre la baisse – ou la progression plus lente – de certaines de ses activités, les cadres d’Alphabet/Google ont vécu comme un véritable camouflet l’arrivée d’un nouvel outil technologique dont tout le monde parle depuis deux mois : ChatGPT.

Retard sur l’IA : ChatGPT a sonné le tocsin

L'IA Chat-GPT n'est certainement pas parfaite, mais la puissance de cet outil a remué non seulement le grand public, mais aussi les géants de la tech comme Google. Mis au pied du mur face à leur retard dans le domaine.
L’IA ChatGPT n’est certainement pas parfaite, mais la puissance de cet outil a remué non seulement le grand public, mais aussi les géants de la tech comme Google. Mis au pied du mur face à leur retard ou leur indécision dans le domaine.

L’IA et ses enjeux sont, en théorie, des priorités sur les feuilles de route de toutes les industries et de quasiment tous les gouvernements. Mais le phénomène ChatGPT et sa maison mère OpenAI semblent bien être le catalyseur qui va accélérer massivement la concurrence dans ce domaine. Si le grand public a pu découvrir avec émerveillement la puissance des IA avec Dall-E, Stable Diffusion et autres, la puissance conversationnelle de ChatGPT a conquis le monde. Et fait vaciller Google.

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Google qui a sans doute réalisé que le travail des équipes d’OpenAI – responsable du modèle d’entraînement GPT, de Dall-E et de ChatGPT – les mettait face à leur retard technique ou à leur indécision stratégique. Dans un domaine qui est perçu par beaucoup comme LA révolution technologique de la décennie. Une révolution où l’acteur sous le feu des projecteurs est pour l’heure sous la sphère d’influence de Microsoft. Si Google n’est pas manchot dans le domaine de l’IA – on le voit dans les accélérateurs neuronaux de ses puces de smartphone, ou encore dans ses pods de TPU pour les serveurs – les ingénieurs ont sans doute pu mesurer leur retard dans plusieurs domaines. Et les chefs ont pris acte de leurs erreurs et des nouvelles priorités.

Source : CNBC


Adrian BRANCO
Journaliste
Votre opinion
  1. Disons-le plus simplement: ChatGPT est un coup de pieds dans une fourmilière des big techs, qui ont été gourmands en terme de recrutement de potentiels talents, sans pourtant produire de résultats tangibles pour le grand public: en gros, l’infrastructure du net proposée par les GAFAMS n’a pas foncièrement changée (mise appart la dématérialisation des contenus multimédias et le paiement mobile)

  2. ps: Peut-être que, et ça, aux vues des diverses démonstrations postées, ChatGPT semble le prouver aussi, les entreprises ont compris qu’il vallait mieux décentraliser le développement tech: à savoir qu’il vaut mieux qu’un petit groupe de talents présente ses propres innovations comme start-up, plutôt que d’être étouffé dans un carcon X / Y!

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