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Jean-François Abramantic, vice-président R&D d’Ilog France et président du W3C : ” À terme, le web sera un immense réservoir de données “

Décision Micro & Réseaux : Pourquoi êtes-vous sur le point de quitter le W3C pour rejoindre Ilog ?Jean-François Abramatic : Ma carrière a toujours oscillé entre…


Décision Micro & Réseaux : Pourquoi êtes-vous sur le point de quitter le W3C pour rejoindre Ilog ?
Jean-François Abramatic : Ma carrière a toujours oscillé entre public et privé, entre industrie et recherche. Rester au W3C est une voie confortable, mais je préfère aller dans l’industrie et prendre une nouvelle direction. De plus, Ilog est une start-up de l’Inria où j’ai travaillé, j’en connais bien les membres et ma venue était naturelle.Être employé à la fois par Ilog et par le W3C, n’est-ce pas être à la fois juge et partie ?Absolument. Avant d’entrer chez Ilog, j’ai consulté l’Advisory Board, le conseil scientifique du W3C, qui m’a donné son accord pour exercer temporairement les deux fonctions. Si un conflit surgissait, je me retirerais.Certains éditeurs n’exercent-ils pas une pression pour faire valider leurs technologies par le W3C, espérant ainsi mieux vendre leurs produits ?Non. Le W3C possède un règlement intérieur très strict qui empêche ce genre de chose. La soumission d’une technologie est un processus très éprouvé et n’implique pas obligatoirement la formation d’un groupe de travail. Le W3C n’est pas un lieu de compétition. Les éditeurs y viennent pour se mettre d’accord sur différentes spécifications. Soap, par exemple, n’a pas été présenté que par Microsoft, mais par une vingtaine de sociétés différentes. En revanche, en cas de succès, il est normal qu’un éditeur se serve de notre validation comme élément de publicité. Pour nous, c’est la rançon du succès.Quelles sont les technologies les plus prometteuses soumises au W3C ?L’apparition d’XML a été prédominante. Grâce à lui, il est possible de séparer les données de leur structure. Cela permet notamment de stocker ces informations sur le web de façon qu’elles soient exploitées automatiquement par différents serveurs et de présenter le résultat final, sous forme de service web, par exemple, à l’utilisateur. Seul problème, si le web sert de réservoir de données, il faut que celles-ci soient fiables, non corrompues, et il faut pouvoir les retrouver. C’est le but des travaux actuels. Plus tard, apparaîtra le web sémantique, qui permettra de décrire des idées, par exemple, pour exprimer par le biais d’un moteur de recherche ce que l’on attend d’un service ou pour trouver un site. L’avenir appartient aux entreprises capables d’exploiter les données et de les visualiser.L’apparition des services web ne signifie-t-elle pas la transformation du web en un vaste instrument mercantile ?Je ne pense pas. C’est comme si vous me disiez que le téléphone est un instrument commercial parce que les industriels s’en servent. Le web, c’est aussi bien les places de marché que les sites personnels où la grand-mère contemple les photos de ses petits enfants. Rien n’empêche les gens de consulter des sites d’information et d’ignorer les sites marchands. Internet est intégré dans le modèle économique actuel, c’est naturel.Quelle est votre position sur l’utilisation abusive des données personnelles sur le web ?C’est un vrai débat démocratique. La France a la chance de disposer de la Cnil, qui doit s’adapter à la nouvelle évolution technologique.Avec les services web, les risques de dérive sont-ils sérieux ?Non, tout dépend de la façon dont ils sont conçus. C’est un des rôles du W3C de valider les choix technologiques, notamment dans le domaine de la protection des données. Un des groupes de travail a créé P3P, une infrastructure pour donner aux utilisateurs un meilleur contrôle sur les informations personnelles qu’ils souhaitent rendre publiques. En fait, cela se résume à un problème de confiance.

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Propos recueillis par OLIVIER BIBARD