Jusqu’ici, la règle tacite chez Intel était claire. Le dernier nœud de gravure allait au haut de gamme, et l’entrée de gamme se contentait d’une génération plus ancienne. Ce jeudi 16 avril, la firme américaine rompt avec cette habitude. Elle lance officiellement sa gamme Core Series 3, nom de code Wildcat Lake. Ces puces sont gravées dans le même noeud 18A que les Core Ultra 300 Panther Lake sortis en janvier. Plus de 70 designs sont déjà signés chez Acer, ASUS, Dell, HP, Lenovo ou Samsung.
Un 18A pour tous : la fin d’une tradition chez Intel
Les Core Series 3 succèdent à Alder Lake-N et Twin Lake. Ces deux familles équipaient les Chromebooks, les mini-PC à 200 € et les ordinateurs scolaires. Wildcat Lake reprend la numérotation abandonnée par les Core Ultra : six références au total, du Core 7 360 au Core 3 304.
Tous ces processeurs reposent sur la même combinaison que les Core Ultra 300 Panther Lake. On y retrouve des P-cores Cougar Cove, des E-cores Darkmont, un NPU 5 et un GPU Xe3. La différence avec le haut de gamme tient à la quantité, pas à la qualité. Là où les Panther Lake alignent jusqu’à 16 cœurs, les Wildcat Lake s’arrêtent à 6 cœurs CPU et 2 cœurs graphiques.
Autre subtilité : ces puces affichent 40 TOPS combinés, mais seulement 17 TOPS côté NPU seul. Trop peu pour valider le label Copilot+ PC de Microsoft, qui exige 40 TOPS sur ce seul composant. Les laptops Wildcat Lake resteront donc cantonnés aux fonctions IA de base, sans Recall ni génération d’images locale.
Le vrai basculement se joue dans le procédé. Jusqu’à Alder Lake-N, Intel segmentait l’entrée de gamme avec des nœuds matures comme le Intel 7, pour amortir ses anciennes lignes de production. Avec le 18A sur Wildcat Lake, la logique s’inverse. La puce la plus abordable partage désormais le silicium le plus cher à produire aux États-Unis. C’est un signal fort de maturité pour le procédé 18A qui a connu son lot de problèmes de rendement. Aux côtés d’Acer et Lenovo, la liste des partenaires compte Tecno, Wiko et Infinix, habitués des marchés émergents. L’ambition du volume est assumée.
Qualcomm à 10 %, AluminiumOS en embuscade : Intel n’a plus le luxe d’attendre
L’ouverture du 18A à l’entrée de gamme n’est pas un cadeau. Intel est aujourd’hui sous double pression. D’un côté, Qualcomm pousse son Snapdragon X d’entrée de gamme vers la barre des 600 euros. Sa puce ARM à 8 cœurs Oryon embarque un NPU à 45 TOPS, soit deux fois plus que le Wildcat Lake le mieux doté. Elle est donc éligible au label Copilot+ PC de Microsoft, là où Intel ne l’est pas sur ce segment. Qualcomm revendique déjà 10 % des livraisons Windows fin 2024, et vise 70 % du marché adressable en 2026.
De l’autre côté, Google s’apprête à lancer d’ici la fin d’année son projet AluminiumOS, la fusion entre Android et ChromeOS. Le système cible explicitement les Chromebooks et laptops abordables, avec trois déclinaisons annoncées, de l’entrée au haut de gamme. Google teste déjà la plateforme sur du silicium Intel et MediaTek, et a signé un partenariat ARM avec Qualcomm. Le segment Chromebook, évalué à près de 15 milliards de dollars en 2025, est devenu un champ de bataille stratégique.
Intel n’a donc plus les moyens de laisser son entrée de gamme sur un process daté. La firme doit remplir ses fonderies 18A pour amortir l’investissement, et doit simultanément prouver que sa technologie reste compétitive face à l’écosystème ARM. Le Wildcat Lake coche les deux cases en même temps. Reste une inconnue : les prix.
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