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Il branche une RTX 5090 sur un MacBook Air et fait tourner Cyberpunk

Un MacBook Air M4 qui fait tourner Cyberpunk 2077 en 4K avec ray tracing grâce à une carte graphique desktop branchée en externe. L’exploit est réel, la méthode est déraisonnable.

Scott Goldman, développeur indépendant, avait une question simple : peut-on brancher la carte graphique la plus puissante du marché sur le portable le plus fin d’Apple et jouer à des jeux PC ? Il a posé la question à ChatGPT avant de se lancer. La réponse était catégorique : non, c’est impossible en l’état actuel. Goldman l’a quand même fait. Le résultat, publié sur son blog le 5 mai, documente un bricolage logiciel d’une complexité assez remarquable (et qu’un chatbot aurait pu halluciner), au bout duquel un MacBook Air M4 fait effectivement tourner Cyberpunk 2077 à 27 FPS en 4K RT Ultra (et 111 FPS avec la génération d’images DLSS activée) grâce à une GeForce RTX 5090 connectée via un dock eGPU Thunderbolt.

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Pourquoi Apple ne rend pas les choses faciles

Le principal obstacle est connu : depuis le passage à Apple Silicon en 2020, macOS ne supporte tout simplement plus les GPU externes. Apple avait introduit le support eGPU en 2018 (avec le boîtier Blackmagic et des cartes AMD), puis l’a retiré sans cérémonie avec la puce M1. Les Mac modernes possèdent des ports Thunderbolt 4 qui transportent du PCIe, le protocole utilisé par les cartes graphiques dans les PC classiques. Le matériel est capable, le logiciel refuse.

Goldman a contourné le problème en empilant les couches de compatibilité. La chaîne ressemble à un exercice de virtuose en ingénierie inverse : macOS exécute une machine virtuelle Linux ARM via QEMU, le GPU est passé en passthrough à la VM grâce à un dispositif DMA virtuel sur mesure, puis le pilote NVIDIA Linux prend le relais. Les jeux Windows tournent ensuite via Proton (la couche de compatibilité de Valve) et FEX-Emu, un traducteur x86 vers ARM qui s’intercale entre le jeu et le processeur (un projet que Valve chapeaute aussi pour son Steam Frame). Chaque maillon de cette chaîne ajoute son propre surcoût en performances, et Goldman a dû écrire du code C personnalisé pour contourner les limites du contrôleur mémoire d’Apple (le fameux DART, plafonné à 64 000 mappages DMA et environ 1,5 Go de mémoire adressable, un plafond que certains jeux dépassent allègrement).

Jouable oui, pratique non

Les résultats sont parlants, dans les deux sens du terme. En 4K RT Ultra sans génération d’images, le MacBook Air M4 passe de 3 FPS (en natif sur la puce graphique du M4 ,avec le portage officiel de Cyberpunk) à 27 FPS avec la RTX 5090. Avec DLSS et la génération d’images activée, on atteint 111 FPS. Shadow of the Tomb Raider (qui dispose aussi d’un portage Mac) monte de 8 à 40 FPS en 4K. Crysis Remastered tourne à un niveau jouable en 1080p. Doom 2016 affiche 49 FPS. En revanche, Horizon Zero Dawn Remastered refuse de se lancer (le jeu dépasse la limite de mappages DMA de la plateforme, même en 720p).

Cyberpunk Rtx 5090 Macbook Linux VM
© Scott Goldman

La comparaison avec un PC équipé de la même RTX 5090 en PCIe natif remet les choses en perspective : 100 FPS en 4K RT Ultra, soit près de quatre fois plus qu’avec le MacBook Air. Un MacBook Pro M5 Max, testé avec le même dock eGPU, obtient 47 FPS sans génération d’images (l’avantage CPU du M5 Max sur le M4 se voit clairement). Goldman estime que FEX-Emu seul impose une pénalité d’environ 50 % sur les performances CPU par rapport à du ARM natif. Toutes les couches de compatibilité ont tôt fait d’épuiser une puce déjà limitée sur la fréquence, et surtout, le refroidissement (le MacBook Air n’a pas de ventilateur et .

Goldman a aussi testé l’inférence IA sur ce montage. Les résultats sont autrement plus convaincants : le prétraitement d’un prompt de 4 000 tokens passe de 17 secondes sur le M4 Air seul à 150 millisecondes avec la RTX 5090 en eGPU, et la génération de tokens bondit de 22 à 155 tokens par seconde. Pour les usages professionnels liés à l’IA locale, l’eGPU sur Mac n’est plus un fantasme.

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L’exploit est impressionnant, mais Goldman le dit lui-même : un PC classique avec la même carte reste deux à quatre fois plus rapide selon les jeux. Le gaming sur Mac avec un GPU NVIDIA externe fonctionne, mais uniquement pour ceux qui considèrent que le chemin compte autant que la destination.

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Source : Scott Goldman


Naïm Bada