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Énergie et eau : l’Europe veut forcer les data centers à ouvrir leurs compteurs

Les data centers dévorent des térawattheures et boivent des rivières, mais chacun garde jalousement ses relevés. Bruxelles propose d’en finir avec le secret : une note publique pour chaque centre, énergie et eau comprises. Les premiers labels sont espérés pour 2027.

L’Europe s’est mis en tête de tripler sa capacité de data centers en sept ans, au nom de son indépendance technologique vis-à-vis des géants américains. L’ambition a un coût que la Commission chiffre elle-même, données de l’Agence internationale de l’énergie à l’appui : 68 térawattheures engloutis par les centres européens en 2024, et une projection à 114 TWh en 2030, soit plus de 3 % de toute l’électricité du continent. La proposition de règlement présentée le 21 septembre tente de concilier les deux : construire plus, mais compter mieux.

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Une note publique dès 500 kilowatts

Le mécanisme repose sur un système de notation unifié, obligatoire pour tout centre de données dépassant 500 kilowatts de capacité, une barre placée assez bas pour couvrir bien au-delà des seuls géants du cloud. Les exploitants devront rendre publique leur consommation d’eau rapportée au stress hydrique de leur région (pomper des milliers de mètres cubes au bord d’un fleuve ou dans une zone en sécheresse chronique, ce ne sera plus la même note). Ils devront aussi préciser s’ils réinjectent leur chaleur fatale, cette énergie perdue que quelques pionniers recyclent déjà pour chauffer des logements ou des piscines.

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Le texte s’arrête toutefois au thermomètre : aucun plafond de consommation, aucune interdiction, la transparence comme seul aiguillon. Le Parlement et le Conseil disposent maintenant de deux mois pour examiner la copie, et les premiers labels seraient publiés à partir de 2027. D’ici là, les lobbys du secteur auront le temps d’affûter leurs amendements.

Et en France, on en est où ?

Chez nous, le travail de comptage a déjà commencé, et ses conclusions expliquent assez bien l’empressement bruxellois. D’après l’enquête annuelle du régulateur des télécoms publiée en mai, la consommation électrique des data centers français a bondi de 38 % en trois ans (données arrêtées à 2024, donc avant l’essentiel de la vague IA). La géographie interpelle tout autant : 90 % de la capacité et de la consommation se concentrent dans trois régions, et l’Île-de-France pèse à elle seule plus de 70 % du total.

La taille des machines, surtout, change d’ère : les centres mis en service en 2024 affichent une puissance moyenne de 20 mégawatts, contre 3 mégawatts pour le parc existant. Et les projets géants annoncés depuis, dans l’Indre ou ailleurs, joueraient encore une catégorie au-dessus. La note européenne arriverait donc au moment précis où le parc français bascule dans le gigantisme.

Si le texte survit à la navette législative, vous pourrez d’ici 2027 comparer la sobriété des data centers un peu comme vous lisez l’étiquette énergie d’un frigo, l’eau en plus. Les hébergeurs bien notés en feront un argument commercial, les cancres compteront sur votre distraction. Entre les deux, une certitude : le temps où l’on construisait des usines à calcul sans montrer les compteurs touche à sa fin.

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Source : Commission Européenne