La France déroule le tapis rouge aux data centers depuis deux ans, à coups de sommets, de foncier disponible et d’électricité décarbonée. L’Indre découvre la version grandeur nature de cette promesse : à Étrechet, commune voisine de Châteauroux, la zone d’activités d’Ozans doit accueillir ce qui serait le premier data center de Google sur le sol français. Le projet occuperait 195 hectares, soit huit à dix bâtiments de serveurs à terme. Et son atterrissage politique se passe nettement moins bien que prévu.
Cinq départs en cinq jours à la mairie d’Étrechet
Le 10 septembre, trois adjoints et une conseillère municipale rendent leur mandat. Cinq jours plus tard, la maire Florence Laurent suit et annonce à son tour sa démission. Les partants dénoncent un projet « qui échappe totalement à la capacité de décision de la commune », et l’élue réclamait des engagements précis sur les nuisances visuelles, les PFAS (les fameux polluants éternels), la dévaluation immobilière et le trafic routier. Réponses jugées insuffisantes, écharpes rendues.
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Au-delà du conseil municipal, le collectif « Ozans dire non » revendique plus de 18 000 signatures contre le projet, pendant que, selon le président de l’agglomération, 13 des 14 communes soutiennent l’implantation. Le projet a d’ailleurs été approuvé dès juin 2025 par le conseil d’agglomération. La concertation nationale se tiendra en novembre et décembre 2026 sous l’égide de la CNDP, saisie en avril. L’ordre des étapes, décision d’abord, débat ensuite, figure précisément parmi les griefs des opposants.
Un gabarit encore jamais vu sur le réseau français
Côté calendrier, la première phase, attendue en 2028-2029, comprend un bâtiment initial et un raccordement souterrain à 225 000 volts. La seconde, à partir de 2031, ajouterait sept à neuf bâtiments et nécessiterait deux lignes aériennes à 400 000 volts sur plus de dix kilomètres, le genre d’ouvrage qu’on réserve d’ordinaire aux autoroutes de l’électricité. La puissance totale approcherait 500 mégawatts à pleine capacité.
Pour situer l’ordre de grandeur, les centres de données mis en service en France en 2024 affichaient une puissance moyenne de 20 mégawatts, d’après l’enquête annuelle du régulateur des télécoms. Le site d’Ozans jouerait donc dans une catégorie environ vingt-cinq fois supérieure à la norme récente, loin des trois régions qui concentrent 90 % de la capacité française (l’Île-de-France en pèse à elle seule plus de 70 %). La consommation électrique des data centers hexagonaux a déjà bondi de 38 % en trois ans, avant même l’arrivée de ces formats géants.
La concertation de novembre dira si le débat porte encore sur le « si » ou déjà seulement sur le « comment ». Les habitants pourront y poser les questions restées sans réponse, l’eau, les volts et la valeur de leur maison. À Étrechet, cinq élus ont préféré répondre à leur manière, en quittant la table avant qu’elle ne soit dressée.
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