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Digital Services Act : comment l’Europe pourrait se redonner une chance face aux géants américains

Portés par la Commission européen et le Français Thierry Breton, ces directives sont le fruit de multiples frustrations chez les acteurs européens. Vont-ils permettre de reprendre la main face aux Gafam ?  

Après l’annonce des deux textes européens le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA), mercredi 15 décembre 2020, les Gafam ont eu des réactions diverses et variées – tantôt inquiet (Google) tantôt enjoué (Facebook, voire Amazon) tantôt muet (Apple et Microsoft).
Si la future loi européenne qui veut réguler la « zone de non-droits » qu’est Internet, selon la Commission européenne, vise clairement les gros acteurs, qu’en pensent les petits ? Nous avons demandé à plusieurs entreprises françaises. Sans surprise, ils s’en réjouissent. 

Objectif : trouver un « équilibre »

La nouvelle législation européenne va dans le « bon sens » pour le Français Théo Hoffenberg, fondateur du traducteur en ligne Reverso.

« Il faut trouver un équilibre entre des services efficaces et performants et la possibilité pour de nouveaux acteurs de s’insérer sur le marché. Et ça c’est le rôle du régulateur », explique-t-il, rappelant à plusieurs reprises que « pour l’instant on manque forcément de recul ». 

Revenons sur l’histoire de Reverso, précurseur dans le secteur. La solution, éditée par l’entreprise Softissimo, est présente depuis vingt ans dans le secteur de la traduction instantanée. Google Traduction apparaît en 2006. Et forcément, l’arrivée d’un tel acteur est à double tranchant le trafic est décuplé mais la concurrence est de plus en plus rude.
« Google a inondé le marché avec une solution gratuite et incontournable », se rappelle-t-il. Mais Reverso a tenu bon, passant tout de même de 50 % à  10 % du marché.
Pourtant, « ce n’est pas la concurrence de Google Traduction qui [les] embête, c’est plutôt qu’ils retiennent les utilisateurs avec des publicités », nous explique son fondateur, Théo Hoffenberg. En clair, Reverso est captif de l’algorithme de Google tout en étant en concurrence directe avec son service de traduction.

« En tant qu’aiguilleur Google a des responsabilités »

Alors, pour lui, les deux textes européens sont évidemment les bienvenus. Le DSA, comme le DMA, sont une opportunité pour remettre les petits sur un même pied d’égalité avec les gros. « En tant qu’aiguilleur Google a des responsabilités », résume le fondateur de Reverso. 
« Quand son algorithme sort en premier des liens sponsorisés, il doit le signifier aux utilisateurs. L’Europe veut plus de transparence, et je ne peux que saluer cette démarche qui est plus portée vers l’harmonisation des règles que sur du répressif. »
Et quand on lui demande si cela n’est pas trop tard, il assène : « Ce n’est jamais trop tard ! Regardez Google ils sont arrivés après et pourtant… »

Service en ligne, cloud, logiciels… made in USA

D’autres comme Philippe Pinault, l’un de deux fondateurs de Talkspirit, un réseau social d’entreprises, ne peuvent également que saluer l’initiative. Avec environ 500 clients, la suite bureautique de coopération en ligne est pourtant présente sur le marché depuis plus de dix ans.
Mais, ses concurrents comme Slack, et surtout Teams, édité par Microsoft, ont clairement freiné son développement alors que Talkspirit « a pour ambition de venir concurrencer les Gafam depuis ses débuts », rappelle son fondateur, qui plaide pour plus de diversité sur les marchés du numérique. 

« Aujourd’hui, sur le marché des logiciels collaboratifs nous remarquons trop souvent qu’au-delà d’être inégale, la compétition devient tout simplement impossible. Les plates-formes “multi-logicielles” américaines verrouillent le marché en bloquant l’entrée aux nouveaux acteurs et en forçant les utilisateurs d’un de leurs services à utiliser leurs autres solutions », explique Philippe Pinault.
Il fait clairement référence à Microsoft qui incite plus ou moins directement mais fortement les clients de sa suite Office à utiliser Teams. Un exemple qui nous parle, puisque c’est le cas chez 01net.com.

Un « changement de paradigme »

L’enthousiasme est le même du côté de Scaleway, une entreprise française de cloud.

 « Ces nouveaux règlements visent à changer le paradigme qui régit l’Internet dans l’Union Européenne (UE) depuis une vingtaine d’années. Son potentiel de transformation est important puisque l’économie numérique pourrait reposer sur des bases fiables construites sur des technologies interopérables », se réjouit son CEO Yann Lechelle avant d’abonder : « Il peut aussi rééquilibrer le panorama concurrentiel et accroître notre indépendance stratégique. » 

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Spécialisé dans le stockage de données, Scaleway, fondé en 1999 par Xavier Niel, subit aussi de plein fouet la concurrence de mastodontes comme Google, Amazon ou Microsoft – qui représentent à eux seuls 70 % du marché mondial du cloud.

L’optique de la régulation future fait ainsi naître de nouveaux espoirs. 

« En redessinant les équilibres au sein de la sphère numérique, il rend possible le développement de modèles durables et respectueux de la vie privée, à l’initiative de l’Europe et en parfaite adéquation avec ses valeurs », se prend à rêver Yann Lechelle qui fait d’ailleurs partie du board du méta-cloud européen Gaia-x, une autre initiative visant à libérer l’Europe de sa dépendance aux Gafam. 

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Marion SIMON-RAINAUD