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Dark Age of the Camelot

Quel est le mot le plus long sur internet ? Bénéfices, bien sûr… Neuf lettres, trois petites syllabes, qu’après trois longues années d’existence Amazon et la…

Quel est le mot le plus long sur internet ? Bénéfices, bien sûr… Neuf lettres, trois petites syllabes, qu’après trois longues années d’existence Amazon et la banque virtuelle Egg ont enfin entendu tintinnabuler à leurs oreilles. Bénéfices, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Bé-né-fi-ces : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Trois années de harassant labeur et de dumping tous azimuts, pour simplement en arriver à ce ruisseau dans la bouche de Jeff Bezos : bénéfices. Pendant ce temps, sous le soleil de plomb du Costa-Rica, ou bien dans la touffeur des Petites Antilles, abrité sous le petit sombrero juridique d’une société offshore, d’autres travaillent moins et gagnent beaucoup d’argent sur internet. Comment font-ils ? Ils guignent, dans le virtuel univers, l’âme noire et dostoïevskienne de tous les hommes. Baccara, black-jack, roulette, ils ont inventé, à l’abri d’un paradis fiscal, l’e-casino. Et du coup, l’e-bénéfice… Selon des analystes financiers des plus pointus, le jeu et le sexe seraient les deux seules activités pour lesquelles les internautes seraient toujours prêts à payer. On se demande où les analystes vont chercher tout ça… En tout cas, le cybercasino a plein d’avantages : outre le blanchiment d’argent, l’e-baccara se tamponne assez largement des lois en vigueur, se moque des phénomènes de dépendance chez les joueurs, et n’a pour seul souci que de récupérer les dettes de jeu de ses clients (ce qui n’est pas simple). Et puis, avec un peu d’imagination, on peut même, au confluent de ces deux grands fleuves que sont le sexe et le jeu, réunir la paire d’activités pour lesquels les internautes seront toujours prêts à être rançonnés : il suffit de construire dans le vide un très joli cybersexecasino. Avec quelques webcams, et des croupières à la croupe peu farouche, comme sorties d’un malicieux James Bond, il ne devrait pas être impossible de multiplier les bénéfices. Ah ! si la lecture était réellement ce “vice impuni” dont parlent certains auteurs, Dieu sait si Jeff Bezos nen serait pas là !* journaliste et essayiste

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Arnaud Viviant