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Chaussures à plaque carbone : après 10 ans de révolution technologique, la fin ?

Ce sont les chaussures de sport les plus techno du moment. Les carbon shoes ou chaussures dotées de plaques en carbone ont chamboulé la course à pied autant qu’elles ont fait baisser les records. 10 ans après leur commercialisation, est-on arrivé au bout de cette révolution ?

Apparues il y a environ 10 ans, les chaussures en carbone ou « carbon shoes » ont changé le paysage de la course à pied. D’abord limitées aux athlètes et aux records, elles se sont rapidement « démocratisées » pour compléter la liste de l’équipement indispensable du sportif en quête de performance.

Si les questions liées à l’équité sportive et à l’utilisation des plaques en carbone dans les chaussures ont été tranchées depuis un moment – leur conception est désormais régulée par World Athletics –, celles qui découlent de leur potentiel réel, des problématiques de conception ou encore de leur durabilité demeurent. Or, à l’image des chaussures de trail et autres vêtements et accessoires techniques, les « carbon shoes » intègrent une part de plus en plus importante de technologie dans leur processus d’élaboration.

Asics Metaspeed Ray Chaussures Runing Plaque Carbone Et Ultralegere A 129 Grammes
© Asics Metaspeed Ray

Autre problématique majeure : depuis quelques années, le gain en performance s’est réduit. Là où les premiers modèles de Nike permettaient de faire sauter les records à chaque meeting, la multiplication des approches et des modèles chez chaque fabricant a permis de stabiliser le niveau de technicité, mais aussi de mieux calculer le gain de performance réel. Dès lors une question s’impose : sommes-nous arrivés à la fin de la révolution carbone dans les chaussures ?

Moins de records en cascade, mais des progrès constants

Si chaque nouvelle sortie en chaussure carbone n’aboutit plus nécessairement à un record personnel sur la distance, il n’en demeure pas moins que la quasi-totalité des records du monde (indoor et outdoor) en 2025 a été réalisée avec des plaques en carbone aux pieds. Que ce soit pour le record du monde du marathon féminin de Tigst Assefa ou pour le 1 500 m le plus rapide de l’histoire de Jakob Ingebrigtsen, ce sont des « carbon shoes » qui sont montées sur la plus haute marche du podium… et sur les deux autres.

Les faits sont tenaces, mais le discours l’est également. Emily Sloan, Assistant Product Line Manager chez Asics le confirme également : « Les chaussures en carbone sont toujours ce qu’il y a de mieux sur le marché et même si d’autres matériaux sont testés, la plaque en carbone et la mousse qui lui est associée peuvent évoluer et s’améliorer. »

Notre interlocutrice reconnaît qu’entre les 4 % de gain de performance annoncés par Nike sur sa Vaporfly en 2017 et les 3 % affichés par la Puma Fast-R 3 en 2025, les progrès ne sautent pas aux yeux, mais que les chaussures, elles, n’ont jamais cessé d’évoluer et de s’améliorer.

Schéma Carbon Shoes
© La composition d’une chaussure à plaque carbone

Précisons par ailleurs que si tout le monde s’accorde pour reconnaître la supériorité des carbon shoes, il n’y a pas de consensus scientifique sur le gain réel de performance. Sur ce point, l’étude la plus sérieuse et la plus reconnue, reste celle, indépendante, de l’université du Massachusetts Amherst (dirigée par Wouter Hoogkamer). Réalisée avec l’aide de 15 coureurs, elle a démontré un gain moyen d’économie de course de 3,15%, ce qui correspond à 4 mn 30 environ sur un marathon.

Mais là encore Emily Sloan tempère : « Le gain de performance dépendra aussi du type de coureur, de sa biomécanique, entre autres. Pour certains coureurs amateurs, le gain sera immense, pour d’autres il sera marginal ».

Le poids, la mousse et le comportement de la plaque : les nouvelles pistes

Si la plaque en carbone semble désormais maîtrisée et que sa conception est encadrée par les instances de régulation de l’athlétisme (épaisseur limitée à 40 mm sur route et 20 mm sur piste), quelles peuvent être les pistes d’amélioration pour les « super-shoes » ?

Alors que la technologie des plaques carbone semble être arrivée à maturité, les stratégies des marques différent pour ce qui est de la suite à donner. Asics, par exemple, joue à fond la carte de la réduction de poids. Sa Metaspeed Sky ne pèse que 188 grammes, là où ses principales concurrentes dépassent les 200 g.

Chaussure Carbone Dessous
© La Metaspeed Run vue du dessous – Asics

De leur côté, Nike et Adidas ont choisi de concentrer leurs efforts sur la propulsion avec l’Alphafly 3 et l’Adios Pro 4.

Mais l’élément qui met tous les fabricants d’accord, c’est la mousse. Le fameux « Foam » est devenu l’élément clé pour le futur des chaussures carbone. C’est ce que confirme Emilie Sloan d’Asics : « C’est l’équilibre performance/confort et notamment la façon dont la plaque interagit avec la mousse sur les différents points de pression qui sont beaucoup analysés. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur l’Asics Institute of Sport Science pour disposer d’une grande quantité de données et faire évoluer nos chaussures ».

La responsable de la marque japonaise va même plus loin : « Aujourd’hui, les progrès réalisés sont tels que la technologie est systématiquement en avance sur la réglementation ». C’est aussi la raison pour laquelle, les instances internationales du monde de l’athlétisme exigent qu’aucune nouvelle chaussure ne soit lancée lors d’une grande compétition et qu’avant d’être utilisées en course les chaussures aient été lancées sur le marché pendant une période minimale de six mois.

Des plaques carbone plus durables ? L’autre enjeu majeur

Mais la performance n’est pas le seul axe de développement des « Carbon Shoes ». Celles-ci sont également pointées du doigt pour deux autres aspects : une stabilité perfectible, mais aussi et surtout une durabilité en berne.

Avant d’éventuellement passer à la fibre de verre ou à d’autres variantes du plastique, il faudra sans doute parvenir à améliorer la longévité des chaussures actuelles. Cette évolution passe aussi bien par un travail sur la plaque carbone que sur la résistance des mousses dans le temps. En effet, à l’heure actuelle, malgré leur tarif prohibitif, la durée de vie des carbon shoes oscille entre 300 et 500 km, là où une chaussure de course à pied classique peut dépasser les 800 km. Là encore, il s’agit de données globales qui peuvent évidemment varier d’un coureur à l’autre et en fonction de la pratique de chacun.

Changement Chaussures Evolution
© Le nombre de carbon shoes se multiplie – La clinique du coureur

Toujours est-il que pour des raisons évidentes, qu’elles soient économiques ou écologiques, l’enjeu de la durabilité pour les chaussures carbone apparaît incontournable.

La révolution des chaussures carbone n’est pas terminée

Compte tenu des progrès réalisés au cours des dernières années et bien que les gains de performance réels restent marginaux, il serait pour le moins audacieux d’affirmer que les chaussures à carbone ont donné tout leur potentiel. Les pistes d’amélioration existent, que ce soit au niveau du travail sur la légèreté, des progrès possibles sur les mousses et bien sûr de la quête d’une plus grande longévité pour des chaussures qui ont tout sacrifié ou presque sur l’autel de la performance.

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Dimitri Charitsis