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« ChatGPT m’a gâché mon voyage » : le cauchemar des touristes qui font aveuglément confiance à l’IA

Restaurants fantômes, visas oubliés et itinéraires de randonnée dangereux : utiliser l’intelligence artificielle pour organiser ses vacances peut être un pari très risqué.

Fini le vieux guide corné et les dizaines d’onglets ouverts sur l’ordinateur. Désormais, un Français sur quatre, et même un tiers des moins de 35 ans selon l’institut Kantar, envisage de confier l’organisation de ses vacances à une intelligence artificielle. Il faut dire que la promesse est séduisante : il suffit de donner un budget et quelques préférences pour que l’outil crache un itinéraire détaillé en quelques secondes.

À force de déléguer la logistique de nos congés à des algorithmes, de nombreux touristes finissent par déchanter. L’IA est un guide de voyage parfois extrêmement arrogant, capable de mentir avec beaucoup d’aplomb.

Le cauchemar des fausses recommandations

Le problème majeur de ces assistants virtuels porte un nom technique bien connu : l’hallucination. Lorsque l’IA ne connaît pas la réponse, elle préfère l’inventer plutôt que d’admettre son ignorance et dans le domaine du tourisme, les conséquences sont désastreuses.

Lors d’une étude récente menée par l’agence britannique SEO Travel, cent itinéraires de voyage ont été générés par ChatGPT. Le résultat est accablant. La quasi-totalité d’entre eux comportait au moins une erreur, et dans un quart des cas, le robot recommandait chaudement des restaurants ou des attractions qui avaient définitivement mis la clé sous la porte. C’est exactement la mésaventure qu’a vécue Sophie, 31 ans, en Italie.

Après avoir demandé une adresse familiale éloignée des touristes, elle s’est mise en route avec enthousiasme. « J’étais même contente parce que je me suis dit que j’avais trouvé une pépite que les touristes ne connaissaient pas », raconte-t-elle à BFMTV. Mais après vingt minutes de marche, douche froide : il n’y a qu’un banal immeuble résidentiel. Pourtant, l’IA lui avait assuré que l’établissement était « particulièrement apprécié pour ses pâtes fraîches ». Indignée, la jeune femme réalise l’ampleur de la supercherie : « Elle avait tout inventé ».

Des erreurs administratives qui coûtent très cher

Si tourner en rond à la recherche d’un restaurant fantôme est agaçant, les hallucinations de l’IA peuvent avoir des conséquences financières et administratives dramatiques. L’influenceuse espagnoleMery Caldass en a fait la douloureuse expérience. Filmée en larmes dans les bras de son compagnon, elle raconte son fiasco : « J’ai demandé à ChatGPT si j’avais besoin de visa, il m’a dit non et je n’ai pas vérifié, je ne ferai plus jamais confiance à ce tocard ». L’outil avait en effet « oublié » de lui préciser qu’une autorisation électronique de voyage (ESTA) était strictement obligatoire pour se rendre à Porto Rico.

@merycaldasssi hay una revolución de las IAs voy a ser la primera 4niquil-hada🧚‍♀️

♬ sonido original – Mery Caldass

Même désillusion pour la créatrice de contenus Chaimae Lebyed. Pensant pouvoir faire son visa directement sur place aux îles Fidji, comme le lui avait fermement assuré l’intelligence artificielle, elle s’est retrouvée bloquée à l’aéroport le jour du départ. Un échec cuisant qui lui a fait perdre 700 euros. « Je suis censée être à l’aéroport, et je ne peux pas y aller à cause de ChatGPT qui m’a gâché mon voyage », fulmine-t-elle dans une vidéo, avant de lancer avec amertume : « Il s’appelle comment le CEO d’OpenAI ? Rends-moi mon argent ».

@chaimaelebyed Je suis dégoûte 😭 Je rate un voyage de rêve à cause de Chatgpt Je pensais que c’était mon gars sûr… mais non. Toujours vérifier les infos officielles, surtout quand il s’agit de visa, papiers, démarches administratives. Faites pas comme moi, vérifiez deux fois avant de booker quoi que ce soit 😭✈️ #voyage #visa #chatgpt #fiji ♬ son original – Chaimae Lebyed

Quand l’IA met les randonneurs en danger de mort

C’est sans doute en pleine nature que l’intelligence artificielle s’avère la plus dangereuse. Depuis plus d’un an, les professionnels des parcs naturels voient débarquer des touristes avec des itinéraires générés par l’IA complètement irréalistes. « Ça a commencé l’été dernier. On constate qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent pour faire valider un itinéraire IA », s’alarme Adrien Majourel, responsable de la communication du parc national des Cévennes.

Dans ce même parc, les agents ont vu arriver des randonneurs parisiens avec un programme généré par ChatGPT prévoyant 82,5 km de marche en deux jours (un parcours qui en nécessite normalement quatre), avec des dénivelés sous-estimés et des recommandations de bivouac dans des zones strictement interdites. Devant la multiplication de ces comportements à risque, le parc a même dû publier un communiqué d’alerte sans équivoque : « Une intelligence artificielle ne marche pas sur les sentiers. Préparer une randonnée, ce n’est pas seulement tracer une ligne sur une carte. C’est adapter un itinéraire à une météo, à un niveau physique (…) et, pour cela, rien ne remplace l’humain. »

Si l’intelligence artificielle peut s’avérer un outil formidable pour chercher l’inspiration ou dégrossir le terrain, elle ne doit jamais avoir le dernier mot. Entre les fausses annonces de locations générées par des escrocs et les hallucinations des agents conversationnels, la vérification humaine et l’appel aux professionnels locaux restent, plus que jamais, les véritables garants de vacances réussies.

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Thomas Estimbre