Passer au contenu

Avec peu de moyens humains, les PME gèrent leurs projets comme des grandes

Grand projet ne rime pas forcément avec grand compte. Les PME le prouvent en adaptant efficacement leur organisation sans perdre de vue leurs impératifs de productivité.

Elles ne bénéficient ni des moyens ?” humains et financiers ?” ni de l’organisation des grandes entreprises. Elles ne disposent, bien souvent, que d’une poignée d’informaticiens. Et pourtant, elle n’hésitent pas à s’attaquer, elles aussi, à d’ambitieux projets de refonte de leurs systèmes d’information, ou à se lancer dans la bataille de l’e-business. SAP ne leur fait plus peur, pas plus qu’un JD Edwards ou assimilé… Les PME surprennent par leur réactivité et leur efficacité. Pas d’investissements à la légère. Elles font avec les moyens du bord, atteignent leurs objectifs et tiennent leurs délais. Certains grands comptes pourraient en prendre de la graine. La clé de ce secret ? Souvent contrainte par des marges de man?”uvre réduites, l’implication de chacun est requise.

Tout le monde met la main à la pâte

En fait, la flexibilité dont ces entreprises savent faire preuve se révèle exemplaire. “Nous menons autant de projets qu’une grande entreprise, affirme Stéphane Guilbert, responsable informatique de Dailycer. La seule différence, c’est que nous sommes moins nombreux.” Cette PME de cinq cents personnes, spécialisée dans la production de céréales pour le petit-déjeuner, ne dispose que de sept informaticiens. “Tout le monde se doit d’être multicasquette, explique Stéphane Guilbert. Car, étant donné notre petit nombre, il est difficile d’attribuer un rôle strict à chacun.” Et lorsque l’informatique se résume à deux personnes ?” comme chez Plastimo, PME de deux cent cinquante salariés, fabricant d’équipement pour la navigation de plaisance ?”, c’est aux opérationnels de se retrousser les manches. En 2001, son contrôleur financier s’est ainsi vu confier le projet de site internet.“Nous étions en pleine migration SAP, explique Stéphane Lamarre, contrôleur financier de Plastimo. Notre responsable informatique ne pouvait mener de front les deux projets. Le projet internet a donc tout d’abord été pris en charge par notre directeur général, conjointement avec notre responsable de la communication.”De la même façon, c’est à Moïse Arribard, chef de projet produits, qu’est revenue la responsabilité de choisir un nouvel outil de gestion du cycle de vie des produits (PLM) pour le bureau des études et méthodes, et de mener à bien sa mise en ?”uvre. “Il s’agit surtout de faire preuve de bon sens, relativise ce dernier. Finalement, en termes de méthodologie, cela se gère un peu comme le développement d’un bateau.” Réciproquement, et contrairement à la plupart de leurs homologues salariés de grands comptes, les informaticiens de PME ne peuvent pas non plus se permettre d’ignorer le c?”ur de métier de leur entreprise. “L’informatique est un outil au service du client, justifie Stéphane Guilbert. Toutes nos actions sont guidées par un souci de réactivité.” Un avis partagé par Christian Bachmann, président-directeur général de Rover, distributeur de consommables informatiques, qui emploie une centaine de personnes : “Nous sommes sur un marché très concurrentiel. Nous gérons plus de dix mille références de produits et avons besoin d’un système d’information Suite page 44 performant. C’est un travail de groupe qui ne concerne pas seulement nos deux informaticiens. Tous les services doivent être partie prenante.” Et, pour combler leur inexpérience dans certains domaines, les PME n’hésitent pas à étendre cette tactique au-delà de leurs frontières. “Nous essayons d’entretenir des réseaux au travers de nos fournisseurs, clients, partenaires… Le plus souvent, nous essayons de les copier pour gagner du temps”, explique Stéphane Guilbert.Même son de cloche au laboratoire pharmaceutique Biocodex, qui emploie quatre cent dix personnes, dont trois informaticiens seulement. Le choix de SAP, en début 2001, n’est intervenu qu’après consultation d’autres PME ayant déjà eu recours à ce progiciel de gestion intégré. Le bouche à oreille est quasiment inscrit dans la démarche projet des PME. “Chacun apporte sa pierre à l’édifice en fonction de ses connaissances ou relations”, assure Christian Bachmann. Des propos dont Stéphane Guilbert se fait l’écho, car, chez Dailycer aussi, “tout le monde participe en fonction de ses centres d’intérêt “. A chacun de garder en ligne de mire un objectif de retour sur investissement rapide, avec, pour enjeu, l’accroissement de la productivité.

Beaucoup de prudence dans le choix des prestataires

“C’est le bon sens paysan !” lance Christian Bachmann. Ce slogan colle d’ailleurs bien à son entreprise, qui a choisi de côtoyer poules et tracteurs en s’exilant dans une commune d’à peine trois mille habitants, dans les Yvelines. Ce choix n’est pas innocent. Au-delà de l’aspect économique, les grands espaces et l’air pur sont autant d’éléments destinés à accroître le bien-être des salariés et, par là même, leur productivité.Mais l’ingéniosité et la flexibilité dont les PME savent faire preuve ont aussi leurs limites. “Une PME ne peut pas se concentrer sur ses développements informatiques et laisser tomber le reste”, argumente le dirigeant de Rover. Car, lorsque les ressources internes s’avèrent finalement insuffisantes pour mener à terme certains projets, le recours à des prestataires devient alors inévitable. Mais c’est avec beaucoup de prudence qu’elles s’engagent dans ce genre de démarche. “Le choix de l’intégrateur avec lequel vous allez travailler est crucial, souligne Christian Bachmann. Comme pour celui de l’éditeur, il correspond à un investissement sur du long terme.”La proximité des interlocuteurs et la pérennité de l’entreprise sont deux critères déterminants, mais souvent difficiles à concilier. Car si le premier tend à favoriser des acteurs locaux qui sont généralement de taille réduite, le second incite, au contraire, à se reposer sur de grosses SSII. Des sociétés comme IBM ou SAP l’ont d’ailleurs bien compris, et elles se structurent, depuis quelques années, pour mieux répondre à ce marché ?” de plus en plus convoité ?” des PME. “Dans une PME, le droit à l’erreur n’existe pas, précise Christian Bachmann. Il est plus difficile d’évaluer un prestataire qu’un outil. Il y a ce que vous disent les consultants, leurs CV, leurs références…Un bon intégrateur met tout cela à votre disposition.” Mais cela ne suffit pas. Ici encore, le bouche à oreille est plus qu’une simple astuce pour tenter de se prémunir contre les mauvaises surprises. Ainsi les PME n’hésitent-elles pas à se renseigner sur les postulants, et ce de façon détournée. Entre autres, en interrogeant directement les clients de ces derniers. Autre méthode, plus classique : se faire assister par une société de conseil, comme ce fut le cas chez Dailycer, qui a eu recours à KPMG pour se déterminer, entre les trois candidats à l’infogérance de son progiciel de gestion intégré, JD Edwards. Mais, quel que soit le choix final, chaque fin de prestation est l’occasion pour la PME de tirer ses propres conclusions. Le responsable informatique de Dailycer analyse ainsi la prestation d’IBM : “Nous n’avons aucun doute sur la maîtrise du métier de l’infogérance par IBM. Il nous offre un service que nous n’aurions pas pu mettre en place tout seuls. Mais sa structure importante pénalise une entreprise comme la nôtre, qui a besoin d’une réactivité extrême.” A contrario, chez Plastimo, le projet de site internet confié à deux prestataires locaux ?” l’un pour la partie technique, l’autre pour le design ?” n’a pas, non plus, donné tous les résultats escomptés. “Si c’était à refaire, je confierais l’intégralité du projet à une seule et même société de services, explique Stéphane Lamarre. Car la multiplication du nombre d’intervenants rend plus difficile l’identification du bon interlocuteur pour réaliser, par exemple, une modification.” Mais, à l’époque, les propositions de prise en charge complète du projet revenaient beaucoup plus cher. Et, pour une PME, le critère financier demeure prédominant. Il n’est pas question de faire exploser les budgets. En définitive, de par leur retour d’expérience, les PME arrivent à forcer les sociétés de services à s’adapter à leur mode de fonctionnement. De quoi faire rêver les grandes entreprises.

🔴 Pour ne manquer aucune actualité de 01net, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.


Jean-Marie Portal