Le marché du smartphone gaming est une niche, dominée par des mastodontes comme les modèles « Pro » de RedMagic ou les regrettés ROG Phone d’Asus. Ces appareils sont excellents, mais impossibles à utiliser discrètement en réunion ou à glisser dans une poche de jean slim. C’est ici qu’intervient le RedMagic 11 Air.
Positionné comme une alternative plus abordable et surtout plus portable que son grand frère le RedMagic 11 Pro, ce modèle « Air » marque une rupture. Il conserve l’ADN de la marque : ventilateur actif, gâchettes sensitives, design transparent, mais dans un format qui pourrait presque séduire l’utilisateur lambda cherchant de la puissance.
La promesse marketing est audacieuse : offrir les mêmes performances que les meilleurs flagships de 2026 pour un prix défiant toute concurrence, sans sacrifier l’autonomie grâce à une nouvelle technologie de batterie. Mais la physique a ses lois : dissiper la chaleur d’un processeur d’élite dans un châssis aussi fin sans brûler les doigts de l’utilisateur est un défi titanesque. Voyons si le pari est réussi.
Prix du Redmagic 11 Air
Le Redmagic 11 Air coûte 500 euros sur le site du constructeur dans sa version 12 Go de RAM et 256 Go de stockage. Il est également disponible à près de 600 euros pour sa version 16 Go de RAM et 512 Go de stockage, version que nous testons ici.
Design : le plus fin des smartphones gaming
Dès la sortie de la boîte, le Redmagic 11 Air impressionne par sa contradiction physique : il est dense, mais semble léger. Avec ses 207 grammes sur la balance et surtout ses 8 mm d’épaisseur, il réalise un tour de force en intégrant une telle densité de composants. Là où le modèle Pro assume son embonpoint à cause de son watercooling intégré, le Air joue la carte de la séduction. Le dos en verre Gorilla Glass 5 arbore la finition signature de la marque, ici testée en version « Phantom » (noir transparent) et existant aussi en « Prism » (blanc).

Cette transparence n’est pas qu’un simple effet de style ; elle offre une plongée visuelle dans les entrailles de la bête, laissant entrevoir les vis, les nappes de connexion stylisées et les mentions techniques gravées à même les composants, conférant à l’objet une aura « cyberpunk » très réussie, mais plus subtile que par le passé.

La prise en main bénéficie grandement du travail effectué sur les courbures. Contrairement aux arêtes vives des générations précédentes qui sciaient la paume après une heure de jeu, le Redmagic 11 Air adopte un verre arrière incurvé 2.5D sur les bords. Le cadre en aluminium assure une rigidité structurelle rassurante. Malgré la présence d’orifices pour la ventilation, le constructeur assure que l’appareil est certifié IP54 pour la résistance à la poussière et aux éclaboussures.
Sur le flanc droit, les célèbres gâchettes sensitives cadencées à 520 Hz sont toujours présentes. Bien qu’elles ne soient plus rétroéclairées comme sur le modèle Pro, leur positionnement est idéal et leur réactivité impeccable. À gauche, la modification la plus clivante concerne la disparition du slider rouge mécanique, véritable marque de fabrique de Redmagic. Il est remplacé par un bouton poussoir classique, la « Magic Key ». Si l’on perd le « clic » satisfaisant de l’interrupteur physique, on gagne en polyvalence : ce bouton est désormais programmable. Une pression longue active toujours l’Espace de Jeu, mais il peut aussi servir de déclencheur photo ou de raccourci pour le mode silencieux.

Le système de refroidissement actif, véritable cœur de l’identité Redmagic, a été redessiné pour s’adapter à cette finesse. L’entrée d’air ne se fait plus par une grille latérale traversante, mais via une ouverture circulaire située au dos, mimant l’esthétique d’un troisième objectif photo. Ce ventilateur centrifuge, accompagné de LED RGB personnalisables, s’illumine lors de la charge, des notifications ou du jeu. Cependant, contrairement au modèle Pro dont les caméras affleurent la coque, le module photo du 11 Air dépasse légèrement du châssis. Cela crée un déséquilibre lorsque le téléphone est posé à plat sur une table, c’est dommage.

Le design du Redmagic 11 Air est une réussite esthétique indéniable. Il est beau, fin et agréable en main. Attention cependant, le dos en verre est glissant et est un véritable aimant à traces de doigts.
Écran : une immersion totale
L’écran est, comme d’habitude chez Redmagic, sans doute la plus grande réussite visuelle de ce smartphone. La marque persiste et signe avec sa technologie de caméra sous l’écran. Le résultat est une dalle OLED de 6,85 pouces sans encoche ni poinçon pour venir distraire l’œil. L’immersion dans les contenus multimédias et les jeux est absolue. Les bordures, symétriques, renforcent cette sensation de tenir une image pure entre les mains. La définition de 1216 x 2688 pixels offre une finesse d’affichage largement suffisante, rendant les pixels indiscernables à l’œil nu.

Sur le plan technique, la dalle fournie par BOE ne déçoit pas. Avec le logiciel Calman Ultimate de Portrait Displays, le 01lab a mesuré un pic de luminosité standard à 768 cd/m², qui peut grimper jusqu’à 1926 cd/m² en pic HDR. Concrètement, cela signifie que la lisibilité reste excellente, même en plein soleil, un point crucial pour les joueurs nomades. La colorimétrie est maîtrisée avec un Delta E 2000 mesuré à 2,3 en mode P3 (une valeur inférieure à 3 étant considérée comme parfaite pour l’œil humain), bien que la température des couleurs par défaut (6876 K) tire vers le froid. C’est assez typique des dalles calibrées pour le gaming pour accentuer le contraste perçu. On recommande ici le profil « Couleurs normales », qui est le mieux calibré.
La fluidité est sans surprise au cœur de l’expérience avec un taux de rafraîchissement maximal de 144 Hz. Le système propose une gestion adaptative intelligente, basculant entre 60, 90, 120 et 144 Hz selon le contenu affiché. Cependant, pour les puristes, il est possible de forcer le 144 Hz en permanence, au détriment de l’autonomie.

La réactivité tactile est immédiate, servie par un échantillonnage tactile élevé. Enfin, Redmagic a soigné le confort oculaire avec une modulation de largeur d’impulsion (PWM) à 2592 Hz. Ce scintillement à très haute fréquence, imperceptible consciemment, réduit considérablement la fatigue visuelle lors des sessions nocturnes à faible luminosité, un détail souvent négligé par la concurrence.
Performances : un moteur de Ferrari dans un châssis de Twingo
Le Redmagic 11 Air est propulsé par le Snapdragon 8 Elite. Il s’agit de la puce la plus haut de gamme de 2024, gravée en 3 nm avec des cœurs Oryon, et non de la nouvelle variante « Gen 5 » sortie en 2025 qui équipe le modèle Pro. Qu’importe : la puissance délivrée reste digne du segment haut de gamme et très honnête pour le tarif observé ici.

Sur les benchmarks, l’appareil affole les compteurs avec un score AnTuTu 11 dépassant les 3,2 millions de points et un score Geekbench 6 multicœurs frôlant les 10 000 points. Pour vulgariser, s’il était sorti en 2025, cela aurait fait de lui l’un des smartphones les plus puissants du marché. Il ouvre les applications instantanément et gère le multitâche sans broncher.
Cependant, intégrer une telle puissance dans un corps de 8 mm sans système de refroidissement liquide massif relève du défi physique, et c’est ici que le Redmagic 11 Air montre ses limites. Lors de nos stress tests (3DMark Wild Life Extreme), nous avons observé un phénomène de « throttling » thermique important. Le processeur, pour se protéger de la surchauffe, réduit drastiquement ses fréquences. Après seulement 5 minutes de charge intense, les performances du CPU chutent à environ 60 % de leur capacité maximale. Le ventilateur actif, bien qu’audible et tournant à plein régime, ne parvient pas à dissiper l’accumulation de chaleur dans un si petit espace confiné.
Ce comportement a des conséquences directes sur l’expérience utilisateur. En jeu, sur des titres exigeants comme Genshin Impact ou Wild Rift avec les graphismes au maximum, la fluidité est parfaite durant les premières minutes. Mais rapidement, le châssis monte en température. Nous avons relevé une température de surface externe inquiétante de 48,1 °C au niveau du dos. À ce stade, le téléphone devient littéralement brûlant, rendant la tenue en main désagréable sans coque de protection. Si le jeu reste jouable grâce à la marge de puissance énorme du processeur (même bridé à 60 %, il reste très puissant), le confort thermique est sacrifié sur l’autel de la finesse.

Côté connectivité, on a droit à du Wi-Fi 7 et du Bluetooth 5.4, des standards comptant parmi les plus récents. Malheureusement, le smartphone n’est pas compatible e-SIM.
On se trouve donc devant une puissance démesurée, mais mal domptée. Le châssis est trop fin pour encaisser les performances du Snapdragon 8 Elite.
Logiciel : le suivi logiciel s’améliore
Le smartphone opère sous Redmagic OS 11, une surcouche basée sur Android 16. L’interface reste fidèle à l’esthétique « gamer » de la marque, avec des widgets techniques affichant la vitesse du ventilateur ou la fréquence GPU directement sur l’écran d’accueil. Heureusement, il est possible d’opter pour des thèmes plus sobres.

L’élément central reste l’Espace de Jeu (Game Space), véritable tableau de bord accessible en jeu. Il permet de gérer les profils de performance, la sensibilité tactile, les macros, et d’activer les plugins d’aide au jeu. Une fonctionnalité notable est le mode « Gravity X », qui permet de mapper facilement les contrôles tactiles vers une manette externe, un clavier et une souris, transformant le téléphone en mini-console de salon ou de bureau via la sortie vidéo USB-C.
Sur le plan de l’Intelligence Artificielle, Redmagic tente de rattraper son retard. L’assistant « Mora » est présent, mais c’est surtout l’arrivée promise de fonctionnalités de coaching in-game (conseils stratégiques en temps réel, prédictions de victoire) qui intrigue, bien que ces fonctions ne soient pas toutes disponibles au lancement. Cependant, la navigation dans les menus révèle toujours les faiblesses historiques de la marque : des traductions françaises parfois approximatives et des menus dans lesquels l’utilisateur non averti peut rapidement se perdre.
La bonne surprise vient de la politique de mise à jour. Redmagic s’engage désormais à fournir 5 ans de support logiciel (mises à jour de sécurité et versions majeures d’Android) pour les versions européennes. Reste à vérifier si la fréquence des correctifs suivra cette promesse ambitieuse.
Le Redmagic 11 Air est une boîte à outils ultra-complète pour les bidouilleurs, mais qui manque de finition et de clarté pour le grand public. La promesse des 5 ans de mises à jour est cependant un excellent argument d’achat.
Batterie et recharge : la densité énergétique à la rescousse
L’autre tour de force du Redmagic 11 Air réside dans sa batterie. En utilisant la technologie silicium-carbone (Si/C), Nubia a réussi à intégrer un accumulateur de 7000 mAh dans ce châssis plutôt fin. En théorie, cela devrait donc offrir une autonomie record.

Dans la pratique, l’endurance est effectivement très solide. Le protocole de test du 01lab a relevé une autonomie de 1 jour, 1 heure et 23 minutes. Il fait partie des meilleurs smartphones que nous avons pu tester à ce jour. On a donc de quoi finir une grosse journée même avec des sessions de jeu, malgré la consommation énergétique élevée du grand écran 144 Hz et du Snapdragon 8 Elite.
La recharge, quant à elle, marque un léger pas en arrière par rapport au modèle Pro. Le bloc chargeur de 80W (inclus dans la boîte, un bon point) permet de passer de 0 à 100 % en environ 1 heure et 13 minutes. Si les premiers 24 % sont récupérés en 10 minutes, la courbe de charge ralentit ensuite pour préserver la santé de cette batterie haute densité, et plafonne à 65W. On est loin des records de charge vus ailleurs, mais cela reste acceptable au vu de la taille immense du « réservoir » à remplir. À noter, l’absence totale de charge sans fil, un sacrifice nécessaire pour conserver l’épaisseur de 8 mm.
Le Redmagic 11 Air offre une endurance solide qui rassure, mais se contente d’une vitesse de recharge qui rentre dans le rang. Heureusement, vous devrez le recharger bien moins souvent que ses concurrents.
Audio : de la puissance dans ce petit corps
La partie audio repose sur deux haut-parleurs stéréo (un haut-parleur dédié sur la tranche inférieure et l’écouteur amplifié en haut). La puissance sonore est au rendez-vous. Cependant, la qualité acoustique souffre de la finesse du châssis. L’absence de volume interne pour la caisse de résonance se traduit par un son plat, manquant cruellement de basses et de profondeur. À fort volume, les aigus deviennent vite agressifs et stridents.
L’expérience multimédia est également ternie par l’absence de prise jack 3.5 mm. Pour un appareil destiné aux joueurs compétitifs pour qui la latence audio du Bluetooth est l’ennemi juré, c’est une omission regrettable. Il faudra impérativement passer par un adaptateur USB-C ou investir dans des écouteurs sans fil à très faible latence.
Photo et vidéo : c’est digne d’un smartphone gaming
Soyons réalistes : on n’achète pas un Redmagic pour ses talents de photographe. La marque a fait des concessions évidentes sur ce point pour contenir le prix. Voici un aperçu de la configuration photo :
- Principal : 50 Mpx, capteur OmniVision OV50E (f/1.9), OIS.
- Ultra grand-angle : 8 Mpx, capteur OmniVision OV08F (f/2.2).
- Selfie : 16 Mpx sous l’écran (UDC).

Grand-angle
De jour, il délivre des clichés honorables : le piqué est correct au centre, la dynamique est bien gérée par le HDR automatique et les couleurs, bien que saturées pour flatter la rétine, sont plaisantes.
Dès que la lumière baisse, le traitement logiciel lisse agressivement les textures pour masquer le bruit numérique, donnant un aspect parfois artificiel aux clichés nocturnes, même si l’exposition globale reste correcte.
Quant au zoom, l’absence de téléobjectif dédié oblige à se contenter d’un zoom numérique qui dégrade rapidement la qualité au-delà du x2.
Ultra grand-angle
L’ultra grand-angle est le parent pauvre de cette configuration. Avec son petit capteur de 8 Mpx à focale fixe, il peine à convaincre. Les images manquent de détails, la colorimétrie est plus terne que sur le capteur principal et les aberrations chromatiques sont visibles sur les bords.
De nuit, il devient quasi inexploitable tant le bruit et le flou dominent.
Portraits et selfies
Pour ce qui est du mode portrait, ce dernier utilise la caméra principale et propose des focales à 24 mm et à 33 mm. Les résultats sont assez naturels, mais le détourage est assez agressif autour des sujets, notamment au niveau des cheveux.
La caméra frontale de 16 mégapixels placée sous l’écran est une merveille d’intégration invisible, mais une catastrophe photographique. La lumière devant traverser la matrice de pixels de l’écran subit une diffraction inévitable. Malgré les algorithmes de correction par IA, les selfies apparaissent voilés, manquent de piqué et souffrent d’effets de halo dès qu’une source lumineuse est présente dans le champ. C’est suffisant pour de la reconnaissance faciale ou un appel vidéo rapide, mais inutilisable pour des photos de qualité.
Vidéo
En vidéo, le smartphone s’en sort mieux avec une 4K à 60 FPS stabilisée correctement sur le capteur principal, mais l’autofocus semble à avoir du mal à fonctionner lors des mouvements rapides.
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