Passer au contenu

Ce géant français de l’automobile va fabriquer des moteurs pour drones militaires

Un moteur de drone conçu et fabriqué en France, sans terres rares chinoises, dès début 2027 : Valeo signe avec Harmattan AI son premier contrat dans les drones. L’équipementier auto continue sa reconversion, et elle dit beaucoup de l’époque.

La guerre en Ukraine a transformé le drone en consommable militaire : il s’en fabrique par millions, il s’en perd chaque jour, et chaque pièce compte. Or l’essentiel de ces pièces, moteurs compris, sort d’usines chinoises. Une dépendance devenue intenable pour des armées européennes en plein réarmement.

Le 20 juillet, Valeo et Harmattan AI ont annoncé une réponse très concrète à ce problème : un moteur électrique de drone développé et produit en France. La fabrication démarrera début 2027 sur un site Valeo de l’Hexagone (lequel, ce n’est pas encore tranché).

Des briques automobiles recyclées en moteur de drone sans terres rares

Valeo n’est pas parti d’une feuille blanche : le groupe a adapté des briques technologiques issues de l’automobile pour développer une gamme de moteurs électriques capables de fonctionner sans terres rares lourdes. C’est le cœur de l’annonce, et le mot-clé du communiqué. Le dysprosium et le terbium, indispensables aux aimants permanents haute performance, sont raffinés presque exclusivement en Chine, qui les a placés sous licence d’exportation au printemps 2025. Concevoir un moteur qui s’en passe, c’est concevoir un moteur que Pékin ne peut pas éteindre à distance.

Le contrat couvre des applications civiles comme militaires, et constitue le premier de Valeo dans les drones. Il prolonge la stratégie « Beyond Auto » de l’équipementier, qui avait déjà mis un pied dans les datacenters. Ni les modèles de drones concernés, ni les volumes, ni la valeur du contrat n’ont été communiqués. Christophe Périllat, directeur général de Valeo, revendique « une première gamme de moteurs électriques souverains » née de ce savoir-faire automobile.

Du sous-sol parisien aux 6 000 drones de la DGA : qui est Harmattan AI ?

Côté Harmattan AI, l’histoire ressemble à un accéléré industriel. Fondée en 2024, la start-up assemblait ses premiers appareils dans le sous-sol de ses locaux parisiens. Elle dispose aujourd’hui d’une usine près d’Orly, dans l’Essonne, avec une capacité de 10 000 unités par mois, et la Direction générale de l’armement lui a commandé 6 000 appareils au total. Son produit phare, le Sonora, est un drone de 1,8 kg embarquant deux caméras (électro-optique et infrarouge) et plusieurs modèles d’IA pour identifier et suivre des cibles en temps réel. Les versions militarisées ne sont vendues qu’aux armées de l’OTAN et à leurs alliés.

Lire aussi : De « l’IA souveraine » au sein des systèmes de combat aérien – Dassault Aviation s’associe à la pépite française Harmattan AI

L’industrie automobile française, malmenée par la transition électrique et la concurrence chinoise, se découvre des débouchés dans la défense. Renault a été sollicité pour produire des drones destinés à l’Ukraine ; Valeo, lui, convertit ses compétences d’électrification vers le militaire. Pour la filière drone française, chaque composant rapatrié est un feu vert de moins à demander à un fournisseur étranger.

Il y a encore cinq ans, un moteur Valeo servait à démarrer votre voiture un matin d’hiver. Début 2027, le même savoir-faire fera voler des drones de défense français. La souveraineté a rarement eu l’air aussi banale.

👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

Source : Valeo


Naïm Bada