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Ticket gagnant… à tous les coûts !

Paf ! La baguette cybermagique a encore frappé ! La nouvelle économie est devenue la seule viable aux yeux des investisseurs et du public. Mais quand on apprend comment gagner de l’argent, c’est souvent trop tard. Par Jean-Christophe Courte.

La nouvelle économie (la vieille économie au siècle prochain…) est devenue la seule viable aux yeux des investisseurs et du public. Pas un journal, pas une émission de radio ou de télé qui ne narre les exploits de ces jeunes entreprises ou de leurs dirigeants, ne décortique les plus-values, les stock-options ou les comptes en banque des nouveaux millionnaires. Pas un média qui ne relate comment les e-Crésus dopent le marché immobilier, s’offrant de modestes retraites bordées de terrasses en plein Paris ou des domaines viticoles avec les deniers du net. De quoi faire baver tous les possesseurs de Plan d’épargne logement.
Et chacun de prendre son tableur et de rêver de taux de croissance à trois zéros qui transformeront le contenu de sa tirelire en retraite dorée, en rente à vie pour trois générations.Du coup, ce sont les pages saumon des quotidiens qui deviennent le sujet de discussion à la cantine ou devant la machine à café… “Marcel, t’as vu que 3Com a perdu 3 points ? ” ; ” Gaston, mais regarde la remontée de Microsoft ! Malgré une mégatôle, ils font plus que de la résistance… ” ; ” J’ai encore gagné 65 euros sur France Télécom…”

C’est rassurant et apaisant, tout ce petit monde qui, sans prévention hiérarchique, opine du bonnet en analysant les courbes ; commente les rachats, les fusions, les OPA ; échafaude l’avenir ; suit les introductions des nouvelles entités dans le flipper économique. Une sorte d’e-communion de pensée sur l’argent que tout le monde va gagner sans bosser, juste en investissant où il faut quand il faut.D’ailleurs, j’attire l’attention des quotidiens sur leurs pages blanches, celles qui évoquent la sécheresse en Éthiopie, les troubles en Tchétchénie, etc. Elles sont encore bien trop nombreuses, bien que toujours pratiques pour emballer le poisson. Sérieusement, on s’en fout de ces pages ! Que l’agriculteur de Dordogne qui arrive à la retraite ne puisse vendre son exploitation bio, ou que les Australiens aient du mal à reconnaître leur attitude vis-à-vis des aborigènes, rien à cirer.Parlez-nous juste des nouveaux vainqueurs de la Bourse, des génies qui ont créé de nouveaux services sur la Toile, des records du Nasdaq. Ah ! Ça, c’est de l’info. Et n’ayons pas peur de dénoncer les attitudes peu consensuelles, tous ces ringards qui n’ont pas investi le budget des prochaines vacances des gosses dans une start-up. Le mot d’ordre est simple : investissez tout de suite ou vous allez finir au Musée des arts et traditions boursières et, pire, devoir travailler toute votre vie.Certes, avec cette manière de placer tous ses
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dans le même panier, certains y ont déjà laissé quelques plumes, dans ce que l’on a nommé un e-krack ! Des petits coqs, qui pensaient avoir dégoté le ticket gagnant, ont découvert que le terrain était loin d’être balisé pour récupérer le chèque frangé de zéros. Je vous rassure : seuls les nouveaux arrivants ont perdu du fric. Ceux qui sont dans le système depuis plus longtemps en ont paumé virtuellement plus encore, mais c’est oublier qu’ils en ont beaucoup gagné et que ces gains ont été placés ailleurs, souvent dans le ” dur “. Rassurés ?Quand on se dit qu’il y a du blé à faire, c’est souvent trop tard : les plus malins sont passés avant. Pour ceux qui ont joué leurs économies fin mars, c’était moins imaginaire. On s’est senti dans un roman de Pérec : plus de
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, juste les glandes. Heureusement, le jeu redémarre et les actions remontent. “Marcel, je vais m’offrir du casse-gueule.net… ” ; ” Gaston, t’as vu le site de megafarce.com, c’est super…”.
Je vous quitte, jai pas lu les cours ce matin… Elle est pas belle, la vie ?

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Jean-Christophe Courte