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TF1 va se lancer dans le jeu vidéo dès la rentrée 2026

Les chaînes de télévision regardaient le jeu vidéo de loin, avec la condescendance des anciens médias. TF1 vient de changer d’avis, et le calendrier est déjà calé : vos émissions préférées deviendront des jeux dès la rentrée.

Invité de l’émission Soft Power sur France Culture, Rodolphe Belmer, le PDG du groupe TF1, a confirmé l’arrivée de petits jeux vidéo inspirés des franchises maison sur TF1+ dès septembre 2026. Aucun titre n’a été dévoilé pour l’instant, mais l’intention, elle, est parfaitement assumée : prolonger l’expérience des programmes et donner aux spectateurs une raison de plus de revenir sur la plateforme. La première chaîne d’Europe ne veut plus seulement occuper vos soirées, elle veut meubler tous les creux de la journée.

Pourquoi une chaîne de télévision se met-elle aux jeux vidéo ?

La réponse tient dans un mot que les plateformes américaines répètent comme un mantra depuis des années : la rétention. Netflix a ouvert le bal fin 2021 en glissant des jeux mobiles dans son abonnement, précisément pour occuper les abonnés entre deux séries et rendre la résiliation un peu plus douloureuse. YouTube a suivi avec ses Playables, des mini-jeux jouables directement dans l’application, sans téléchargement ni détour. En lançant ses propres jeux dans TF1+, la chaîne applique la recette à la lettre : plus vous passez de temps dans l’application, moins vous allez voir ailleurs (et plus la régie publicitaire se frotte les mains).

L’ironie de l’affaire, c’est que les marques de TF1 connaissent déjà très bien les consoles, mais toujours par procuration. Koh-Lanta a eu droit à ses adaptations éditées par Microids (Les Aventuriers en 2021, une suite dès 2022), Fort Boyard tourne en jeu de société vidéoludique depuis des années, et le groupe encaissait sagement ses royalties pendant que d’autres récoltaient les joueurs. Le virage annoncé change la nature de l’exercice : cette fois, les jeux vivront à l’intérieur de TF1+, avec les données d’usage, le temps de cerveau et l’engagement qui vont avec.

Et qui va passer à la caisse ?

Sur le modèle économique, rien d’officiel pour l’heure, mais des micro-transactions pourraient accompagner ces mini-jeux, dans la grande tradition du free-to-play qui commence gratuit et finit sur votre relevé bancaire. Le terrain visé est aussi le seul segment du marché français en nette accélération : le jeu mobile et occasionnel, avec 1,8 milliard d’euros en 2025, en hausse de 11 %, quand l’ensemble du secteur pèse 5,856 milliards d’euros. Pendant que les studios traditionnels traversent une crise bien réelle (plans sociaux et projets annulés en série), la case du petit jeu qui se lance en dix secondes ne désemplit pas, et c’est très exactement là que TF1 pose ses valises.

Le mouvement participe d’une offensive plus large autour de TF1+, entre l’accord de distribution récemment conclu avec Netflix et le bras de fer engagé avec Canal+. La plateforme gratuite se rêve en destination quotidienne, et le jeu vidéo devient une brique de plus dans ce plan de conquête du temps libre des Français (qui n’avaient rien demandé, mais qui cliqueront quand même).

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Source : Soft Power, émission du 28 juin 2026


Naïm Bada