Depuis le printemps, OpenAI se voit prêter un projet de smartphone piloté par des agents IA, sans confirmation de l’entreprise. Dans un entretien diffusé la semaine dernière, le PDG de Qualcomm, Cristiano Amon, a glissé sans citer de noms : « Eh bien, les entreprises d’IA commencent à faire des téléphones ». Certaines d’entre elles, parmi les plus en pointe du secteur, préviennent Qualcomm qu’il leur faudra, d’ici 2028, faire tourner en permanence un modèle d’au moins 100 milliards de paramètres sur un téléphone.
OpenAI en tête des candidats, ByteDance déjà passé à l’acte
En mai, Cristiano Amon assurait travailler avec « à peu près toutes » les entreprises d’IA sur des appareils tenus secrets, parmi lesquelles OpenAI et Meta. Il prédisait alors la fin d’un monde organisé autour du smartphone, que Qualcomm a lui-même contribué à bâtir, au profit d’objets à porter sur soi, des lunettes aux pendentifs. Au Snapdragon Summit de septembre, Qualcomm a surtout expliqué pourquoi le smartphone ne serait pas remplacé, et son patron assure désormais que les téléphones « ne vont aller nulle part ».
Fin avril, l’analyste Ming-Chi Kuo, réputé pour ses prédictions sur les produits Apple, affirmait qu’OpenAI préparait un smartphone conçu autour de ses agents IA. Qualcomm et MediaTek en codévelopperaient les puces, et Luxshare, un sous-traitant d’Apple, se chargerait de la fabrication. Début mai, l’analyste avançait la production de masse au premier semestre 2027, contre 2028 auparavant, et jugeait MediaTek mieux placé pour fournir seul le processeur, une version sur mesure de sa puce Dimensity 9600. Si tout se passe comme prévu, il table sur environ 30 millions d’exemplaires en 2027 et 2028 cumulés, soit à peu près la moitié de ce qu’Apple ou Samsung écoulent chacun en un trimestre.
Sur Android, les assistants concurrents de Gemini n’ont aujourd’hui qu’un accès restreint aux fonctions clés du système, auxquelles l’assistant de Google accède pleinement. Ming-Chi Kuo y voit la raison d’être du projet d’OpenAI : « Ce n’est qu’en contrôlant entièrement à la fois le système d’exploitation et le matériel qu’OpenAI peut fournir un service d’agent IA complet ». En juillet, la Commission européenne a imposé à Google d’ouvrir une douzaine de ces fonctions aux assistants concurrents, la plupart dès l’été 2027.
En Chine, ByteDance a tenté l’expérience dès décembre 2025 avec le Nubia M153, un smartphone conçu avec ZTE et piloté par son assistant Doubao. Les quelque 30 000 exemplaires de cette série limitée, vendue 3 499 yuans (près de 500 dollars), sont partis dès le premier jour. En quelques jours, WeChat, Taobao, Alipay et plusieurs applications bancaires ont pourtant bloqué ou déconnecté les comptes pilotés par l’agent, et ByteDance a fini par suspendre les fonctions de paiement, de banque et de jeu.
100 milliards de paramètres dans un téléphone, est-ce seulement réaliste ?
Les paramètres sont les réglages qu’un modèle d’IA ajuste pendant son entraînement : plus il en compte, plus il est généralement capable, et plus il réclame de mémoire. Présenté le 22 septembre, le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6, la puce pour smartphones la plus puissante de Qualcomm, fait tourner en local un modèle de 30 milliards de paramètres. Ce type de modèle repose sur une architecture dite de « mélange d’experts », qui fonctionne comme une rédaction où seuls les spécialistes du sujet prennent la plume. Sur ces 30 milliards de paramètres, environ 3 milliards seulement s’activent pour chaque fragment de texte produit. Apple a présenté en juin son propre modèle local bâti sur ce principe, avec 20 milliards de paramètres.
Même compressé à 4 bits par paramètre, un format pris en charge par les puces mobiles récentes, un modèle de 100 milliards de paramètres occupe à lui seul environ 50 Go de mémoire vive. Les smartphones actuels dépassent rarement 16 Go, et les modèles Android à 24 Go lancés il y a un an se raréfient depuis que la pénurie de composants liée au boom de l’IA fait flamber les prix. En février, Cristiano Amon imputait d’ailleurs les prévisions décevantes de Qualcomm à un problème « à 100 % lié à la mémoire ». Pour contourner l’obstacle, Qualcomm charge déjà une partie des modèles depuis la mémoire de stockage, plus spacieuse, et confie à un circuit dédié de petits modèles, de 200 millions de paramètres au plus, qui tournent en permanence. La mémoire de stockage reste toutefois nettement plus lente que la mémoire vive, et la qualité d’un modèle se dégrade fortement quand on le compresse en dessous de 4 bits.
Qualcomm, qui voit Apple remplacer progressivement ses modems par des puces maison, a tout intérêt à voir les laboratoires d’IA concevoir leurs propres téléphones, même si le premier smartphone d’OpenAI pourrait lui échapper.
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Source : Alex Heath - Sources

