Passer au contenu

La fameuse recette de monsieur Bonnell pour faire moins cher

Selon Bruno Bonnell, les jeux vidéo, c’est comme les hamburgers: plus c’est long, plus c’est bon… et plus c’est cher!

Bruno Bonnell est certainement un homme doté de nombreuses qualités. Il est aussi, sans doute, un excellent manager ?” il suffit de regarder les résultats de son groupe pour s’en persuader.En revanche, le sémillant PDG d’Infogrames ne semble pas être un joueur acharné. Comment expliquer autrement sa récente déclaration à propos du prix des jeux vidéo ? Une déclaration en deux temps, d’ailleurs. Petit rappel des faits.Acte premier. Février 2000, Cannes, salon du Milia. M. Bonnell clame haut et fort que les jeux vidéo sont vendus trop chers. Selon lui, le prix élevé des jeux (350 francs en moyenne) constitue une incitation au piratage. Pour lutter contre ce fléau, la seule solution efficace consiste donc à baisser leur prix de manière drastique. Il prévoit même des CD-ROM à moins de 200 francs avant la fin de l’année. La communauté des joueurs applaudit des deux mains, trop heureuse de voir enfin l’une de ses plus anciennes revendications trouver un soutien inespéré en la personne du patron de l’un des plus gros éditeurs mondiaux.Interlude. Yves Guillemot, patron d’Ubi Soft, fait entendre son point de vue. Du côté de Montreuil, on pense plutôt que le seul moyen vraiment efficace de lutter contre le piratage consiste à améliorer encore et toujours les systèmes de protection. Il y a là matière à une chronique à part entière, donc fin de l’interlude.Acte second. M. Bonnell explique maintenant comment il entend faire baisser le prix des jeux : il suffit de vendre des produits moins bien finis. Et d’argumenter que les joueurs ne terminent jamais les jeux, qu’ils ne passent que quelques heures sur un titre avant d’en changer et que l’on peut donc réaliser des économies substantielles en développant plus rapidement des jeux plus courts et plus simples.Et vous savez quoi ? Il a en partie raison. Mais seulement en partie. Car s’il est vrai que tous les joueurs ne terminent pas tous les jeux, il serait bien malvenu de généraliser. D’abord parce que tout le monde ne peut pas s’offrir un nouveau jeu chaque semaine, loin s’en faut. Rappelons qu’un joueur achète en moyenne trois à quatre jeux par an, tout au plus.Ensuite, parce qu’il serait sans doute plus judicieux pour les éditeurs de commencer par balayer devant leur porte. A votre avis, pourquoi un joueur ne termine-t-il pas un jeu qu’il a si chèrement payé ? J’ai bien mon idée sur la question, mais pour éviter toute polémique inutile, je me bornerai à deux exemples. Réfléchissez et dites-moi pourquoi certains spectateurs quittent la salle de cinéma avant la fin du film ? Et pourquoi, au restaurant, certains clients ne finissent-ils pas leur plat ? Allez, je vous donne un indice : cela concerne la qualité. Vous avez deux semaines pour trouver. Combien de jeux vous auront déçu, dici là ?Chronique parue le mardi 2 mai 2000

🔴 Pour ne manquer aucune actualité de 01net, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.


Stephan Schreiber, chef de rubrique Jeux