Depuis l’iPhone 15 Pro et son A17 Pro, en septembre 2023, le téléphone d’Apple a pris l’habitude d’étrenner les nouveautés de silicium avant le Mac. Le 3 nm est arrivé dans l’iPhone un mois avant le M3, et l’an dernier les accélérateurs neuronaux du GPU sont nés dans l’A19 Pro avant de passer au M5. Cette année, l’ordre s’inverse : le M6 présenté le 25 août est la première puce Apple gravée en 2 nm. L’A20 Pro attendu dans les iPhone 18 Pro en septembre (et dans le pliable que les rumeurs baptisent iPhone Ultra) devrait en partager les briques de base. De quoi tenter un exercice de projection, à lire avec le conditionnel de rigueur : tout ce qui concerne l’A20 relève de l’extrapolation et des rumeurs jusqu’à la conférence de rentrée.
Les cœurs du M6 dessinent ceux de l’A20 Pro
Le M6 aligne douze cœurs de processeur sur trois étages : deux cœurs « super », quatre cœurs « performance » et six cœurs « efficience ». Apple revendique pour le premier étage « le cœur de processeur le plus rapide du monde ». L’A19 Pro de l’iPhone 17 Pro se contente de six cœurs, deux gros et quatre petits, gravés en 3 nm. Apple partage ses architectures de cœurs entre puces A et M d’une même génération (le M5 avait repris celles de l’A19 Pro), donc les gros cœurs de l’A20 Pro devraient être ceux du M6, à fréquence réduite, boîtier de téléphone oblige. En monocœur, le gain le plus vraisemblable face à l’A19 Pro tourne autour des 10 à 15 % que TSMC attribue au passage du 3 au 2 nm à consommation égale. Les rumeurs les plus insistantes disent la même chose.
Reste la question de l’étage intermédiaire, celui des cœurs « performance ». Un téléphone n’a ni la place ni le budget thermique d’un Mac mini, mais le M6 montre qu’Apple sait désormais composer avec trois types de cœurs, et un concurrent l’a déjà fait en 2 nm. L’Exynos 2600 de Samsung répartit ses dix cœurs en un cœur de tête, trois cœurs rapides et six cœurs modérés, sans le moindre petit cœur basse consommation. Rien ne garantit que l’A20 Pro suivra (Apple s’en tient à deux étages sur iPhone depuis des années), mais l’hypothèse circule, et le M6 lui donne du crédit.
Côté graphismes, la filiation entre les deux puces ne fait guère de doute. Les accélérateurs neuronaux logés dans chaque cœur GPU sont nés dans l’A19 Pro, et le M6 les reconduit avec un lancer de rayons de troisième génération et des débits géométriques en hausse de moitié. L’A20 Pro devrait hériter de ce même moteur graphique, en version réduite. Le double Neural Engine est le point le plus incertain. Le M6 en embarque deux blocs de seize cœurs, alors que sur iPhone, Apple Intelligence se débrouille aujourd’hui avec un seul. Les rumeurs réservent par ailleurs les grands bouleversements neuronaux à la génération suivante de puces Mac. Un Neural Engine plus rapide, oui ; deux, pas forcément.
Le 2 nm, Samsung l’a déjà mis dans la poche des Européens
Graver plus fin, c’est écrire plus petit sur la même feuille : davantage de transistors par millimètre carré, et moins d’énergie pour faire basculer chacun d’eux. TSMC chiffre son 2 nm à 10 à 15 % de performance en plus à consommation égale, ou 25 à 30 % de consommation en moins à performance égale, face au 3 nm précédent. L’A19 Pro utilisant déjà une version optimisée de ce 3 nm, l’écart réel sera un peu moindre. Dans un téléphone, la seconde lecture compte davantage que la première (personne n’a jamais rendu un iPhone parce que Safari s’ouvrait trop lentement), et c’est l’autonomie, ou la chauffe en jeu et en vidéo 4K, qui devrait encaisser le bénéfice.
Les rumeurs ajoutent un second levier : un nouvel assemblage, baptisé WMCM, qui rapprocherait la mémoire vive du processeur au sein d’un même module, avec 12 à 16 Go de LPDDR5X. Le principe ressemble à un déménagement de la mémoire sur le palier du processeur : moins de distance, donc moins de temps et moins d’énergie pour chaque échange. Les modèles d’IA en local, gourmands en allers-retours, sont les premiers concernés. Ce point reste à confirmer par Apple lors de sa keynote annuelle, ou par le premier démontage.
Apple n’arrivera pas la première sur le 2 nm mobile. Samsung a dégainé dès décembre son Exynos 2600, présenté comme le premier processeur de smartphone gravé en 2 nm. Les Galaxy S26 et S26+ vendus en Europe l’embarquent depuis le printemps, quand les mêmes modèles restent en Snapdragon aux États-Unis et en Chine. Les acheteurs français ont donc du 2 nm en poche depuis bientôt six mois, en version Samsung Foundry. L’A20 Pro sera, lui, le premier 2 nm de TSMC dans un téléphone, une nuance que Cupertino ne prendra sans doute pas la peine de préciser sur scène.
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