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Exclusif : le gendarme des télécoms veut faire le ménage dans les tests de débit

Insatisfaite des outils qui existent et inquiète des classements qu’en tirent les opérateurs, l’Arcep propose de nouvelles méthodes pour pouvoir enfin juger la qualité de sa connexion Internet avec fiabilité.

Quelles sont les performances de votre connexion Internet ? Pour y répondre, le premier réflexe est de lancer un speed test permettant de mesurer son débit descendant, montant et sa latence. nPerf, SpeedTest, Fast.com font partie des nombreux outils qui existent sur le marché. L’Arcep (l’autorité de contrôle des communications électroniques et des postes) s’empare du sujet à l’occasion de la publication ce matin de son rapport sur l’Etat de l’Internet en France. « L’état de l’art n’est pas satisfaisant, les consommateurs ne sont bien pas éclairés. Les informations brutes ainsi obtenues peuvent les induire en erreur », nous déclare d’emblée le président de l’Arcep Sébastien Soriano. « Aujourd’hui, il n’existe pas d’outil suffisamment robuste pour que nous puissions conclure à leur fiabilité ».

Sébastien Soriano, le président de l'Arcep.
ERIC PIERMONT / AFP – Sébastien Soriano, le président de l’Arcep.

Des problèmes de méthodes

Et de citer pêle-mêle le manque de prise en compte de l’environnement de l’utilisateur et les méthodes très différentes d’un acteur à un autre. Les technologies d’accès (fibre, ADSL, etc) ne sont pas distinguées, certains tests affichent le pic de débit, d’autres sa moyenne, des speed tests sont réalisés en mono thread (mesure du débit avec une unique connexion TCP), d’autres en multi-thread (plusieurs connexions TCP en parallèle). Enfin, le serveur vers lequel est lancé une mesure, appelé aussi mire de test, est souvent localisé à différents endroits du réseau : dans le réseau du FAI, dans celui d’un autre FAI ou encore au plus proche des serveurs du fournisseur de contenu. Ce qui impacte énormément les résultats.

Les mires de tests peuvent être situées à différents endroits du réseau.
Arcep, rapport sur la qualité de l’Internet en France. – Les mires de tests peuvent être situées à différents endroits du réseau.

Si l’on prend l’exemple de l’outil Netflix Speed Index qui compare les débits de chaque opérateur pour accéder au service de SVoD, on peut pointer plusieurs éléments fâcheux. Certains opérateurs bénéficient d’un contrat d’interconnexion avec Netflix, d’autres pas. L’éditeur n’est donc pas neutre et les résultats sont forcément meilleurs avec un accord de peering, ce qui n’est pourtant pas mentionné dans les résultats. Par ailleurs, les différentes technologies d’accès ne sont pas distinguées pour Bouygues Telecom, Free et Orange. SFR, en revanche, apparaît sous la forme de deux courbes,  l’une consacrée au Très Haut Débit (fibre et ADSL) et l’autre au haut débit (ADSL). Il n’y a donc pas d’homogénéité dans le protocole.

Le Netflix ISP Speed Index
Netflix

Indiquons enfin que Netflix campe sur ses positions et n’a pas souhaité collaborer à l’initiative de l’Arcep pour améliorer cet index qui pose question.

Autre problème, les opérateurs n’hésitent pas aujourd’hui à puiser dans les classements les seules informations qui les intéressent pour s’autoproclamer premiers dans leurs publicités comme on peut en avoir un exemple ci-dessous :

Une publicité de SFR
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Une utilisation partielle des données qui ne plaît pas à l’Arcep.

Les solutions : une API, des méthodes standardisées et un code de conduite

Jusque-là, le gendarme des télécoms livrait lui aussi chaque année son propre observatoire sur la qualité de l’internet fixe. L’occasion de dresser un comparatif entre les quatre plus gros opérateurs que sont Bouygues Telecom, Free, Orange et SFR. Un palmarès auquel renonce aujourd’hui l’institution.
« Nos tests manquaient de représentativité sur le territoire et ils se déroulaient en environnement contraint ce qui permettait aux opérateurs d’optimiser leurs accès », souligne encore Sébastien Soriano. Initiée au mois de juin 2016, l’idée est désormais de se reposer sur une communauté et un système de crowdsourcing pour élaborer des règles permettant de tester la qualité des accès fixes. Après deux ans de collaboration avec les FAI, des centres de recherche, des associations de consommateurs et les sociétés qui développent ces outils de mesure, l’Arcep est en mesure de proposer la version bêta d’un code de conduite et d’une méthodologie.

L'Arcep veut que les FAI développent une API pour les applications de test.
Arcep, rapport sur l’état d’Internet 2018. – L’Arcep veut que les FAI développent une API pour les applications de test.

« Ce que l’on veut, c’est que les fournisseurs d’accès à internet développent des API pour leur box, afin que les outils de mesure aient accès à un certain nombre d’informations sur la nature de l’accès de l’utilisateur », détaille Sébastien Soriano Cette solution présentera l’avantage d’éviter l’auto-déclaratif des abonnés qui n’est pas fiable. Les applications de tests pourront ainsi récupérer automatiquement quantité d’informations sur leur environnement comme la technologie d’accès, l’offre commerciale, le type de connexion, ou encore du cross-traffic (plusieurs applications lancées en même temps).

Autre chantier, la publication de recommandations de mesures sur lesquelles tous les acteurs pourront s’appuyer (durée d’un test de débit, nombre de threads, nombre d’échantillons minimum pour garantir la fiabilité de la latence, vidage du cache avant chaque test, etc..). Enfin, un code de bonne conduite sera proposé avec toute une liste de bonnes pratiques à adopter.

Pas question de créer un label : les acteurs se déclareront eux-mêmes conformes. Il n’est pas non plus envisagé de figer le programme, qui se veut évolutif. « La première étape, c’est de dialoguer. Nous voulons amener tout le monde à plus de transparence et faire monter en gamme l’ensemble de la communauté autour de bonnes pratiques partagées », conclu le président de l’Arcep.

Cette démarche nationale pour harmoniser les tests de qualité de l’accès à Internet fixe est unique au monde. Le Berec, l’organe européen des régulateurs des télécoms, envisage toutefois de développer un outil commun de mesure de la qualité de service. Un appel d’offres a été lancé en mars 2018 pour sélectionner un prestataire. Il sera notamment chargé de mettre au point un portail accessible à tous permettant de générer statistiques, cartes et rapports. Nous aurons donc bientôt l’embarras du choix pour juger de la qualité de notre connexion Internet.

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Amélie CHARNAY