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Et si la technologie ne changeait rien ?

L’Observatoire de l’e-management note que, si les outils high-tech s’implantent dans l’entreprise, les vieilles habitudes ont la vie dure.

Si les technologies facilitent grandement la circulation de l’information et les échanges virtuels, la fin de la “ réunionite” aiguë n’est pas pour demain, révèle l’Observatoire de l’e-management (structure de recherche copilotée par l’Université Paris-Dauphine et la Cegos). 86 % des 3 200 salariés interrogés (stagiaires de la Cegos) indiquent que l’implantation des nouvelles technologies n’a pas réduit le nombre de réunions dans leur entreprise. Ni fluidifié ou aplani les relations hiérarchiques : dans près de 59 % des 514 sociétés de plus de 50 salariés consultées, le nombre de niveaux hiérarchiques n’a pas diminué, et le partage des connaissances en ligne (knowledge management) n’existe que dans moins de 20 % des cas.

Informer et former

Finalement, on pourrait presque dire qu’il n’y a pas de changement majeur : les réunions physiques sont toujours aussi nombreuses, le planning du hiérarchique est toujours opaque, les relations avec les niveaux hiérarchiques sont toujours aussi lointaines“, concluent les auteurs de l’étude. L’e-management, un mythe ? “Pas du tout “, répond Michel Kalika, coprésident de l’Observatoire et coordinateur d’E-management : vers l’entreprise virtuelle ?, un ouvrage rédigé par l’équipe de l’Observatoire, à paraître en janvier aux éditions Liaisons. “ Si les vieilles habitudes sont tenaces, les outils technologiques sont très largement diffusés, affirme-t-il. L’intégration des nouvelles technologies dans l’entreprise précède, comme d’usage, leur acculturation.” Tout ne serait donc qu’une question de temps, “ et aussi de formation, précise Michel Kalika, l’intégration des nouvelles technologies se faisant le plus souvent au seul niveau des équipes techniques, sans information et formation de tous les salariés susceptibles d’être concernés par elles. “L’enseignant rappelle donc opportunément la nécessité d’éduquer le plus grand nombre à la révolution technologique. De fait, si 57 % des entreprises sont équipées d’un progiciel de gestion intégré, seuls 23 % des salariés le savent ! Des collaborateurs cependant très branchés : 99 % d’entre eux disposent d’un ordinateur de bureau, plus de 92 % ont une adresse de courrier électronique et 71 % un téléphone portable. “ C’est la bonne surprise de l’étude, note Michel Kalika. Les entreprises s’équipent à toute vitesse. “Mais la fracture numérique existe aussi en leur sein. Si 64 % des cadres supérieurs sont dotés d’un ordinateur portable, seuls 7 % des employés et 13 % des techniciens ont accès à ce type de matériel. De même, l’agenda numérique personnel concerne 27 % des cadres, contre moins de 10 % des employés. “ Il y a un lien incontestable entre hiérarchie et degré d’utilisation des technologies “, constate Michel Kalika : “ Les agents de maîtrise vivent davantage les nouvelles technologies avec angoisse que les cadres.

Pas de harcèlement

Dernier enseignement de l’étude, et non des moindres : les salariés sont moins submergés par leur courrier électronique et leurs appels téléphoniques que la rumeur ne le prétend : quatre salariés sur cinq reçoi vent moins de 20 e-mails par jour, et 60 % moins de 5 appels quotidiens sur leur portable professionnel. L’entreprise numérique serait-elle plus humaine que prévu ?

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Sophie Janvier-Godat