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Espionnage, micros cachés, piratage : que se passe-t-il vraiment avec les téléviseurs LG ?

Une enquête accuse les téléviseurs LG de capter du son en veille et de cartographier le réseau domestique. Ce qu’il faut savoir, la réponse de LG et comment se protéger ? On vous dit tout.

Depuis quelques jours, les téléviseurs LG sont au cœur d’une polémique sérieuse. Une chaîne YouTube américaine affirme avoir prouvé que ces appareils peuvent enregistrer du son et cartographier tout le réseau domestique de leurs propriétaires, parfois même écran éteint. Une affaire suffisamment sérieuse pour pousser le constructeur sud-coréen à réagir pour démentir une partie des accusations.

Une enquête de 500 heures et 70 000 dollars

Tout démarre avec une vidéo YouTube de 135 minutes, publiée par la chaîne américaine Gamers Nexus. Épaulés par Level1Techs et des chercheurs en sécurité indépendants, ils ont capturé le trafic réseau de téléviseurs LG OLED achetés dans le commerce, dont le G5, modèle haut de gamme de 2025. Pour les plus curieux, ils ont effectué leurs tests à l’aide de Wireshark, un analyseur de paquets gratuit. Au total, le travail a représenté plus de 500 heures et environ 70 000 dollars de matériel.

Un réseau domestique passé au crible

Le premier constat, et pas des moindres, est les téléviseurs balaient en continu le réseau local via le protocole UPnP. Lors du test, l’appareil a recensé 38 appareils qui n’avaient strictement rien à voir avec lui, tels que des smartphones, montres connectées, imprimante 3D, purificateur d’air ou des thermostats. Ils appartenaient à des employés présents dans les locaux sans qu’aucun d’eux n’ait jamais connecté quoi que ce soit à ce téléviseur. Le TV relève aussi le nom et la puissance des réseaux Wi-Fi environnants, de quoi situer un foyer à quelques dizaines de mètres près.

Du son capté en veille, même hors ligne

Plus troublant, l’appareil, alors en veille avec écran noir, a capté de l’audio parfaitement audible, jusqu’à une conversation tenue à environ 18 mètres, derrière une cloison. Même en déconnectant le téléviseur du réseau Ethernet, celui-ci aurait continué à stocker ces enregistrements en local, avant de les transmettre dès le retour d’une connexion réseau. Les chercheurs ont également documenté des vulnérabilités permettant l’exécution de code à distance dans webOS, le système d’exploitation qui équipe ces téléviseurs.

Toutes ces données finiraient chez LG Ad Solutions, la régie publicitaire du groupe née du rachat d’Alphonso en 2021. Elle revendiquerait un accès à 363 millions d’appareils secondaires rien qu’aux États-Unis. Un chiffre largement supérieur aux 216 millions de téléviseurs LG vendus dans le monde selon le constructeur lui-même, et qui donne une idée de l’ampleur du profilage réalisé via le réseau domestique.

Ce que dit LG pour sa défense

Contacté après la publication de l’enquête, LG a nié tout enregistrement des conversations ambiantes. Selon le constructeur, ses téléviseurs « ne traitent des données vocales que lorsque le bouton vocal de la télécommande est maintenu enfoncé », ou lorsque le mot d’activation « Hi LG » est reconnu, une fois la fonction Far-Field activée manuellement par l’utilisateur. En veille, si aucun mot d’activation n’est détecté, « l’audio utilisé pour cette détection est traité localement sur le téléviseur, immédiatement supprimé, et n’est pas transmis aux serveurs de LG », précise l’entreprise dans son communiqué.

Sur le scan du réseau, LG assume pleinement : il s’agirait d’une « fonction standard, couramment proposée par les téléviseurs connectés », utile pour le partage de contenu et la maison connectée. Concernant l’ACR (Automatic Content Recognition), cette technologie qui identifie en continu ce qui s’affiche à l’écran pour affiner la publicité, LG répète qu’elle repose sur un consentement explicite, et que « sans consentement, les données ACR ne sont pas utilisées à des fins publicitaires ». Une formulation qui n’exclut pas leur collecte, simplement leur usage publicitaire en l’absence d’accord.

Le communiqué de LG reste en revanche muet sur les failles de sécurité précises identifiées par les chercheurs, sans mention d’un correctif ni d’un calendrier de déploiement.

Pas la première fois que LG est dans le viseur

En mai 2026, LG avait déjà signé un accord avec le procureur général du Texas, Ken Paxton, promettant de recueillir un consentement éclairé avant toute collecte de données ACR, dans le cadre d’une procédure qui vise aussi Samsung, Sony, TCL et Hisense. Quatre mois plus tard, l’enquête de Gamers Nexus laisse penser que ces engagements ne suffisent toujours pas. Et ce n’est pas la première fois que la chaîne épingle LG cet été.

En juillet dernier, les moniteurs PC de la marque étaient accusés de forcer le téléchargement d’un logiciel publicitaire sous Windows. Déjà, LG avait réfuté cette accusation.

Comment se protéger ?

Plusieurs niveaux de protection existent, du plus simple au plus radical. La première étape, gratuite, consiste à fouiller dans les paramètres du téléviseur pour désactiver la reconnaissance vocale (menu Tous les paramètres > Général > Service IA > Paramètres de reconnaissance vocale, puis désactiver « Contrôle vocal mains libres » et « Toujours prêt »), ainsi que l’ACR et les publicités personnalisées. Cette étape réduit la collecte sans forcément l’annuler complètement, et une mise à jour logicielle peut réactiver certains réglages.

De nombreux modèles récents des séries G et C disposent aussi d’un commutateur physique coupant matériellement le microphone, généralement situé sous le téléviseur, une protection plus fiable qu’un simple réglage logiciel.

Pour les plus prudents, la solution la plus radicale reste de couper le téléviseur d’Internet, tout simplement. Ils peuvent alors passer par un boîtier externe (Apple TV 4K, Nvidia Shield, Google TV Streamer, ou la box de l’opérateur) branché en HDMI. Un bémol tout de même : un téléviseur déconnecté ne reçoit plus les mises à jour de sécurité, y compris celles qui corrigeront un jour les failles de webOS. Autre option, plus modérée : placer le téléviseur sur le réseau invité de sa box internet, avec l’isolation entre appareils activée quand l’option existe. De quoi l’empêcher de voir le reste des appareils du foyer, sans renoncer totalement aux fonctionnalités connectées.

Et en France ?

Les tests ont été menés aux États-Unis, donc impossible d’affirmer avec certitude que les téléviseurs LG vendus en Europe se comportent exactement de la même façon. Le RGPD impose en théorie un consentement libre, éclairé et explicite pour ce genre de collecte. En cas de doute, deux leviers restent à disposition des consommateurs français : demander l’accès à ses données personnelles auprès de LG, au titre de l’article 15 du RGPD (réponse attendue sous un mois), ou saisir la CNIL si la réponse obtenue ne convainc pas.

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Source : Ars Technica