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Ce clone méconnu de Telegram devient le nouveau refuge des narcotrafiquants

Traque numérique et nouveaux profils : l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives décrypte comment le deal se réinvente loin de Telegram, entre applis de messageries instantanées et ubérisation du trafic.

[Mise à jour du 28/11/2025 à 10h50 : Ajout de la déclaration de Telegram en réaction aux informations concernant l’impact de l’arrestation de Pavel Durov sur la modération de la plateforme.]

Alors que les autorités serrent la vis sur les plateformes grand public, le marché de la drogue opère sa mue numérique. C’est le constat sans appel du dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publié ce jeudi 27 novembre. Si vous pensiez que tout se passait encore sur Telegram, détrompez-vous : les lignes bougent, et les profils des « acteurs » aussi.

L’exode numérique : quand la modération chasse le deal

Depuis l’arrestation de Pavel Durov en France et le tour de vis opéré par Telegram sur sa modération en septembre 2024, les trafiquants ne se sentent plus chez eux. L’OFDT confirme une véritable hémorragie : de nombreux comptes liés au trafic ont disparu de la plateforme, poussant les réseaux à migrer ailleurs.

De son côté, la messagerie Telegram tient à rappeler :

« Telegram a toujours respecté les lois de l’Union européenne, y compris le Digital Services Act, et a systématiquement répondu à toutes les demandes judiciaires contraignantes depuis des années.

La seule chose qui a changé après la mise en garde à vue de M. Durov en France, est que les autorités françaises ont commencé à adresser correctement leurs demandes judiciaires à Telegram, conformément au Digital Services Act.

« Des modérateurs, notamment dotés d’outils d’IA dédiés, surveillent de manière proactive les espaces publics de la plateforme et traitent les signalements afin de retirer plusieurs millions de contenus problématiques chaque jour.

Des statistiques quotidiennes et des informations complémentaires sur la modération sont disponibles ici : https://telegram.org/moderation »

Où vont-ils ? Si WhatsApp et Signal restent des valeurs sûres pour leur chiffrement, un petit nouveau attire toute l’attention : Potato. Cette messagerie, clone presque parfait de Telegram en matière d’interface, devient le nouveau refuge des dealers. Fabrice Gardon, directeur de la police judiciaire parisienne, l’admettait déjà fin octobre : l’application a « le vent en poupe ». Elle offre les mêmes fonctionnalités, mais vole, pour l’instant, sous le radar de la modération massive.

À lire aussi : GrapheneOS quitte la France : pourquoi l’Android « anti-mouchards » claque la porte

Cependant, Telegram est loin d’être totalement « propre » et n’a pas disparu des radars en 2024. L’application reste utilisée, mais elle perd son statut de monopole incontesté au profit d’une fragmentation des canaux de vente.

L’ubérisation du trafic : retraités et étudiants en première ligne

Au-delà de la tech, c’est toute la sociologie du deal qui évolue. Fini le cliché unique du jeune homme encapuchonné au pied de la cité. Le dispositif Trend met en lumière une diversification des profils qui surprend par son ampleur.

On assiste à une véritable professionnalisation des compétences, avec des réseaux qui chassent désormais des profils atypiques. Des étudiants et jeunes actifs sont recrutés pour « leurs compétences en matière de graphisme, de gestion des outils numériques ou de communication ». Femmes, quadragénaires, voire retraités à l’apparence soignée, sont également embauchés comme « mules » pour le transport et la livraison.

Cette stratégie permet aux têtes de réseau de brouiller les pistes face aux forces de l’ordre. On voit même émerger des « autoentrepreneurs » de la drogue et de petites équipes de deux ou trois personnes qui montent leur propre business via les applis, court-circuitant les grosses structures. Une agilité numérique qui force les autorités à revoir constamment leur stratégie face à une menace jugée « équivalente à celle du terrorisme » par le ministère de l’Intérieur.

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Par : Opera

Source : Le Parisien


Thomas Estimbre