Je suis électeur dans une ville qui a fait le choix de nous faire voter, et ceci sans nous consulter, par l’intermédiaire d’une machine électronique.
Je sais que tout le monde n'a pas expérimenté ce moyen, mais je suis inquiet dans la mise en marché de ce type de vote.
En effet, bien que partisan de techniques dites "modernes", je trouve cette pratique particulièrement risquée face au capacité de fraudes que présente cette technique de vote. Que l'on s'y trompe pas, mes réserves n’ont pas pour origine des problèmes techniques ou technologiques, il s'agit plus prosaïquement et plus gravement d'un problème de démocratie, c'est à dire de l'absence de contrôle immédiat et factuel de chacun d'entre vous sur le déroulement des opérations (vote et dépouillement) qui vont être déterminant sur notre avenir et sur notre propre vie, notamment au plus haut niveau, c’est à dire sur ce qui sera censée être créateur de sources de droit.
La seule chose que j’ai faite dimanche, c’est que j’ai appuyé sur un bouton, par contre, c’est la machine qui a voté à ma place dans l’opacité et l’ésotérisme d’un langage illisible et invérifiable pour une citoyen normal.
J’ai voté sur un ordinateur, je n’ai pas vu comme à l’habitude mon enveloppe se glisser dans l’urne transparente et je ne sais pas si mon choix a été réellement comptabilisé. Au moment du dépouillement j’étais incapable de vérifier le travail de comptabilisation et personne dans le bureau ne pouvait le faire, sinon que de réaliser des opérations de procédures. Je n’ai pas non plus reconnu l’intimité de l’isoloir et sa valeur d’ultime réflexion, la pression de la file des électeurs stressait plutôt alors que l’isoloir apaise.
Je suis sorti du bureau de vote plutôt perplexe et un peu meurtri comme si j’avais été amputé d’un droit fondamental. Je me suis donc demandé : Pourquoi ?
Je suis particulièrement inquiet de l'inconscience, ou de la naïveté de ceux qui décident cette mise en oeuvre ; du manque de concertation de la part de ceux qui se permettent d'échanger une urne transparente contre une boite noire opaque.
Une capacité de fraude pourrait peser sur le résultat des élections nationales d'importances, ce jour là il sera trop tard, à consulter :
http://pasdelien.merci
J’ai fait cependant quelques recherches notamment sur le site du Conseil Constitutionnel pour apprendre que l’utilisation de ces machines répondrait à un triple but :
- Un objectif économique et matériel : réduire les coût d’organisation des élections et accélérer le dépouillement des résultats le soir du scrutin.
- Un objectif environnemental : supprimer les bulletins en papier.
- Un objectif citoyen : permettre un accès plus aisé aux opérations de vote pour les personnes handicapées.
En clair, on sacrifie la démocratie sur l’autel de l’argent et du confort (coût, papier, accès) sans demander l’avis des citoyens, alors qu’il y a évidemment bien d’autres moyens pour faire face à ces difficultés (mobilisation citoyenne, papier recyclable, service civique, aménagement des urnes et des isoloirs).
Nos édiles connaissent-il les dirigeants de la firme Néerlandaise NEDAP (une de celle qui fabrique ces machines) Ont-ils satisfait aux tests, enquêtes et interrogatoires qui habilitent au "secret défense" (le cas des entreprises privées qui travaillent dans des zones sensibles, DCN, armement...) Ces gens sont censés produire des matériels et logiciels qui seront à la source des choix dans la gestion de notre pays ??? On aurait affaire à une ligue mafieuse, un mouvement sectaire ou une puissance étrangère, ce serait pareil ?
On s’étonne de voir le Conseil Constitutionnel admettre le vote numérique pour des choix au plus haut niveau alors que la preuve numérique n’est pas admise à l’autre bout de la chaîne dans un tribunal.
En fait, lorsque l’on creuse un peu, au plus près du terrain, nous rencontrons des municipalités qui auraient des difficultés d’organisation du scrutin (trouver des scrutateurs, trouver des volontaires pour le dépouillement etc…), des directeurs des services trop contents d’éviter la mise en place d’heures supplémentaire pour les agents territoriaux. Toutes ces petites choses qui font que les politiques se font harceler par les opérateurs au quotidien et finissent par lâcher l’essentiel (La démocratie) au profit de l’accessoire (le confort). Il faut mettre un frein à cette dérive, car il y des solutions (créer la journée citoyenne, des Travaux d’utilité publique etc…).
Si nous n'y prenons pas garde, l'urne transparente et le dépouillement public seraient remplacés par un ordinateur dont le résultat est invérifiable et dont on ne peut rien savoir pour cause de secret industriel. Notre vote virtuel se transformera en risque réel.
Article 2 de la constitution :
« Son principe : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple »
Article 3 de la constitution :
« Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice
Le suffrage peut-être direct ou indirect dans conditions prévues par la constitution. Il est toujours universel, égal et secret. »
Article R64 du code électoral :
« Le dépouillement est opéré par des scrutateurs sous la surveillance des membres du bureau.
A défaut de scrutateurs en nombre suffisant, le bureau de vote peut y participer ».
Comme on le lit, nous sommes loin du compte, la machine devient le peuple, le scrutin n’est plus universel et égal (plusieurs formes de votation), il n’est plus secret (possibilités techniques aisées de décrypter à distance le vote saisi par lecture des ondes radios émises par les machines, article 3). Aucune surveillance du dépouillement, tout simplement parce qu’il y en a pas et qu’il est transformé en calcul instantané.
Cela voudrait dire que nous donnions à une machine la capacité juridique qui échoie au peuple. (article 2) ou bien qu’un groupe d’individus, pour des raisons marchandes ou autres ont la possibilité de contrôler les suffrages (le fabriquant du hard ou du soft ou Véritas ou autre officine privée…) article 3.
Je pense qu’il serait judicieux, pour le Conseil Constitutionnel, pour le moins dans un premier temps de faire surseoir à l’utilisation de telles machines, puis de provoquer une discussion de fond sur ce dossier. Les réclamations qui seront reçues ne sont que la partie visible de l’iceberg, beaucoup n’osant pas ou ne voulant pas prendre la plume ; et enfin revenir au vote transparent et traditionnel, seul garant de la démocratie et de la fidélité au texte et à l’esprit de la Constitution.
JB