À l’image de l’entretien de nos jardins, le nettoyage des piscines privées françaises se délègue peu à peu à des robots de piscines. Il y a de quoi faire, puisque la France recense près de 3,7 millions de bassins familiaux, dont 90 000 nouveaux venus rien qu’en 2025. Un parc qui la place au troisième rang mondial derrière les États-Unis et le Brésil.
Si un modèle sérieux réclamait encore 1 500 à 2 000 euros il y a cinq ans, le cœur de marché tourne désormais autour des 1 000 euros. Une baisse du ticket d’entrée accompagnée par une nouvelle vague de constructeurs chinois.
Beatbot est arrivé en 2024, suivi de Dreame et Mammotion en 2025, puis cette année de Mova et Ecovacs. Aiper s’est engouffrée dans nos bassins un peu plus tôt. Dès 2023, la marque débarquait en Europe avec sa série Seagull. Avec en tête un pari que peu partageaient alors, celui d’en finir avec le câble flottant.

En janvier dernier, au CES de Las Vegas, elle a dévoilé trois déclinaisons de sa famille Scuba V3, une version de base, une Pro et une Ultra. C’est la première de cette fratrie que nous avons pu tester, celle qui ouvre le bal à 1 099 euros pour des bassins enterrés jusqu’à 150 m².
Au-delà du sans-fil, Aiper fait de la caméra et de l’intelligence artificielle la signature de cette génération. Trois saisons durant, ses robots ont navigué seulement à l’aide de capteurs. Le Scuba V3 change la donne et prétend apprendre de votre piscine afin de gagner en pertinence de semaine en semaine.
Nous l’avons donc mis à l’eau pendant près de trois mois, dans un bassin de 40 m², depuis la mi-mai, afin de vérifier s’il se bonifiait comme un bon vin. Voici notre avis complet sur le robot de piscine Scuba V3.
Un petit robot robuste, prêt à plonger en quelques minutes
Carrosserie laquée, flancs anthracite et chenilles trapues, dès son déballage, le V3 semble prêt pour des heures de besogne. L’assemblage inspire confiance, les plastiques sont épais et les panneaux ajustés sans jeu. Bien qu’il ne nage pas dans la mare des robots les plus premium, comme le Mova Rover X10 et ses 2 499 euros, il n’a rien d’un simple gadget de barbotage.

Derrière ces allures d’engin de la NASA, le robot mesure 44,4 x 38 x 21,8 cm pour 8,25 kg à sec, soit presque deux kilos de moins que l’Ecovacs Ultramarine P1. Un écart qui peut paraître anodin, mais qui s’avère appréciable quand il faut l’extraire de l’eau à la main. Soit par sa poignée, soit avec le crochet de récupération fourni, qu’il faudra visser sur votre propre perche.
Pour se mouvoir, le V3 s’appuie sur deux chenilles larges et profondément crantées. Elles sont tendues sur de gros galets afin d’assurer une bonne adhérence, notamment sur les parois. Sous le châssis, deux rouleaux brossants, entraînés par leurs propres moteurs, frottent le revêtement pendant que les deux pompes aspirent ce qu’ils décollent.
Un unique bouton, logé au centre, suffit à allumer la machine, tout le reste passe par l’application Aiper. Le Bluetooth assure l’appairage initial, puis le Wi-Fi prend le relais, notamment pour les réglages et les notifications.

Avec une limite que la physique impose, les ondes radio ne traversent pas l’eau. Personnalisez donc votre nettoyage avant l’immersion, car une fois le robot au fond, il ne sera plus possible de lui donner des ordres.
Ne comptez pas davantage sur ces connexions pour une cartographie. Là où le Dreame Z1 Pro dresse un plan de votre piscine, consultable dans son application une fois le robot ressorti de l’eau, le Scuba V3 n’en fait rien.
Le premier robot piscine d’Aiper à ouvrir l’oeil sous l’eau
S’il ne dresse aucune carte, c’est que le Scuba V3 travaille autrement. Jusqu’ici, les robots de la marque se repéraient sans vision, en s’appuyant sur des capteurs infrarouges, ultrasoniques et un gyroscope.
Ces derniers détectaient les parois, les marches ou les obstacles. Autrement dit, ces machines quadrillaient le terrain et ne nettoyaient une saleté qu’en la croisant. À l’inverse, le Scuba V3 est le premier Aiper à aller chercher ce qu’il nettoie. Derrière son hublot ovale, une caméra frontale scrute le fond du bassin.

La marque annonce une reconnaissance de plus de vingt types de saletés, de la feuille morte au grain de sable. Avec en prime, une trajectoire qui s’ajuste en conséquence. Encore faut-il que le robot exploite ce regard.
Dans son mode par défaut, le V3 effectue toujours le tour méthodique du fond et sa caméra se contente de lui éviter les obstacles. Pour épauler cette dernière, Aiper a placé deux LED de part et d’autre de l’objectif. Une excellente initiative dès que la luminosité manque, sous une bâche ou dans les bassins très profonds.
Méthodique, mais pas un traqueur inné
Pour ce premier mois d’essai, nous avons volontairement laissé le Scuba V3 dans sa configuration d’usine, en mode Auto. Comprenez le fond puis les parois, la ligne d’eau étant frottée au passage lors de la remontée, sans insistance. Les dépôts gras et les traces de crème solaire réclament quant à eux un passage en mode Ligne d’eau. La surface, elle, reste l’apanage de modèles plus onéreux comme le Scuba X1 Pro Max (1 799 euros).

Dès les premières immersions, nous guettions le moment où il foncerait sur les cailloux placés intentionnellement aux quatre coins du bassin. Rien de tel ne s’est produit pendant plusieurs semaines. Sa caméra tournait pourtant bien, mais en mode Auto elle ne traquait simplement pas les débris.
Le robot a déroulé un programme somme toute classique.
Quelques détours ont bien ponctué ses parcours, sans que la couverture du bassin en souffre. Il traitait environ les deux tiers du fond avant de s’attaquer aux parois. Une répartition maligne qui lui évitait de repasser derrière lui-même.
En revanche, sur la ligne d’eau, le V3 nous a convaincus d’emblée. Dans son mode dédié, il monte jusqu’à la ligne d’eau et racle la paroi. Ensuite, il se déplace latéralement, jusqu’à détecter un changement de mur. C’est plus efficace que les robots qui redescendent à chaque fois. L’adhérence, elle, n’a jamais posé de problème, sauf au passage des buses de refoulement.

Notre escalier d’angle lui a donné davantage de fil à retordre. Ses quatre marches de 28 cm ont d’abord été prises pour une paroi ordinaire, le robot butant souvent sur la première. Au bout de quelques trempettes, la hauteur assimilée, il a fini par grimper et venir à bout des trois premières. La dernière, trop peu immergée, n’a jamais été traitée correctement.
Il aspire bien, il pourrait filtrer mieux
L’aspiration est le seul chapitre que l’IA ne vient pas brouiller. Nous l’avons donc jugé sur les trois mois, tous modes confondus. Tout commence par le capot, qui bascule d’une simple pression pour libérer un bac de 3,5 litres.
À l’intérieur, deux étages se partagent le travail. Le tamis principal, annoncé à 180 microns, encaisse le gros œuvre comme les feuilles, les brindilles, les insectes, les graviers. La cartouche en bandeau de MicroMesh, donnée à 3 microns, s’occupe quant à elle de ce que l’œil ne voit pas. C’est le cas du pollen et des particules les plus fines en suspension, celles qui rendent l’eau trouble.

Pour alimenter tout cela, la pompe débite 18,2 m³/h. Le V3 se place donc dans la bonne moyenne, devant le Maytronics Liberty 600 et ses 15 m³/h, loin toutefois des fers de lance du moment, Beatbot Sora 70 (25 m³/h) ou Dreame Z1 Pro (30 m³/h). Néanmoins, le résultat est au rendez-vous. Feuilles, insectes et amas de graviers ou de terre, apportés par le vent ou sous nos pieds, disparaissent généralement en un cycle.
Deux réserves viennent tout de même ternir le tableau. Le MicroMesh d’abord, qu’Aiper place devant le tamis principal. Il reçoit l’eau en premier et se prend les gros morceaux avant même le filtre prévu à cet effet.

Difficile à comprendre, surtout sur un bassin chargé en début de saison, où il sera plus logique de lancer un premier cycle sans, avant de le remettre en place. Le panier ensuite, sa contenance est exactement celle du Scuba S1 (599 euros), tandis que la concurrence tourne entre 4,5 et 6 litres.
Une appli simple, où l’IA se cache dans la programmation
Centre de commande du V3, l’application Aiper ne cherche pas à noyer l’utilisateur sous les réglages. Son écran d’accueil se limite au niveau de batterie, à l’état du robot et à un carrousel de vignettes, une par mode de nettoyage. Le fond peut être traité seul, tout comme les parois ou la ligne d’eau.
Le cinquième mode, en revanche, est une exclusivité du V3. Et c’est précisément celui qui manquait à notre premier mois d’essai. Baptisé Patrouille IA, il envoie le robot chercher la saleté au lieu de dérouler son quadrillage. La caméra ne se contente alors plus d’éviter les obstacles, elle guide les déplacements.

La programmation, elle, va un peu plus loin. Un calendrier permet de laisser le Scuba V3 travailler sans remettre les mains dans l’application à chaque baignade. Trois rythmes sont proposés, 45 minutes pour quatre nettoyages hebdomadaires, 60 pour trois, 90 pour deux.
L’option la plus intrigante reste toutefois AI Navium. Aiper promet ici de dépasser la simple programmation, en exploitant les dimensions du bassin, l’historique des nettoyages et la météo locale pour préparer seul les prochains cycles. Autrement dit, plus le V3 travaille, plus il est censé comprendre ce que réclame votre piscine.
Cependant, AI Navium arrive désactivé et réclame trois cases à cocher, l’analyse météorologique, le nettoyage auto-adaptatif et l’analyse des habitudes d’utilisation. Tant qu’aucune n’est enclenchée, le bouton « Générer un planning » reste grisé et le robot ne planifie rien du tout.
Trois mois plus tard, ce n’est plus vraiment le même robot
Le premier mois écoulé, nous avons coché les trois cases d’AI Navium et lancé le robot en Patrouille IA sur le fond. Puis nous l’avons laissé tranquille quatre semaines durant, sans autre intervention que de rincer ses filtres et de le recharger. Courant juillet, nous avons recommencé à l’observer lors de ses labeurs.

Le changement le plus spectaculaire tient d’abord au passage en Patrouille IA. Là où le mode Auto déroulait son quadrillage sans jamais lever le nez, le V3 file désormais vers les zones les plus chargées. Il traque les gros débris en priorité, les avale, puis reprend son balayage. Nos cailloux de test ne sont plus croisés par hasard, le robot va les chercher.
Sur notre escalier, le V3 a également revu sa copie. Plutôt que de s’obstiner à grimper là où il ne tient pas, il progresse à l’horizontale et se sert de ses remous pour faire tomber les saletés. Une fois au fond, il revient les aspirer.
Même constat face aux buses de refoulement. Là où il décrochait parfois en début d’essai, il les contourne désormais systématiquement. L’analyse météorologique, elle, sort également du lot. Connecté au Wi-Fi lorsqu’il est hors de l’eau, le V3 peut recevoir les ajustements liés aux données météo locales et adapter son planning.

Programmé pour le lendemain matin, notre robot s’est mis en route dès la veille au soir, juste après une averse. Trois notifications de ce type nous sont parvenues en juillet, à chaque gros épisode pluvieux. Bien évidemment, il reste possible de décocher cette option si vous préférez garder la main.
Assez de souffle pour entretenir un bassin familial
Porté par une batterie lithium-ion de 150 Wh, le Scuba V3 revendique 180 minutes d’autonomie. Sur notre bassin de 40 m², cette endurance n’a jamais posé le moindre problème. En fonction de vos réglages et de l’état du bassin, le robot ne va d’ailleurs pas systématiquement au bout de sa charge.
Une fois la fonctionnalité AI Navium enclenchée, ses cycles se sont même raccourcis d’eux-mêmes, le V3 remontant se signaler dès qu’il estimait le travail terminé.

Attention, les 150 m² annoncés méritent une lecture attentive. Aiper les présente comme une taille de bassin compatible, jamais comme une surface couverte par charge. Sur nos trois mois d’essai, un cycle complet a réclamé entre 160 et 200 minutes pour nos 40 m² de fond et de parois. Sur un bassin plus grand, il faudra inévitablement étaler le nettoyage sur plusieurs sessions.
Comptez ensuite cinq heures pour un plein, un délai qui est poil long. Bonne nouvelle, le V3 possède sa propre station de charge, bien utile pour le ranger au garage le temps de son repos hivernal. Dépourvue de prise, elle se contente de deux plots de contact qui évitent d’avoir à manipuler un connecteur après chaque baignade.

Enfin, l’entretien se résume surtout au panier. Un rinçage au jet après quasiment chaque cycle suffit, l’opération ne prenant que quelques minutes. Le MicroMesh, lui, est considéré par Aiper comme un consommable. Il est donc à remplacer toutes les trente utilisations, comptez 39 euros pour un jeu de deux filtres.
Prix et concurrence
Lancé à 1 099 euros, le Scuba V3 a un gros rival en la personne du Beatbot Sora 70. Affiché 1 499 euros, ce dernier ajoute le nettoyage de la surface de l’eau avec un panier de 6 litres.
Le Dreame Z1 Pro, sorti à 1 299 euros en 2025, se négocie désormais autour de 800 euros avec 30 m³/h et une cartographie du bassin. En dessous, l’Ecovacs Ultramarine P1 s’affiche à 549 euros et le Mammotion Spino E1 descend même à 499 euros, tous deux sans caméra ni intelligence artificielle.
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