Ce n’était encore qu’une rumeur en septembre, comme nous l’expliquions alors. C’est désormais officiel. Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont annoncé ce lundi 19 octobre avoir signé une lettre d’intention pour étudier « une éventuelle candidature conjointe » à l’attribution, en Europe, des fréquences réservées aux services mobiles par satellite. Ce sont elles qui permettent à un smartphone classique de se connecter directement à un satellite, sans antenne particulière, là où le réseau terrestre ne passe pas.
Les quatre opérateurs ne construiront pas leurs propres satellites. Ils prévoient de déployer en Europe les infrastructures au sol ainsi que les fonctions de coordination et de supervision du réseau, la constellation étant fournie par « un partenaire satellitaire qui reste à sélectionner ». Ils promettent aussi un accès « ouvert et non discriminatoire » à tous les opérateurs mobiles. Bouygues Telecom, Free ou SFR pourraient donc, en théorie, en profiter eux aussi.
Des fréquences convoitées par SpaceX
Tout se joue sur la bande des 2 GHz, dont les licences actuelles, détenues par Viasat et EchoStar, expirent en mai 2027. Or SpaceX a racheté en 2025 une partie du spectre d’EchoStar, et les licences européennes de ce dernier doivent lui être transférées en 2027, selon le site spécialisé Light Reading. Pour garder la main sur ces fréquences, la Commission européenne a proposé en mai, la Commission européenne a proposé en mai de découper la bande en trois parts égales : une pour les communications gouvernementales, intégrée à la constellation IRIS², une réservée aux nouveaux entrants européens et une ouverte à tous, Starlink compris. C’est la part européenne que vise le quatuor. Le texte doit encore être adopté, et l’attribution des nouveaux droits n’est pas attendue avant 2029.
L’alliance n’est pas dénuée de paradoxes. La lettre d’intention des quatre opérateurs « ne remplace pas les partenariats satellitaires existants », et ils sont nombreux. Deutsche Telekom a signé avec Starlink pour un lancement en 2028, Vodafone partage une coentreprise avec l’américain AST SpaceMobile, et Orange, qui vend déjà son option Message Satellite, travaille aussi avec AST. Seulement, aucun d’eux n’a seul la puissance de feu de SpaceX, qui vient encore de racheter pour près de 8 milliards de dollars de fréquences aux États-Unis. En s’alliant, les opérateurs évitent surtout que Starlink ne vende un jour ses propres forfaits mobiles en se passant d’eux.
Washington brandit la menace
Le projet européen irrite déjà les États-Unis. L’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, Andrew Puzder, a averti dans le Financial Times que les entreprises européennes présentes aux États-Unis pourraient subir des représailles « dévastatrices » si Bruxelles restreignait l’accès de Starlink à ces fréquences. La Commission assure de son côté que son projet reste ouvert aux acteurs non européens.
Pour les abonnés, l’enjeu concerne surtout les zones blanches, la montagne, la mer et les situations où les antennes terrestres tombent en panne. Il faudra toutefois s’armer de patience : trouver un partenaire satellitaire, de préférence européen, ne sera pas simple, alors qu’IRIS² n’est pas attendu avant 2030.
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Source : Orange

