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“Nous allons nouer des liens forts pour bâtir un réseau européen”

Pour que 2002 soit une année de conquête d’audience, le quotidien remodèle sa formule, peaufine une stratégie internet rentable et vise l’entrée en Bourse.

Jean-Marie Colombani a été réélu à la présidence du directoire de la SA Le Monde en 2000. Croissance externe, indépendance du titre, Bourse, internet, télévision… Il explique au Nouvel Hebdo ses priorités. Des chantiers assez nombreux pour occuper, et largement, les six années de son nouveau mandat.Comment va Le Monde ? Le Monde subit des vents contraires affectant tous les titres de presse, dus au ralentissement économique, mouvement directement importé des États-Unis. Notamment par un certain nombre de grands groupes qui pensent américain avant de penser européen. Je trouve cette situation tout à fait dommageable. Je regrette que le gouvernement n’ait pas su prendre à temps des mesures d’accompagnement de la croissance qui auraient permis d’enrayer ce processus au moment où nous l’avons vu naître. Pour nous, cela signifie la chute de la recette publicitaire. L’augmentation de votre prix de vente à la rentrée constitue-t-elle une mesure de sauvegarde ? L’augmentation de notre prix de vente corres-pond d’abord à l’augmentation de 27 % du prix du papier. En même temps, nous sortons d’une période de cinq ans de stabilisation de notre prix de vente. Ce réajustement était, de toute façon, nécessaire. S’il était complet, nous passerions à 7,97 francs au lieu de 7,90 (soit 1,20 euros). Nous repartons pour une période de stabilité de cinq ans. Par ailleurs, toute une série de mesures de compression de dépenses sont engagées.Comment comptez-vous vous développer ? Il y aura trois temps forts en 2002. Le premier sera un relancement promotionnel lié à une révision de la formule : elle sera plus visible, plus accessible, plus simple et plus riche avec des nouveautés éditoriales. Ensuite, il y a les deux consultations électorales. Enfin, il y aura un supplément de fin de semaine à un moment que nous n’avons pas encore décidé. Tout cela parce que 2002 doit être, pour nous, une année de fortes conquêtes en termes d’audience. Après Le Midi Libre, après Courrier International, avez-vous vocation à vous agrandir encore ? Oui. Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. Nous allons poursuivre la mise en place de partenariats internationaux. À l’étranger, nous nouerons des liens forts. Il y a déjà des liens forts avec La Stampa, El País, le groupe Edipresse [éditeur notamment de La Tribune de Genève, ndlr]. Prochainement nous aurons des accords éditoriaux avec la Südeutsche Zeitung. C’est la volonté de construire un réseau européen. Nous avons pris des participations. Il y en aura peut-être d’autres. Il n’est pas exclu que nous rentrions dans le capital d’un titre étranger, de même qu’El País est dans le capital du Monde et du Midi Libre. Le but, c’est d’avoir un réseau de partenaires fiables.Les partenariats dont vous parlez prennent-ils des formes concrètes ? Un exemple : en janvier 1999 naissait Eurofonds, supplément trimestriel qui permet aujourd’hui à six grands journaux européens de publier un palmarès européen des Sicav grâce à un modèle mathématique original qui permet notamment d’apprécier les risques pris par les gestionnaires de fonds. D’ici à la fin de l’année, Eurofonds permettra aux sept millions de lecteurs, et aux quelques millions d’internautes que totalisent nos titres, d’avoir accès à la plus complète des bases de données européennes, la première à donner des informations sur les valeurs liquidatives des Sicav au jour le jour, et également enrichie d’une base d’articles sur les fonds, les secteurs et les zones géographiques où ils sont investis. Ce service multilingue sera complété d’informations juridiques, fiscales, etc.Alors comment dans le principe financer cette croissance externe sans toucher à votre indépendance ? La discussion est ouverte avec les sociétés d’actionnaires, au premier rang desquelles prennent place les sociétés de personnels. Pour ces dernières nous voulons améliorer leurs positions relatives dans le capital de la maison. Nous voulons sanctuariser le niveau de contrôle et nous introduire en Bourse. L’augmentation de capital stricto sensu modifierait le rapport de forces. C’est impensable. L’endettement serait déraisonnable. En revanche, une opération en direction des marchés boursiers nous permettra de recueillir l’argent nécessaire à notre développement tout en restant parfaitement indépendants. Nous voulons être prêts à la fin de l’année. Nous travaillons sur tous les aspects pour que la maison ne coure aucun risque. Nous irons chercher 20 à 25 % sur le marché. Nous ne serons pas extravagants dans notre valorisation ou dans nos promesses. Il ne peut pas y avoir de hiatus entre celles-ci et les engagements que je prends vis-à-vis de la maison. La chaîne de télévision parisienne sur le canal 35 est-elle toujours d’actualité ? Il y aura Le Monde, Le Point, le groupe Hachette, Le Figaro et peut-être un cinquième acteur, Libération, au sein d’une société commune. Avec éventuellement un passage au numérique hertzien le moment venu. Nous sommes assez peu entendus d’une partie du CSA, qui reste très sensible aux arguments des grandes chaînes.Votre stratégie internet est toujours prioritaire ? Oui. Nous sommes devenus le premier site de presse en France avec 18 millions de pages vues et 150 000 connexions par jour. ça coûte cher, mais nous allons passer à la phase 2 : la mise sur pied d’une stratégie commerciale. Nous allons vendre des services et des contenus. Nous avons commencé. Il y aura des contenus audio et vidéo. Nous visons l’équilibre en 2004.

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Philippe Bonnet