Emmanuel Macron a annoncé le 7 septembre la création d’un festival international du jeu vidéo, lors du Sommet Lumière de Saint-Paul-de-Vence, coprésidé avec son homologue sud-coréen Lee Jae-myung. Selon BFM Tech, qui révèle le projet, Montpellier tiendrait la corde pour accueillir une première édition en été. L’Élysée, de son côté, ne confirme ni la ville, ni le calendrier, ni le moindre budget.
Le jeu vidéo entre dans l’exception culturelle française
Le chef de l’État veut faire entrer le jeu vidéo dans « l’exception culturelle française », au même titre que le cinéma, et décrit un grand rendez-vous mondial réunissant la création, les joueurs et l’industrie. L’annonce s’accompagne d’un partenariat culturel franco-coréen chiffré à un milliard d’euros sur cinq ans, dont les contours restent tout aussi flous.
Parce que les jeux vidéo font partie de notre culture, nous allons créer un festival international du jeu vidéo. pic.twitter.com/45g7UYfOzk
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) September 7, 2026
La France dispose déjà d’outils dédiés à sa filière, du crédit d’impôt jeu vidéo aux financements France 2030, mais d’aucun événement d’envergure mondiale. Le choix de Montpellier aurait sa logique : la ville héberge un studio Ubisoft historique et un solide tissu d’indépendants. Pour le reste, le dossier est vide. Ni format grand public ou professionnel, ni gouvernance, ni financement : aucun de ces points n’est arbitré, et la piste estivale reste au conditionnel.
Un créneau introuvable et une filière qui licencie
Le problème tient en une ligne : il n’y a plus de place. Le Summer Game Fest ouvre l’été début juin à Los Angeles, la Gamescom le referme fin août à Cologne, en revendiquant cette année encore des records d’exposants et de visiteurs. Un festival estival français viendrait donc se glisser entre deux mastodontes. À l’automne, la Paris Games Week occupe le terrain national du 22 au 25 octobre, avant que les Game Awards, devenus la grande vitrine mondiale des annonces, ne verrouillent décembre.
Le précédent le plus parlant reste l’E3. Longtemps salon le plus puissant de la planète, il n’a pas survécu à la pandémie et a été officiellement enterré en 2023. Les éditeurs ont basculé leurs annonces vers le tout numérique, Nintendo Direct et State of Play en tête, et réservent désormais leurs démonstrations à des sessions privées pour la presse et les influenceurs. L’industrie a déserté (ou déjà consolidé dans le cas de la Gamescom et les Game Awards) le modèle même que la France veut ressusciter.
Le contraste avec l’état de la filière achève le tableau : Ubisoft, poids lourd national du secteur, a supprimé au moins 200 postes à son siège français depuis janvier, avant de menacer 380 postes supplémentaires en juin et de fermer ses studios de Belgrade et Winnipeg. Le Sénat s’est saisi en juillet de ces licenciements en série dans une industrie pourtant soutenue par l’argent public. Le marché français, lui, se porte bien : 5,8 milliards d’euros en 2025, en hausse de 2,9 % selon le SELL. La richesse se lit dans les ventes, pas dans les studios qui fabriquent les jeux.
En attendant, le seul rendez-vous garanti des joueurs français reste la Paris Games Week en octobre : le Cannes du jeu vidéo, lui, cherche encore sa Croisette, son tapis rouge et son budget.
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Source : BFM Tech

