Vedette du salon Batimat il y a un mois, l’australien Hadrian X résume dix ans de robots maçons restés, pour la France, des animaux de salon. Fin octobre, le WLTR, développé par le groupe tchèque GreenBuild avec le fabricant de matériaux Wienerberger et KM Robotics, est passé aux travaux pratiques : une semaine d’essais grandeur nature sur Scale One, la plateforme que Bouygues Construction vient d’inaugurer à Chilly-Mazarin, dans l’Essonne. Un premier chantier en conditions réelles pourrait suivre dès début 2027.
Un maçon de 2,5 tonnes piloté à la tablette
La machine tient de l’imprimante grand format qui aurait troqué l’encre contre la terre cuite. Son bras saisit deux briques à la fois sur leur palette, les encolle de deux cordons de mousse en guise de mortier, puis les aligne au millimètre en suivant le plan numérique du bâtiment. Un opérateur surveille l’ensemble sur sa tablette, pendant qu’un aide gère l’approvisionnement et les finitions.

Sur le papier, la cadence grimpe jusqu’à 10 m² de mur par heure, 7,5 m² en moyenne, pour des parois qui culminent à 3,50 m. Le bras soulève surtout sans sourciller des blocs de 52 kg, la part du métier qui abîme le plus sûrement les dos, le tout pour 1,5 kW, la consommation d’une bouilloire. Il réclame en échange du courant triphasé, une arrivée d’eau, un espace dégagé le long du mur et des briques à son format, une gamme Porotherm dessinée pour sa pince.
Le premier essai hors de Tchéquie date de fin 2024, avec environ 300 m² de murs montés en six jours sur un entrepôt autrichien. Une douzaine d’exemplaires tournent depuis en Europe centrale, de la Tchéquie à la Pologne, plus de 40 000 m² au compteur, et les gammes de blocs compatibles sortent d’usines d’une demi-douzaine de pays, Royaume-Uni compris. À Budapest, l’un d’eux a signé le gros œuvre d’une maison de 100 m² en moins de trois jours, une première résidentielle pour la Hongrie.
Cinq maçons remplacés ? Le chantier dit plutôt un
L’équivalent d’une équipe de cinq personnes : la promesse figure en toutes lettres dans l’argumentaire du fabricant. À Kladno, près de Prague, le groupe de construction PORR fait travailler un WLTR depuis 2025 sur un ensemble de 371 logements. Son bilan d’étape, publié cet été, retient une productivité comparable à celle d’un seul maçon expérimenté, avec deux personnes mobilisées en continu autour de la machine. Au rang des avantages tout de même : la qualité d’exécution ne bouge pas du premier au dernier rang de briques. Découpes, ouvertures et ancrages demeurent du ressort de l’équipe, et le patron du groupe, Karl-Heinz Strauss, préfère prévenir que construire « est et restera une affaire d’humains ».
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En France, la construction alignait cette année 143 000 projets de recrutement, dont 65 % jugés difficiles à pourvoir, un record, et les maçons figurent parmi les profils les plus recherchés. Le secteur peine donc à recruter, ce qui laisse de la latitude pour une machine qui absorbe le port des charges les plus lourdes, même au rythme d’un seul maçon. Les majors françaises ne partent d’ailleurs pas de zéro : Bouygues Construction expérimente déjà des robots de perçage pour limiter la pénibilité sur ses chantiers.
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Source : Le Parisien

