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« 11 milliards de données » : ce moteur de recherche pirate fiche des millions de Français

La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, vient de saisir la justice française contre BrixHub. Ce moteur de recherche pirate référence des données personnelles issues de piratages et de cyberattaques, dont des adresses, des numéros de téléphone, ou des numéros de sécurité sociale. Le site propose ensuite d’effacer les données piratées en échange d’un paiement. Dans la base de données, on trouve des informations des millions de Français, dont des personnalités politiques.

« Aucune plateforme n’est au-dessus des lois. ». Ce lundi 5 octobre 2026, Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique, a annoncé saisir la justice contre BrixHub, le site pirate qui permet de retrouver, en quelques clics, des informations personnelles volées à des Français. La ministre a effectué un signalement auprès du procureur de Paris, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Cet article oblige un responsable public à informer la justice dès qu’il a connaissance d’un possible délit.

Le nouveau Google des fuites de données

En miroir de Searcher, qui a fait beaucoup parler de lui au début de l’été, BrixHub peut être considéré comme le Google des fuites de données. En clair, il suffit de saisir un nom et un prénom pour mettre la main sur des données personnelles, directement issues de cyberattaques. On peut y trouver des numéros de téléphone, des adresses, des numéros de sécurité sociale ou encore des relevés d’identité bancaires RIB. Des personnalités, comme Marine Tondelier, Jordan Bardella ou Kylian Mbappé, sont répertoriées sur le site.

Consulté par 01net, BrixHub revendique plus de 11 milliards de données sur la France, la Belgique, la Suisse et « bien d’autres » pays. Le site va même jusqu’à proposer un arbre généalogique complet pour chaque personne répertoriée. Le site rapproche en effet les personnes qui portent le même nom et vivent dans la même zone. Automatiquement, le moteur cherche à regrouper les individus qui résident dans le même foyer, notamment en fonction de leur adresse. On a réalisé plusieurs recherches sur des proches ou des personnalités publiques, et nous sommes tombés sur une montagne d’informations confidentielles.

Chaque fiche mise au point par BrixHub indique clairement les sites dont proviennent les données. Parmi les sources, on trouve Facebook, Canva, Engie, ou Pajemploi. La plupart des données proviennent néanmoins directement des cyberattaques qui ont secoué la France ces deux dernières années. Certaines des données volées proviennent même d’agences gouvernementales françaises compromises par des hackers, dont FranceConnect, l’ANTS, ou France Travail. Ces données ont été volées, puis revendues ou diffusées sur le dark web, avant d’être récupérées et répertoriées par les développeurs de Brixhub.

Le cabinet de la ministre évoque de son côté de « probables piratages de systèmes de traitement automatisé de données à caractère personnel, de sociétés commerciales ». Le parquet devra examiner des faits d’« accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données », mais aussi d’« extraction et détention frauduleuse des données informatiques ».

Comme Searcher avant lui, BrixHub se défend de faire quoi que ce soit d’illégal. Le site, massivement relayé sur les réseaux sociaux, assure interroger « plus de 11 milliards d’enregistrements issus de fuites de données déjà rendues publiques, françaises et internationales ». Pour la justice française, l’activité de Brixhub peut être qualifiée de recel de données, une pratique interdite par la loi.

À lire aussi : Cyberattaque contre la Région Hauts-de-France – les RIB de 700 000 Français compromis

Payer pour effacer ses données

BrixHub cherche évidemment à gagner de l’argent avec les données en sa possession. La plateforme met en avant une offre « Brixhub pro », qui donne accès à davantage d’informations compromises, à partir de 10 euros par mois. Par ailleurs, les personnes fichées par Brixhub sont invitées à demander la suppression de leur fiche, moyennant finance. Le système fonctionne par crédits payants. Chaque crédit permet, soit-disant, d’effacer une fiche de la base de données. La première offre démarre à 5 euros pour 10 suppressions de fiches de données. 

« Aux personnes concernées, ne payez jamais pour faire retirer vos données », déclare Anne Le Hénanff, avant d’ajouter que « ceux qui font commerce de nos données devront répondre de leurs actes ».

Notez qu’il n’est pas possible de s’assurer que les développeurs de Brixhub tiennent parole et suppriment bien les données des personnes fichées qui passent à la caisse. Par ailleurs, la plateforme n’est évidemment pas en mesure de supprimer toutes les données concernant une personne sur le dark web. Bref, les individus fichés paient bien sûr pour rien…

Pourquoi « lookups » se multiplient en France

BrixHub est loin d’être un cas isolé. Fin septembre, un autre moteur de recherche pirate s’est mis à donner accès aux numéros de téléphone de plusieurs candidats à la présidentielle. Ces plateformes, appelées « lookups » par les experts en cybersécurité, se nourrissent de la multiplication des fuites en France. Les sites pirates ont évidemment de la matière pour alimenter leurs répertoires. En effet, près de la moitié des Français ont été piratés cette année, estime le 3ᵉ baromètre publié par Cybermalveillance, la plateforme de cybersécurité de la France.

Pour les escrocs, ces moteurs sont du pain béni. Avec votre nom, votre adresse, votre numéro de téléphone et votre RIB, un fraudeur peut monter des arnaques particulièrement crédibles, susceptibles d’endormir votre vigilance. Ces arnaques peuvent aboutir à des virements frauduleux ou à des vols de coordonnées bancaires. Si vous trouvez notre nom sur Brixhub, on vous conseille de redoubler de prudence.

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