Plus de 70 % de notre planète est recouverte par les océans, mais la majeure partie reste un angle mort pour les scientifiques. Si le programme international Argo déploie déjà 4 000 flotteurs à travers le globe, la grande majorité d’entre eux se limite à des profondeurs comprises entre 2 000 et 4 000 mètres. Or, environ 10 % du réchauffement total des océans se produit sous le seuil des 2 000 mètres, créant un manque important de données. Pour combler cette lacune, l’Ifremer a fait plonger ses prototypes baptisés Deep-6000.
Des abysses sous haute surveillance
Entre le 11 janvier et le 2 février, les deux prototypes français ont réalisé cinq cycles complets de plongée à 6 000 mètres de profondeur au nord des Antilles. Ces missions permettent à la France de rejoindre le cercle très fermé des pays capables de concevoir des profileurs Argo pour ces profondeurs extrêmes, derrière les États-Unis et la Chine. D’ici 2028, une flotte de trente de ces machines rejoindra le réseau mondial pour couvrir plus de 98 % du volume océanique.
Chaque appareil fonctionne selon un cycle bien rodé de dix jours. Largué depuis un bateau, il descend en profondeur, dérive pendant neuf jours, mesure les données pendant trois heures lors de sa phase de profil, puis remonte à la surface pour transmettre ses relevés par satellite. Ces engins mesurent en temps réel la température, la salinité, l’oxygène et la pression de l’eau. Ces précieuses informations permettront aux climatologues de suivre la propagation de la chaleur et du carbone stockés dans les grands fonds, d’affiner les modèles de prévision et de mieux comprendre l’impact sur la montée du niveau de la mer.
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Un défi d’ingénierie face à la pression extrême
Concevoir un robot capable de résister à la pression colossale des abysses (environ 600 fois la pression de surface à 6 000 mètres) a nécessité de faire certains choix techniques. L’équipe de développement de l’Ifremer, basée à Plouzané dans le Finistère, a privilégié un matériau composite plutôt que le titane pur pour façonner les coques des flotteurs. Ainsi, chaque appareil pèse environ 40 kg, soit le double d’un flotteur Argo classique, pour garantir sa robustesse sous l’eau.
« Le principal défi consistait à concevoir un système capable de résister aux pressions des grands fonds marins, d’être autonome en énergie pour rester
opérationnel pendant sept ans et de maîtriser les coûts », explique Xavier André, responsable du développement technologique des profileurs à l’Ifremer.
La fabrication en série de ces prototypes sera assurée par nke Instrumentation à Hennebont (dans l’ouest du Morbihan), tandis que le superordinateur Datarmor de l’Ifremer stockera les précieuses données récoltées. L’objectif affiché est de maintenir ces équipements opérationnels pendant sept ans malgré des conditions d’utilisation d’une rudesse extrême.
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Source : Ifremer

