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Un laboratoire bien dans la note !

Pour restaurer et conserver ses instruments de musique, le laboratoire de recherche et de restauration du Musée de la musique tire profit de l’informatique et des nouvelles technologies.

Quiconque manipule un instrument de musique doit prendre des gants… Et dans ce labo, ce n’est pas seulement une clause de style : il faut effectivement d’abord en enfiler une paire pour faire pivoter cette kinnari-vina en cours de restauration, un précieux instrument à cordes indien de la fin du XIXe siècle.Etendue sur un grand chariot piloté avec précaution par un manutentionnaire en blouse blanche et protégée par un drap blanc, une guitare électrique Jacobacci des années 1960 fait son entrée. Elle va subir des analyses car son vernis, un nitrate de cellulose, vieillit mal. Lumière au néon, paillasses, fioles, appareillage d’observation et écrans d’ordinateur… le décor évoque plutôt l’hôpital high-tech que l’atelier du luthier. Si les protocoles de sécurité y sont aussi stricts, c’est pour préserver non seulement l’apparence des instruments mais aussi pour les garder jouables. “Aucun accident depuis l’ouverture du Musée de la musique !”, peut se féliciter Stéphane Vaidelich, directeur du laboratoire.

En plein champ d’investigation

Ouvert en 1997 dans la Cité de la musique, près de la Grande halle de La Villette à Paris, le Musée détient aujourd’hui quelque 7 000 instruments dont 800 à 850 sont présentés au public. Du plus ancien, une flûte en os de vautour datant de 2 500 ans av. JC, au plus moderne, tous sont passés, passent ou passeront par le laboratoire.“C’est une plaque tournante entre différents métiers et champs d’investigation. L’un des rares lieux où l’on peut traduire en termes scientifiques des problèmes de conservation et de restauration d’?”uvres”, explique Stéphane Vaiedelich, qui dirige une équipe multidisciplinaire de quatre personnes dont un ingénieur de recherche.La perspective de l’achat d’une pièce, le prêt ou le séjour temporaire d’un instrument en vue d’une exposition ou de sa restauration forment autant d’occasions de solliciter leur expertise. La mise en ?”uvre d’une nouvelle technique d’investigation en fournit une autre. Ainsi, l’acquisition, en 2000, d’un dispositif portable d’analyse par fluorescence X a permis d’affiner la description de nombre d’instruments et d’en déduire des méthodes de conservation, voire de restauration. Relié à un PC qui affiche à l’écran un spectrogramme, cet appareil permet d’identifier les éléments constitutifs de la majorité des composés non organiques des pigments utilisés pour les objets peints. Il est aussi utilisé pour quantifier la composition des alliages métalliques des instruments à vent. “L’avantage de cette analyse est qu’elle est absolument non destructive, alors qu’autrefois il aurait fallu prélever un échantillon et donc endommager l’?”uvre”, souligne Jean-Philippe Echard, ingénieur de recherche et chimiste de formation.Produit de la médecine hospitalière, le fibroscope électronique contribue également à approfondir le diagnostic. La caméra microscopique fixée au bout de la fibre optique, qui véhicule la lumière en même temps que l’image, ausculte l’intérieur de l’instrument, révélant sa structure ainsi que d’éventuelles restaurations antérieures. Le fibroscope électronique peut aussi être utilisé en macrophotographie pour observer les détails extérieurs de l’instrument, en lumière rasante si nécessaire. Sur l’écran du PC auquel est relié le fibroscope, les images filmées s’affichent en temp réel.

Un catalogue imposant

Une fois capturées, certaines seront jointes au dossier de l’instrument que tout internaute peut consulter.“L’informatique est présente à tous les étages du Musée de la musique. Il a d’ailleurs été l’un des premiers à mettre en ligne toute sa collection”, rappelle Stéphane Vaiedelich. Un catalogue qui représente une imposante base de données de quelque 12 000 photos numérisées.L’évolution des technologies retentit aussi sur les méthodes d’investigation : “La scannérisation en 3D des instruments figure parmi les directions explorées”, avance Stéphane Vaiedelich, qui y voit un moyen supplémentaire d’observation des pièces internes des instruments. Un moyen aussi de faire progresser la précision des dessins techniques dont ont besoin musicologues et facteurs d’instrumentsVisites du laboratoire : Samedi 23 mars et dimanche 24 mars, des visites du laboratoire de recherche du musée de la musique sont organisées à l’occasion du forum “guitares électriques-guitares éclectiques“.

www.cite-musique.fr

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Véronique Balizet