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Quad9 : le résolveur DNS annonce quitter la France

La fondation Suisse Quad9 vient d’annoncer qu’elle mettra fin à son service gratuit de résolution DNS en France. Un départ précipité par une décision de justice défavorable rendue après une action menée par le réseau de chaînes sportives BeIN.

À compter du 24 novembre prochain, Quad9 cessera de fournir ses services aux utilisateurs français. La fondation suisse à but non lucratif, qui fournit gratuitement un service de résolution DNS récursive, vient de l’annoncer officiellement dans un communiqué mis en ligne sur son site Web.

BeIN Sports obtient une décision défavorable à Quad9

Le retrait annoncé de Quad9 en France fait suite à une décision judiciaire défavorable au service dans un litige intenté par le groupe qatari de chaînes sportives BeIN Sports. La justice française a en effet ordonné le blocage de la résolution DNS d’une longue liste de noms de domaines accusés de pirater les retransmissions sportives pour les diffuser gratuitement en ligne.

Quad9, qui avait initialement été sommée de payer 580 000 euros par jour d’astreinte financière, a vu sa pénalité ramenée à 1000 euros par jour. Mais la fondation estime que l’accumulation de ces sanctions, combinées à ses frais d’avocats ainsi qu’à de nombreuses autres procédures judiciaires similaires toujours en cours sur le territoire français, lui ferait courir un risque existentiel.

Quad9, qui fournit son service gratuitement et sans inscription, explique les difficultés et le caractère disproportionné de cette demande de mise en conformité par la justice. La fondation ne dispose d’aucune base de données recensant l’identité de ses utilisateurs, ce qui complique la mise en place d’un blocage ciblant strictement d’utilisateurs résidents en France.

La fondation rappelle à cette occasion que le filtrage d’IP par géolocalisation a déjà été contourné par le passé, dans un contentieux qu’elle a eu il y a quelques années avec Sony Music en Allemagne. Quad9 refuse par ailleurs d’appliquer à un blocage mondial des domaines demandés par la justice française, estimant que cela reviendrait à appliquer une décision de justice française à l’ensemble des internautes de la planète.

Quad9 rappelle par la même occasion que la résolution DNS récursive est un service technique neutre et passif et qu’elle refuse par principe d’altérer les réponses DNS qu’elle fournit à ses utilisateurs.

Le blocage DNS, une solution inefficace contre le piratage

Quad9 souligne également que le blocage des requêtes DNS n’a rien d’une solution viable dans la lutte contre les contenus illicite. Car ce blocage ne supprime pas les contenus à la source, là où ils sont hébergés. N’importe quel internaute peut en effet basculer vers d’autres résolveurs ouverts (il en existe des milliers d’autres), ne procédant à aucun blocage.

La marche à suivre pour changer de résolveur DNS, et donc contourner les mesures de blocage qu’elle impose à Quad9, n’a rien de très sorcier, que vous utilisiez Windows, macOS, Android ou iOS.

« Permettre à des sociétés privées de filtrer ce qui est accessible sur internet constitue à nos yeux une dérive dangereuse. Des démarches qui paraissent aujourd’hui ciblées et exceptionnelles ouvriront demain la voie à une avalanche de demandes intempestives visant à étouffer des contenus politiques, religieux, économiques ou sociaux. Nous refusons d’être les rouages, même minimes, d’une telle dégradation de la liberté du savoir. Une fois instaurés, les outils de censure sont rarement utilisés avec modération ou justice » s’émeut la fondation Quad9 dans son communiqué.

Un gros impact pour les utilisateurs en France

Pour les utilisateurs français, la retrait de Quad9 pourrait avoir des conséquences importantes. D’une part, ils ne bénéficieront plus de la protection contre les cybermenaces (Quad9 propose un filtrage des logiciels malveillants et des pages frauduleuses connues pour s’adonner au hameçonnage). D’autre part, un certain nombre d’infrastructures françaises pourraient être directement touchées par la fin des services de résolution DNS de Quad9.

La fondation rappelle en effet que son DNS est utilisé en France par des services de l’État et des agences publiques (DINUM, France Travail, CEA Paris Saclay, Institut Pasteur), par l’enseignement supérieur et la recherche ( réseau RENATER, assos étudiantes des grandes écoles dont CentraleSupélec, ENS Paris Saclay), par des entreprises de Santé et de transports (hôpitaux de Marseille, SNCF), dans l’industrie et l’énergie (EDF, Thales Services Numériques, Dassault Systèmes), ou encore par certaines collectivités territoriales.

Quad9, qui espère qu’un délai de trente jours sera suffisant à ses utilisateurs pour basculer vers un autre service de résolution DNS a toutefois indiqué avoir fait appel de cette décision. Son retrait annoncé du territoire français ne signifie donc pas que le litige est définitivement clos. Si la fondation n’a pas baissé les bras dans ce combat juridique, elle indique n’avoir que des ressources limitées et a lancé un appel au don pour faire face aux frais juridiques engagés.

En attendant un éventuel revirement de situation Quad9 invite tous ses utilisateurs français à dire à leurs « députés que la résolution de noms de domaine n’est pas un délit. » et suggère également d’interpeller l’ARCOM devant une décision qui « met la France en danger tant sur le plan pratique que stratégique ».

 

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Par : Opera

Source : Quad9