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Match PSG/OL, concert Black Eyed Peas… Voici ce que l’on sait du système de vidéosurveillance augmentée (VSA), déployé à Paris

La VSA, la vidéosurveillance augmentée aux algorithmes, sera déployée ce week-end à Paris lors du match PSG-OL et du concert des Black Eyed Peas : deux arrêtés, qui viennent d’être publiés, en précisent les modalités.

Si vous comptez assister, le week-end prochain, au concert des Black Eyed Peas, ou au match qui opposera le PSG à l’Olympique Lyonnais, votre image pourrait être traitée par le tout nouveau dispositif de VSA (pour vidéosurveillance algorithmique). Cette technologie controversée a été autorisée pour la première fois l’année dernière en France – une première en Europe – par la loi relative aux Jeux olympiques du 19 mai 2023, malgré l’alarme de nombreuses associations de défense des droits civils et de politiques.

Deux arrêtés, repérés par l’association de défense des droits numériques la Quadrature du Net et son outil automatisé Attrap’Surveillance ce mercredi 17 avril, viennent d’être publiés. Ils autorisent l’utilisation de la VSA pour ces deux événements, une semaine après la publication d’un rapport sénatorial assez critique sur le sujet. Concrètement, la VSA est autorisée pour :

  • le match de football de Ligue 1 entre le Paris Saint-Germain et l’Olympique Lyonnais, qui aura lieu au Parc des Princes le dimanche 21 avril,
  • le concert des Black Eyed Peas à la Défense Arena du samedi 20 avril.

Pour le match de foot : 118 caméras scruteront deux gares parisiennes

Pour le match de football, la SNCF et la RATP sont autorisées à « mettre en œuvre le traitement algorithmique dénommé Cityvision et développé par la société Wintics du 19 au 22 avril 2024 » sur « les images issues des 118 caméras installées en gare de Paris-Gare de Lyon et du Pont du Garigliano », selon l’arrêté.

Le dispositif n’autorise pas la reconnaissance faciale, mais repose sur la détection « d’événements anormaux ». L’autorisation préfectorale précise que la VSA devra détecter quatre événements :

  • le franchissement ou la présence d’une personne dans une zone interdite ou sensible
  • une densité trop importante de personnes ;
  • un mouvement de foule ;
  • la présence d’objets abandonnés

Les enregistrements seront conservés douze mois. 31 affiches seront installées aux entrées et sorties des zones d’expérimentation dans les deux gares, afin de prévenir les personnes filmées par des caméras augmentées.  

Pour le concert, deux stations de métro concernées

L’autorisation de VSA pour le concert des Black Eyed Peas s’appliquera du 20 avril à 14H au 21 avril 2024 à 6H. Cette fois, ce sont les images issues des caméras des stations de Nanterre Préfecture (ligne RER A) et de La Défense Grande Arche (Ligne RER A + ligne Métro 1) qui seront passées au crible du même traitement algorithmique (Cityvision), par la Régie autonome des transports parisiens, détaille l’arrêté du 17 avril.

Il s’agira des 2ᵉ et 3ᵉ essais de VSA sur le sol français : une première expérimentation a déjà eu lieu les 3 et 5 mars autour de Bercy, pour les concerts de Depeche Mode : un point qui avait été relevé dans le rapport sénatorial de la semaine dernière, très critique sur la mise en place de cette technologie, présentée comme indispensable pour assurer la sécurité, mais qui n’a pour l’instant pas prouvé son efficacité.

La technologie n’a pas fonctionné lors de la 1ère expérimentation, selon le rapport sénatorial

Lors de la présentation de ce rapport, la sénatrice Agnès Canayer (Les Républicains), rapporteure du texte, a expliqué sur Public Sénat avoir assisté à cette première expérimentation et avoir compris « que nous étions loin de l’objectif (de sécurisation, NDLR) annoncé. La vidéosurveillance augmentée ne sera pas optimum au moment des Jeux olympiques », car les algorithmes n’auraient pas assez été entraînés. « Les JO seront donc un terrain de jeux pour expérimenter cette vidéoprotection augmentée. Les JO ne sont donc pas la finalité, mais le moment de tester l’utilité de cette nouvelle technologie ».

La sénatrice réitère devant le Sénat, le même jour : « Nous avons compris, lors du concert de Depeche Mode ayant servi d’expérimentation, que l’outil ne fonctionnait pas. Les Jeux olympiques offriront un terrain d’expérimentation supplémentaire, mais en aucun cas il y a là un moyen de sécurisation ».

Pourquoi cette technologie est critiquée ?

La loi relative aux JO de Paris de mai 2023 a autorisé l’expérimentation controversée de caméras dites intelligentes avant, pendant et après les compétitions. Pour rappel, ces caméras couplées à des systèmes de détection algorithmiques pourront scruter la foule, collecter et analyser les images avant d’alerter les forces de l’ordre si un « comportement anormal » est repéré. Les forces de l’ordre pourront alors décider d’agir ou pas.

Cette technologie est vivement critiquée par les défenseurs des droits car d’un côté, aucune étude n’a jamais prouvé son efficacité. De l’autre, elle est attentatoire aux libertés et disproportionnée, expliquait ce collectif d’organisations internationales l’année dernière : « ces mesures de surveillance introduites (…) impliquent des risques inacceptables par rapport à plusieurs droits fondamentaux tels que le droit à la vie privée, le droit à la liberté de réunion et d’association et le droit à la non-discrimination ». Les spécialistes craignent aussi que l’expérimentation prise à titre d’exception (pour les JO de Paris), ne soit pérennisée – elle court jusqu’en mars 2025. La Quadrature du Net a précisé, dans son communiqué, qu’elle « s’apprêtait à répliquer ».

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Source : Arrêté du 17 avril


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