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L’IA pourrait s’intéresser de près à vos parties de jeux vidéo

Une jeune pousse de Cambridge aurait réuni le plus grand stock de parties de jeu vidéo jamais constitué. Ses clients visés : les laboratoires qui apprennent le monde réel aux robots et aux voitures autonomes.

Worldmodeldata aurait franchi la barre du million d’heures de jeu vidéo sous licence, avec trois mois d’avance sur l’objectif qu’elle s’était fixé pour la fin 2026. Fondée l’an dernier à Cambridge par Rhea Loucas, elle est sortie de l’ombre le 6 juillet avec une levée d’amorçage de 7 millions de livres, environ 8 millions d’euros, menée par le fonds Iona Star. Elle découpe des parties de jeu en manuels d’apprentissage pour les intelligences artificielles appelées à agir dans le monde physique, des bras d’usine aux voitures autonomes.

Ce qu’une manette apprend qu’Internet ignore

Chaque heure captée dans des titres tournant sous Unreal ou Unity embarque les images, les commandes du joueur et l’état exact du moteur de jeu, position des objets comprise, image par image. Les modèles de langage se sont gavés du texte du web ; les systèmes appelés à piloter une pince ou un véhicule ont besoin d’exemples qui lient un geste à sa conséquence, une matière quasi introuvable en ligne. Un modèle de monde, la famille d’IA visée par ces jeux de données, s’éduque comme un enfant devant une tour de cubes : il associe la poussée à la chute, puis généralise à tout ce qui se pousse.

Les plus grands ensembles de ce type plafonnaient jusqu’ici autour de 40 000 heures : le stock revendiqué multiplie l’ordre de grandeur par 25. V-JEPA 2, publié par Meta en juin 2025, a validé la recette : plus d’un million d’heures de vidéo digérées, puis un affinage avec 62 heures à peine de manipulations robotiques réelles. Le transfert vers le monde physique divise toutefois encore les chercheurs, la manipulation fine d’objets restant le principal point d’achoppement.

Vendre à tous les camps, le pari de Cambridge

General Intuition, son concurrent new-yorkais, a levé 454 millions de dollars et garde ses données pour entraîner ses propres modèles. Nvidia nourrit les siens avec Cosmos, un moteur maison qui reproduit la physique du monde réel plutôt que celle des jeux. Worldmodeldata prend le contre-pied en fournisseur neutre : sa matière première est à vendre à tous les laboratoires, sans modèle maison à défendre.

Au moment de sa levée, la jeune pousse d’une dizaine de personnes ne comptait aucun contrat client signé, un pari commercial encore entier. Elle s’est en revanche offert un président de poids en la personne de Lord Richard Allan, ancien responsable des politiques publiques de Meta.

Si la promesse technique tient, un constructeur automobile pourra simuler des millions de traversées de piétons sans faire rouler une seule voiture. Un fabricant de robots domestiques, lui, apprendra à ses machines à saisir un verre sans en briser des caisses. La CNIL consacrait dès mars un dossier aux modèles de monde et y pointait la provenance des données, et les droits qui vont avec, comme l’angle mort du secteur.

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