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Cyberattaque « opportuniste » contre les supermarchés français : des chercheurs évoquent « une réalité largement sous-estimée »

Suite aux cyberattaques contre les frigos de supermarchés, la société française Synacktiv alerte sur un risque « sous-estimé ». Selon les chercheurs, des équipements de réfrigération sont accessibles depuis Internet, parfois sans le moindre mot de passe. C’est potentiellement de cette manière que des pirates sont parvenus à faire surchauffer des centaines de frigos.

Des équipements industriels connectés, comme des frigos, peuvent être pris pour cible « avec une facilité déconcertante ». Synacktiv, une entreprise française spécialisée dans la cybersécurité offensive, réagit aux cyberattaques qui ont déréglé les frigos de centaines de supermarchés. Pour Synacktiv, la vague de cyberattaques met en lumière « une réalité largement sous-estimée ».

Des failles connues dans les systèmes de Danfoss

Dans une réaction adressée à 01net, l’entreprise assure que ses chercheurs « connaissent particulièrement bien ces systèmes ». Par le passé, les chercheurs de Synacktiv ont déjà identifié plusieurs vulnérabilités dans des équipements signés Danfoss, le groupe danois à l’origine de la cyberattaque contre les supermarchés. L’entreprise originaire du Danemark a en effet conçu les systèmes de régulation frigorifique qui ont été piratés dans la nuit du 11 au 12 décembre 2026, et qui ont été déréglés à distance par des cybercriminels.

Parmi les vulnérabilités épinglées par Synacktiv, on trouve une faille permettant de contourner l’authentification. Autrement dit, des pirates pouvaient se connecter à des systèmes sans avoir besoin du moindre identifiant. L’alerte est loin d’être récente. Trois ans avant la cyberattaque, Synacktiv a déjà découvert des vulnérabilités sur d’anciens systèmes de régulation Danfoss, les SM800 et SC255/SC355. « Le problème est loin d’être théorique », insiste Synacktiv.

Le CERT-FR, le centre gouvernemental de veille et de réponse aux attaques informatiques rattaché à l’Anssi, confirme d’ailleurs le problème. Dans une alerte publiée ce 12 octobre, il dit avoir connaissance de « nombreuses compromissions » des équipements Danfoss des séries AK-SM et AK-SC. En cause : des interfaces de gestion exposées sur Internet, ce qui est « contraire aux bonnes pratiques », rappelle l’organisme. Il recommande de déconnecter ces équipements d’Internet ou d’en filtrer strictement l’accès. En cas de piratage, les exploitants doivent réinitialiser les boîtiers, appliquer tous les correctifs disponibles et changer leurs mots de passe.

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Des frigos connectés sans mot de passe

Lors d’un audit réalisé récemment, les experts ont cette fois découvert des systèmes de réfrigération accessibles « directement depuis Internet, sans aucun mot de passe ». Pour mener une cyberattaque, il suffit donc théoriquement de trouver l’appareil en parcourant le réseau. Une fois à l’intérieur, un attaquant peut « arrêter les équipements ou modifier à distance les températures de conservation », ce qui peut avoir des impacts « potentiellement importants sur les marchandises et l’activité des magasins », prévient l’entreprise. C’est peut-être ce qu’il s’est passé lors de l’opération qui vient de semer la pagaille dans des centaines de magasins français.

Le chercheur en cybersécurité français Baptiste Robert affirme d’ailleurs avoir recensé 2 752 « systèmes » Danfoss accessibles en ligne. Plus de la moitié d’entre eux, soit 1 590, se trouvent en France.

D’après les recherches de Synacktiv, les équipements vulnérables sont aussi « parfois accessibles depuis les réseaux internes des magasins ». La société affirme avoir pu prouver ses dires lors de plusieurs tests réalisés dans différentes enseignes. Lors des expérimentations, un chercheur s’est s’introduit dans un lieu pour vérifier que les mesures de sécurité étaient à la hauteur.

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Une attaque « opportuniste »

À ce stade, les chercheurs privilégient l’hypothèse d’une « attaque opportuniste », menée en deux temps. Les cybercriminels auraient d’abord repéré les frigos de Danfoss grâce à des moteurs de recherche spécialisés, tel que Shodan. Ce type de moteur permet de retrouver des appareils connectés à Internet, comme des caméras, serveurs, ou des systèmes industriels. Ensuite, les attaquants auraient exploité des failles connues de Danfoss ou des identifiants faciles à deviner pour prendre le contrôle sur les interfaces de gestion. In fine, ils pouvaient envoyer les commandes qu’ils souhaitaient aux frigos de centaines de supermarchés. Les pirates ont alors activé à distance le mode de dégivrage, qui fait grimper la température au-delà des 50 degrés.

« La dispersion géographique des attaques semble conforter cette hypothèse », estime Synacktiv, qui reconnaît toutefois ne pas pouvoir confirmer le mode opératoire exact « à ce stade ».

Pour l’heure, la faille exploitée le 12 octobre n’a pas encore été identifiée. L’attaque n’a pas non plus été revendiquée. Danfoss s’est contenté d’indiquer que « la majorité des logiciels touchés sont obsolètes, et ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité ». On vous en dit plus dès que possible.

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