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Comment NSA et GCHQ ont espionné Wikileaks et pris en chasse Julian Assange

Les deux agences de renseignement ont épluché au peigne fin les membres et les sympathisants de Wikileaks. Julian Assange figure, par ailleurs, sur une liste de la NSA intitulée « hommes à abattre ».

L’espionnage politique a fait partie du travail quotidien à la NSA et les sympathisants de Wikileaks ont été parmi les premiers à en faire les frais. C’est ce que révèle aujourd’hui le site The Intercept, sur la base de documents d’Edward Snowden datant de 2010 et 2011. La NSA a actionné tout un ensemble de leviers pour pouvoir surveiller le site lanceur d’alertes et neutraliser son principal promoteur, Julian Assange.

Ainsi, les visites sur site ont été scrutées en détail par son partenaire britannique GCHQ, au moyen de programme de surveillance baptisé « Anticrisis Girl ». Celui-ci s’appuie sur un programme plus large, Tempora, qui permet aux agents de Sa Majesté de puiser directement dans les infrastructures télécoms de certains opérateurs (réseaux dorsaux, câbles sous-marins, etc.). Ainsi, ils peuvent savoir précisément qui consulte le site et quelle est son adresse IP. Les données sont ensuite regroupées sous forme d’indicateurs graphiques, au travers d’un logiciel open source d’analyse de données (Piwik).

On ne sait pas, en revanche, si cette surveillance a perduré dans le temps ou s’il ne s’agissait que d’un ballon d’essai pour démontrer la performance du programme de surveillance. Les documents suggèrent, en tous les cas, que Wikileaks était bien une cible permanente. Dans un échange confidentiel, les agents secrets de la NSA se sont demandés s’il était possible de considérer cette organisation comme un « acteur étranger malveillant », ce qui permettrait de pousser plus loin la surveillance. Anonymous et The Pirate Bay sont également cités dans ces échanges. La surveillance des hacktivistes masqués n’est pas une surprise : le 10 février, NBC avait déjà révélé l’acharnement du GCHQ sur les membres Anonymous.

Concernant Julian Assange, la situation est encore troublante. Le nom du lanceur d’alerte se retrouve dans une liste d’ « hommes à abattre » datant de 2010, aux côtés de terroristes, de trafiquants de drogues ou de leaders palestiniens. Baptisé « Manhunting Timeline », ce document détaille, pays par pays, les efforts effectués par les Etats-Unis ou leurs alliés pour localiser, poursuivre, capturer ou tuer certaines personnes. Pour Julian Assange, il est indiqué que les Etats-Unis ont fait pression sur certains de ses alliés pour les inciter à poursuivre en justice le leader de Wikileaks ainsi que les membres de son réseau. Les pays cités sont l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Islande. Contacté par The Intercept, la NSA explique qu’il ne s’agissait là simplement d’un « résumé d’article de presse »…  

Wikileaks veut contre-attaquer

En tous les cas, Julian Assange se sent clairement visé. « WikiLeaks condamne fermement le comportement sans foi ni loi de l’Agence nationale de sécurité. Nous appelons l’administration Obama à nommer un procureur spécial pour enquêter sur l’étendue de l’activité criminelle de la NSA contre les médias, notamment WikiLeaks », a-t-il réagi dans un communiqué, ajoutant : « La NSA et ses complices britanniques ne montrent aucun respect pour la règle de droit (…) Aucune entité, y compris la NSA, ne devrait être autorisée à agir en toute impunité contre les journalistes ». WikiLeaks indique avoir demandé à l’ancien juge espagnol Baltasar Garzon, qui assure la défense de Julian Assange et de son site, « de préparer la réponse appropriée ».

Lire aussi:

Julian Assange incite les hackers à infiltrer la CIA… pour mieux la combattre, le 30/12/2013
Le discours d’Obama sur la NSA sonne creux, selon Assange, le 17/01/2014

Source :

The Intercept

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Gilbert Kallenborn