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Interview : Alain Charriras de l'ADAMI

À l’image de Spotify, Deezer et Qobuz, les plateformes de streaming comptent aujourd’hui parmi les meilleures alternatives légales au téléchargement illicite. Mais leur avenir est menacé. L’un des grands noms du secteur, Jiwa, a ainsi dû fermer ses portes l’été dernier, s’estimant pris à la gorge par les majors. Alors que son chiffre d’affaire publicitaire s’élevait à 300 000 €, les maisons de disques exigeaient des droits d’accès au catalogue et des minimums garantis, additionnés, de près d’un million d’euros. Pour éviter les dérives et donner des chances à l’offre légale, Alain Charriras, de l’Adami (Société civile pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes), milite pour une gestion collective des droits sur le streaming.
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OI+SVM – Quel est l’intérêt de la gestion collective ? Les ayants-droits et les plateformes ne peuvent-ils pas s’entendre entre eux ?
A.C – Les deux mots qui qualifient le mieux la gestion collective, c’est transparence et modération. Aujourd’hui, les plateformes se déclarent totalement étouffées dans leur développement par les majors du disque qui exigent des avances et des minima garantis totalement irréalistes, alors que, selon une enquête de l’ADAMI, 86 % des artistes interprètes déclarent ne jamais avoir perçu un centime de rémunération au titre du téléchargement ou du streaming. La gestion collective, c’est un tarif pérenne, clair, identique pour toutes les plateformes et des clés de partages prédéfinies entre artistes et producteurs, assorties d’une certitude d’être payé pour les plus modestes.
OI+SVM – Pourtant les plateformes payent pour accéder au catalogue, donc où va l’argent ?
A.C – Si l’on en croit les taux de rémunération, les majors, qui jouent à la fois les rôles de producteur, de label et de distributeur, récupèrent près de 67% des revenus issus des plateformes de streaming. L’artiste, lui, est rémunéré sur la base de son contrat (généralement 8% des perceptions du producteur, avec un abattement « technologique » de 25 à 50 %). Plus grave encore, les avances, si l’ensemble des « ventes » réalisées par la plateforme n’atteint pas le niveau prévu, vont directement dans la poche des actionnaires. Les majors qui déclarent ouvertement ne pas souhaiter voir se pérenniser le streaming gratuit qu’elles estiment pas assez rentable semblent s’employer à pousser ce type de distribution à la faillite, tout en en tirant le maximum de bénéfice immédiat.
OI+SVM – En quoi la gestion collective pourrait changer la donne ?
A.C – Avec la gestion collective, une plateforme en ligne pourra distribuer toute la musique qu’elle souhaite à condition qu’elle reverse à un organisme une part de ses revenus. Finies les négociations interminables avec chaque producteur individuellement. Finies les avances excessives, les contrats à un an qui privent les investisseurs de toute visibilité. Finis les tarifs « à la tête du client » et les hausses répétées. Une seule signature pourra libérer l’ensemble du catalogue, à des conditions analogues pour tous, en toute transparence. Les investisseurs reprenant confiance, l’innovation reprendra le dessus et nous pourrons enfin assister au foisonnement d’offres légales que le gouvernement appelle de ses souhaits, pour le bénéfice de tous, artistes, producteurs et public.
OI+SVM – La gestion collective a-t-elle des chances de voir le jour ?
A.C – Les majors ont une vision à très court terme. Elles refusent à priori la gestion collective. Elles se contentent  de proposer une espèce de charte de bonne conduite à laquelle personne ne peut croire. Mais nous avons le soutien du Président de la République et du Ministère de la Culture. Si les différents acteurs de l’industrie ne parviennent pas à un accord d’ici le 31 décembre, la gestion collective pourrait être imposée à tous par la voie législative…

Retrouvez l’intégralité de notre enquête « Comment les majors veulent tuer le streaming gratuit » dans le numéro 232 de l’OI+SVM.

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