











Du 19 au 26 novembre, les 1,3 million de citoyens inscrits sur les listes électorales prud'homales de Paris (1) peuvent voter en ligne dans le cadre d'une expérimentation menée par le ministère du Travail. Une fois n'est pas coutume, l'administration a fait montre de pédagogie pour parler au plus grand nombre, avec un site dédié qui expose clairement la procédure à suivre, de la saisie des codes confidentiels reçus sur sa carte d'électeur à la confirmation du vote.
Un détail risque pourtant d'empêcher des centaines de milliers d'internautes de s'en servir : le système ne fonctionne pas avec Firefox 3 (FF3). Selon les prérequis techniques listés sur le site, le vote en ligne est possible avec Internet Explorer (IE) 6 ou plus, Safari 3.1 ou plus, Opera 8 ou plus et Firefox 1.5 ou plus, “ sauf la version 3.0 ”. En effectuant le test de connexion proposé sur le site, les utilisateurs de la dernière version du navigateur de Mozilla se verront conseiller de “ voter en utilisant les versions de Firefox antérieures à 3.0 ou d’autres navigateurs ” (voir capture ci-dessous).
Cette incompatibilité est pour le moins surprenante, quand on sait que Firefox 3 est le troisième navigateur le plus utilisé en France, derrière IE 6 et IE 7. Selon Médiamétrie-eStat, près d'une visite sur six était réalisée avec FF3 en septembre dernier (15,6 %). Seule explication avancée sur le site des prud'hommes : “ Cette version de Firefox ne garantit pas, pour les élections prud’homales, la confidentialité des informations, qui doit être assurée sur un site Internet sécurisé. ”
Le président de Mozilla Europe, Tristan Nitot, n'a pas caché sa stupeur en apprenant la nouvelle. “ Moi aussi, j'ai bondi ! ” indiquait-il sur son blog dès le 20 novembre. “ Nous n'étions absolument pas au courant du bug ”, nous a-t-il précisé. “ Il est tout à fait possible qu'il y ait eu un problème avec Firefox 3 au cours des tests de développement, une régression par rapport à la version 2, mais nous aurions pu le corriger si nous l'avions su ”, regrette-t-il.
Pire, à l'heure où nous écrivons, les prestataires techniques du projet n'ont toujours pas donné d'explication quant à l'origine exacte du problème ! Ni le groupe Thales (intégrateur du service pour le compte du ministère), que nous avons contacté, ni surtout Election-Europe : cette société, qui fournit l'application de vote en ligne, est la clé de voûte du système. Elle n'a pas souhaité répondre à notre appel.
Pendant ce temps, les internautes concernés conjecturent sur les forums. Problème de certificat de sécurité SSL, user agent mal configuré, cookies tiers non acceptés… Plusieurs hypothèses circulent quant à la “ faille ” de FF3 ; certains utilisateurs déclarent cependant que le service fonctionne avec FF3 sous Linux, contrairement aux environnements Windows.
Quant à la hot line du site des prud'hommes, elle se borne à répondre que “ Firefox 3 permet de récupérer des infos confidentielles saisies pendant le vote en ligne ”. Quelle que soit la cause exacte, une correction semble compromise avant le 26 novembre, date de clotûre du vote en ligne.
(1) Les salariés et les employeurs travaillant dans un établissement implanté à Paris, mais également les demandeurs d’emploi, les employeurs de personnel de maison ainsi que leurs salariés lorsqu’ils sont domiciliés à Paris.
















