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Comment les profs traquent les devoirs copiés sur Internet

Copier-coller des documents n’a jamais été aussi facile. Pour faire face à ce phénomène, les universités disposent désormais de Compilatio, un logiciel antiplagiat.
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Quel étudiant n’a pas été tenté un jour de recopier quelques lignes d’un ouvrage de référence, histoire de gagner un peu de temps ? Mais voilà, avec le développement d’Internet, le plagiat a pris une tout autre dimension. Alors qu’il fallait jusque-là au moins prendre le temps de chercher et de recopier la source, désormais un simple copier-coller suffit ! “ C’est un véritable fléau, que ce soit pour un mémoire ou un petit exposé ”, lance Laetitia Lepetit, maître de conférences en économie à l’université de Limoges.

Face à la montée en puissance de ce phénomène, les universités réagissent. Avec une arme fatale : Compilatio.net. Ce service permet aux enseignants de mettre en évidence les similitudes entre un devoir rendu par un étudiant et l’ensemble des sources disponibles sur Internet mais également la base de données des documents déjà analysés par le passé. “ Le logiciel fonctionne comme un métamoteur qui va en quelque sorte suivre le même chemin qu’un étudiant en phase de documentation ”, explique Frédéric Agnès, cofondateur de la société Six Degrés, éditeur de Compilatio.net, et qui reconnaît bien volontiers avoir cédé à la tentation du plagiat lorsqu’il était étudiant... Compilatio équipe aujourd’hui une soixantaine d’universités, les écoles centrales et autres grandes écoles.

Garder une valeur au diplôme

“ L’objectif est d’en finir avec la culture du copier-coller : apprendre, ce n’est pas cela ! ”, tempête Christophe Batier, responsable recherche et développement pour le service Tice de l’université Lyon 1. Le but du jeu est de produire un travail personnel d’analyse et de synthèse et le logiciel permet de guider les étudiants dans la bonne direction. ” Stéphanie Bastelica, responsable du centre de ressources pédagogiques de l’Ecole des dirigeants et créateurs d’entreprise à Paris renchérit : “ C’est un outil antifraude qui permet aussi de valoriser le diplôme. ”

En fonction de la taille du document Word, PowerPoint ou PDF, son analyse prend une vingtaine de minutes environ. Le verdict apparaît ensuite sous la forme d’un pourcentage global estimant le taux de plagiat. Mais il ne s’agit en aucune façon d’une correction automatique. L’analyse se borne à faire ressortir les ressemblances. Car la question demeure : quelle tolérance accepter et à partir de quel degré y a-t-il plagiat ?

Pour Arnaud Thauvron, directeur de l’Institut d’administration des entreprises Gustave Eiffel de l’université Paris XII et responsable de masters : “ Il n’y a pas de pourcentage critique. Le logiciel met en évidence ce qu’il considère comme du plagiat mais l’enseignant garde la main. Il peut considérer que tel ou tel paragraphe n’est pas du plagiat à proprement parler. Cela peut effectivement dépendre de la matière : ainsi, dans les matières juridiques, les étudiants doivent forcément citer des articles du code. ”

Et Christophe Batier de confirmer : “ Tout dépend du travail demandé. C’est au professeur de fixer le taux de plagiat qu’il estime acceptable. On peut avoir le cas où il ressort un plagiat à 80 %, mais où le travail consistait justement à compiler les meilleures références en la matière. Le taux global de plagiat ne veut donc rien dire. ” Les enseignants s’accordent toutefois sur le fait qu’en dessous d’un taux de similitude de 10 %, le travail peut être considéré comme personnel. “ De même qu’il y a une tolérance légale de 10 % lorsqu’on photocopie un livre, on peut considérer qu’en dessous de 10 %, cela n’est pas du plagiat ”, observe Claude Dodisco, chargé de l’utilisation de Compilatio au sein du département formation continue de la faculté de sciences économiques de l’université d’Aix Marseille 2. “ Il est évident qu’écrire que “la dépréciation du dollar renforce la politique des prix” ne peut être considéré comme un plagiat. Il faut distinguer dix mots consécutifs et le moment où cela devient un recopiage de paragraphe entier. ”

Le droit à la citation préservé

Frédérique Agnès précise tout de même que : “ Cette tolérance de 10 % couvre le droit à la citation et les similitudes accidentelles ”. Compilatio ne veut donc aucunement priver les étudiants du droit à la citation. “ Les citations ne sont pas condamnables en soi, mais les étudiants doivent respecter les règles et, lorsqu’ils ont recours aux citations, celles-ci doivent être explicitement identifiées comme telles ”, observe Arnaud Thauvron. Un principe défendu par Stéphanie Bastelica : “ On peut comprendre que les étudiants ne soient pas des génies et qu’ils ne vont pas révolutionner les choses, mais lorsqu’on reprend mot pour mot un texte qui n’est pas le sien, il faut le citer ! C’est une question de méthode de travail. ” Et quels que soient l’université ou l’établissement, les règles de la citation sont universelles : mettre le texte entre guillemets et ajouter une note indiquant la source. Voilà les étudiants prévenus : désormais Compilatio veille !

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Avant le logiciel Compilatio, les enseignants s’en remettaient généralement à Google : quelques mots tapés dans le moteur de recherche permettaient de retrouver la source. Le logiciel rend aujourd’hui les recoupements plus faciles, plus rapides et systématiques.

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Dans les universités ou les écoles utilisant Compilatio, les enseignants reconnaissent un effet très dissuasif de cet outil. “ Les étudiants en ont peur ”, raconte Laetitia Lepetit, maître de conférences en économie à l’université de Limoges. Mais ce n’est pas le seul but : à l’université Claude Bernard de Lyon, Compilatio est avant tout perçu comme un outil de détection de l’échec universitaire.

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