Windows se fait une petite place sur Mac
Utiliser facilement XP, voire Vista, est possible sur un ordinateur Apple à processeur Intel depuis six mois. Un premier bilan montre un impact faible, sauf pour certains professionnels.
01net.
le 03/11/06 à 17h14
Depuis six mois, on peut
utiliser Windows XP sur son Mac Intel, avec un confort inégalé. Cette ouverture pose la question de l'impact réel de cette possibilité, tant auprès des personnes que des
entreprises. Les adeptes du genre se montrent enchantés ; il est en revanche difficile de les dénombrer.
Des particuliers convertis... sans Windows
Dans son discours d'ouverture de la conférence développeurs d'août dernier, Steve Jobs, a indiqué que les 157 Apple Store à travers le monde avaient accueilli 17 millions de visiteurs au cours du deuxième
trimestre 2006. Selon lui, parmi tous ces visiteurs, la moitié de ceux qui ont acheté un Mac venaient du monde du PC, Windows et Linux confondus. A la Fnac de Tours, un conseiller nous indiqué que ' les gens qui achètent un
Mac pour installer Windows viennent du monde du PC '.
Soit, mais tous les ' switchers ' souhaitent-ils utiliser Windows sur leur Mac, même à temps partiel ? Et dans quelle mesure la perspective d'évoluer dans les deux environnement
a-t-elle influencé ce changement ? Chez CLG, à Marseille, on indique ' qu'une machine sur trois, est destinée à recevoir Boot Camp en vue d'un switch '. Et de citer l'exemple
d'un acheteur qui voulait utiliser Windows et qui a choisi un Mac ' parce que c'est beau '. D'autres revendeurs, dans la région de Tours, nous ont confirmé que les perspectives
offertes par les nouveaux Mac à base de processeurs Intel étaient génératrices de nouveaux clients, principalement venus du monde du PC.
Pour autant, impossible de juger de l'étendue du phénomène. Elie Abitbol, directeur de l'Apple Center MCS à Nice, fait remarqué que s'il perçoit une progression de ses ventes de Mac, le phénomène n'est pas
nouveau et le lien avec Boot Camp, pas évident : ' Les utilisateurs de PC viennent nous acheter des Mac depuis quelques années déjà. ' Et d'ajouter : ' Ils sont
surtout attirés par l'absence de virus. ' En plus de la sécurité, la simplicité d'utilisation et la richesse de Mac OS X peuvent aussi constituer un facteur d'achat.
Les motivations des utilisateurs de PC passés au Mac grâce à Boot Camp ou à Parallels Desktop sont variées. Pour l'un, il s'agit de faire fonctionner ' un logiciel professionnel qui ne sera jamais
porté sur Mac ', pour l'autre, il est question de ' faire des choses que je ne peux pas faire sur Mac, comme utiliser un périphérique incompatible, ou jouer à certains jeux qui n'existent
pas sur Mac '. Mais on trouve aussi des utilisateurs de PC pour qui Boot Camp n'était qu'une présence rassurante au moment de sauter le pas.
Ainsi, Patrick Leroy, un informaticien bordelais habitué au PC depuis 1983, a acheté un Mac au printemps dernier pour sa femme. Lui-même s'y est converti, appréciant de disposer à la fois d'un système d'exploitation
à l'interface graphique moderne et conviviale et de la puissance d'un Unix accessible en ligne de commande. Patrick Leroy a bien installé un second système ?" un Unix, pas Windows ?" en double démarrage mais y a
renoncé pour ne plus n'utiliser que Mac OS X.
Auprès des professionnels, et jusqu'aux petites entreprises, l'ouverture à Windows semble avoir un double effet : attirer de nouveaux utilisateurs ; mais également retenir des aficionados qui risquaient
d'être contraints à migrer. Dans des proportions ici aussi relativement difficiles à quantifier. Chez CLG à Marseille, les utilisateurs ' pro ' de Windows sur Mac font principalement appel au système
d'exploitation de Microsoft pour leurs logiciels de comptabilité et de gestion. Chez Apply Informatique, en banlieue tourangelle, un conseiller a cité l'exemple d'une directrice d'école recourant à Boot Camp pour
utiliser, sur son iMac, son logiciel Windows de gestion administrative.
Bernard Virevialle, un professionnel du domaine paramédical, est venu au Mac il y a quelques mois attiré notamment par le ' look des machines '. Il a installé Windows XP avec Boot Camp
pour s'assurer une migration en douceur. Aujourd'hui, il ' découvre le bijou qu'est Mac OS X ' et n'utilise plus guère Windows que pour mettre à jour son site Web réalisé
avec FrontPage, déplorant au passage l'incompatibilité de son hébergement avec iWeb. Dans le cabinet de chirurgie dentaire Odonto?"Gourgues de Bordeaux, où l'informatique fonctionne avec Mac OS, Parallels fait tourner le logiciel
de modélisation en 3D Simplant, disponible uniquement sous Windows. Et le Docteur Chanseau, associé du cabinet, d'expliquer que les nouveaux Mac ' nous ont permis d'accéder à ce logiciel '
parce qu'il n'était ' pas envisageable de faire passer notre informatique sous Windows... '.
Des entreprises trop frileuses
Dans les moyennes et grandes entreprises, l'ouverture à Windows semble avoir un impact marginal. Ainsi, Econocom, qui gère à Vendôme la maintenance de parcs de Mac en entreprise, n'a pas encore eu à assurer de support pour
des Mac équipés de Windows. Chez Apply Informatique, dans la banlieue de Tours, on ne relève que, marginalement, un client du monde du bâtiment qui soit intéressé par l'opération. Même constat chez Archipel avec un client qui dispose
d'un PC en suivi de production et envisage de le remplacer par l'un des nouveaux Mac.
Pierre?"Gilles Caumon, PDG du groupe PMS, un éditeur spécialisé dans les applications notariales, apporte un élément d'explication à cette frilosité à travers le cas particulier de l'application de télétransmission
des actes notariés qu'il a développée. Cette application a été testée avec Boot Camp ; mais la question n'est pas de savoir si elle fonctionne ou pas : ' Nous avons développé une application pour PC
avec Windows. Nous ne pouvons pas nous engager à la supporter sur un Mac doté de Windows avec Boot Camp alors même qu'Apple n'offre aucun support pour Boot Camp. En cas de problème, nous aurions toutes les peines du
monde. ' En clair, le risque est jugé aujourd'hui trop élevé au regard de la faiblesse des bénéfices escomptés.
Dans un autre registre, Thierry Méchain, qui a installé Simplant avec Parallels Desktop pour le cabinet Odonto-Gourgues de Bordeaux, se souvient de l'air dubitatif du représentant de l'éditeur de ce logiciel en
France : ' Il a débuté sa démonstration sur son PC. [...] Avant de consentir à employer le MacBook qu'allaient utiliser les chirurgiens et tout a fonctionné de manière impressionnante et
rapide. ' Dans ce contexte de défiance, le marché remporté par l'Apple Center MCS de Nice fait quant même figure d'exception : ' Nous allons livrer des centaines de MacBook pour les
étudiants de l'Université de Nice. Ils seront équipés de Mac OS X, de Windows XP et de Linux. Ce marché ne nous aurait jamais été ouvert avant le passage des Mac aux processeurs Intel et l'ouverture à Windows qui en a
suivi. '
S'il est vraisemblablement trop tôt pour juger de l'impact de cette nouvelle ouverture au monde du PC, tous les espoirs ne sont pas perdus.
Des chiffres étonnants
1,327 million : Le nombre de Mac vendus par Apple au deuxième trimestre 2006, 12,3 % de plus qu'un an plus tôt.
50 % : Dans les Apple Store, un acheteur de Mac sur deux viendrait du monde PC, dixit Steve Jobs.
1/3 : Chez CLG Marseille, un Mac Intel vendu sur trois serait destiné à recevoir Boot Camp.
0 : En entreprise, la société de maintenance Econocom n'a encore jamais eu à s'occuper de Mac équipés de Windows.
Boot Camp = Windows piraté ?
Un revendeur, qui a souhaité conserver l'anonymat, nous a confié avoir installé lui?" même des versions piratées de Windows XP pour des clients rebutés par le prix de la licence... Ces utilisateurs de Windows XP
piraté sur les nouveaux Mac sont?"ils des cas isolés ? À la lumière des témoignages que nous avons recueillis, il est possible d'en douter.
À Marseille, CLG Informatique nous a indiqué livrer assez peu de Mac avec Windows XP préinstallé : les acheteurs installent généralement eux?"mêmes le système d'exploitation de Microsoft. Le même son de cloche nous
est parvenu de la Fnac de Tours où l'on nous a précisé que la plupart des acheteurs de Mac à base de processeur Intel qui veulent utiliser Windows ' sont des bidouilleurs issus du PC qui n'ont pas peur de
ce genre d'opération '.
Il faut dire que la man?"uvre n'est pas très compliquée. Les indélicats commencent en général par se procurer une copie de Windows XP et un numéro de série ad?"hoc, auprès d'un
proche complaisant. Puis ils procèdent à son enregistrement par voie téléphonique en affirmant au besoin haut et fort qu'ils disposent d'une authentique version originale, qu'ils ne font qu'installer sur une nouvelle
machine le Windows de leur précédent PC parti à la casse. À moins de déceler un trafic d'ampleur industrielle, Microsoft leur communique alors le numéro d'enregistrement nécessaire sans poser d'autres questions.
Y-a-t-il un réel effet Windows ?
Apple a vendu 1 327 000 Mac au cours du deuxième trimestre 2006, soit 12,3 % de mieux qu'un an plus tôt. Pendant ce temps, les ventes globales d'ordinateurs ont seulement progressé de 9,7 %,
selon IDC, et de 11 % selon Gartner. La bonne santé des ventes d'Apple est-elle due aux nouvelles possibilités d'exécution d'applications Windows sur Mac ?
Un rapide survol des ventes de Mac du premier semestre 2006 pourrait le laisser entendre : après un premier trimestre 2006 en demi-teinte par rapport à la même période en 2005 ?" avec 1 112 000 unités
vendues contre 1 070 000 ?", la marque à la Pomme a profité d'un nouveau souffle au deuxième trimestre avec 1 327 000 unités vendues contre 1 182 000 un an plus tôt ; non seulement les ventes
de Mac progressent au deuxième trimestre, mais elles progressent bien plus vite qu'au premier trimestre.
Et c'est au deuxième trimestre 2006 qu'Apple a pu commencer à vraiment profiter de l'impact commercial de l'arrivée de ses nouvelles machines à base de processeurs Intel ainsi que du lancement de Boot
Camp et de Parallels Desktop.
La réflexion est hélas un peu courte : le même phénomène d'accélération de la croissance des ventes s'est produit entre le premier et le deuxième trimestre 2005. Surtout, le lancement, début 2006, des nouveaux Mac
Intel n'a pas provoqué un décollage des ventes aussi significatif que celui auquel on a pu assister en 2005 : au premier semestre 2005, il s'est vendu 2 252 000 Mac contre seulement 1 625 000 au cours des
six premiers mois de 2004.
À bien regarder l'évolution des ventes d'Apple depuis 2001, on s'aperçoit que c'est 2005 qui constitue véritablement l'année du décollage. Les deux premiers trimestres 2006 ne font que
s'inscrire dans la continuité de cette tendance. Au mieux, l'arrivée des Mac Intel a joué le rôle d'un relais de croissance bienvenu.